jeudi , 23 novembre 2017
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Mission humanitaire auprès des refugiés Rohingyas – le vécu poignant de Nazihah Hosany : «J’ai aidé une femme à accoucher sous une tente de fortune»

Nazihah Hosany est de retour du Bangladesh après deux semaines passées aux côtés des réfugiés Rohingyas.  L’expérience qu’elle a vécue est bouleversante.

Le visage marqué par la fatigue et les yeux rougis par le manque de sommeil, elle nous raconte en détails ce qu’elle a vécu nuit et jour dans le camp des réfugiés pendant deux semaines. Elle faisait partie d’une délégation mauricienne qui comprenait aussi l’imam Arshad Joomun et quatre autres volontaires. Ensemble avec les autres membres de la  mission humanitaire, elle a passé des heures dans le camp des réfugiés pour distribuer des repas chauds, ériger des tentes, construire des camps pour être utilisés comme dispensaires et construire des toilettes.

« Ce que j’ai vu à la frontière de la Turquie en Syrie n’est rien en comparaison avec ce que j’ai vu au Bangladesh », nous dit-elle d’un air triste.

Entassés sous des tentes

La voix cassée par l’émotion, les larmes roulent dans les yeux de Nazihah quand elle nous raconte comment des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards sont entassés dans des camps sous des tentes plantées par des volontaires. « C’était surréaliste. Chaque jour, faute de nourriture les enfants sont obligés de manger tout ce qui leur tombe sous la main. J’ai vu des enfants manger des fruits amers en guise de repas le soir », nous apprend Nazihah. Elle raconte que son groupe se rendait dans les camps sous la protection de l’armée et des volontaires bangladais. Les  réfugiés étaient parfois violents et devenaient incontrôlables. « La faim les rendait violents et ils s’excitaient quand nous avions épuisé notre stock de nourriture », dit-elle.

Nazihah raconte que même l’armée était débordée par le flux de personnes qui venaient chercher leur ration sans la carte distribuée par les ONG. Grâce à Zahir Uddin, responsable de l’association One life Global Welfare du Royaume Uni , les distributions se faisaient dans la discipline. Zahir Uddin est un volontaire de grande expérience qui a passé des mois dans des camps de réfugiés en Syrie. Il est respecté par l’armée qui lui fait confiance. Nazihah explique que l’argent collecté à Maurice par l’organisation Together We Care, Gift Box 4 Syria et MKids a servi à l’achat de repas chauds, de bâches pour la construction de tentes et de médicaments ainsi que pour la construction d’une mosquée.

L’argent a servi aussi pour  payer quatre médecins et infirmiers qui durant 90 jours vont soigner les malades. Nazihah raconte que le jour de leur arrivée après plusieurs heures de vol, son équipe et elle ont marché des heures dans la boue sous une chaleur torride.

Pleurer en silence

« Il faisait extrêmement chaud. Les sentiers étaient boueux et des milliers de personnes se pressaient autour de nous pour demander de la nourriture. J’avais les larmes aux yeux quand j’ai vu des enfants pieds nus, les vêtements déchirés, le visage brûlé par le soleil. J’ai pleuré en silence pour ne pas accabler mon équipe quand j’ai rencontré un jeune garçon qui m’a raconté que son père est mort devant ses yeux, décapité par les Birmans. Il a raconté qu’il était  orphelin et que Dieu seul sait ce qu’il deviendra un jour», nous dit notre interlocutrice.

Nazihah ajoute qu’elle a été bouleversée par le nombre de femmes malades . « En un seul jour, l’hôpital de fortune que nous avons mis sur pied a soigné 700 malades », indique-t-elle.  Elle n’oubliera jamais ce qu’elle a vécu sous une tente. « Une femme enceinte hurlait de douleur. Elle transpirait à grosses gouttes et respirait difficilement.  Elle n’avait rien mangé depuis deux jours. D’un moment à l’autre elle allait mettre au monde son bébé. J’ai aidé à la transporter sous une tente médicale dans des conditions peu hygiéniques. En larmes elle a mis au monde un beau bébé », relate celle qui, il y a peu, a été la principale responsable de l’opération Giftbox4Syria.

Nazihah raconte que ce jour-là, en retournant à l’hôtel, elle était tellement perturbée qu’elle n’a rien mangé et n’a pu fermer l’oeil de la nuit. Elle garde en mémoire les larmes de cette femme qu’elle a essuyées de ses mains. Revivant toute la scène dramatique de l’accouchement, elle éclate en sanglots. « Pourquoi le monde entier ferme-t-il les yeux devant un tel drame? Pourquoi des mères de famille sont-elles obligées d’accoucher dans des conditions si épouvantables? », se lamente-t-elle.

Nazihah raconte que le premier jour de l’opération, son équipe avait préparé 1050 plateaux de repas à être distribués dans un camp. Sur place, il y avait 4000 personnes. « Zotte fine encerclé nous et nous fine bizin sauver sinon ti capave perdi la vie », dit-elle.

Sauvés par l’armée

Le lendemain son équipe a changé d’approche. Elle a fait construire un dispensaire, fourni des médicaments et payé 4 médecins et 2 infirmiers.

Nazihah raconte une autre mésaventure quand son équipe et elle voulaient distribuer des bonbons et chocolats à des enfants. Un volontaire mauricien a mis la main dans sa poche pour retirer un peu d’argent pour distribuer. « Si l’armée pas sauve nous, nous ti pou piétiné par la foule », laisse-t-elle entendre.  Chaque jour ils risquaient leur vie pour se rendre dans d’autres camps choisis par l’armée. « C’est l’armée qui choisit dans quel camp il faut se rendre. Tous les jours ce n’est pas au même groupe de personnes qu’on donne à manger », souligne-t-elle.

Nazihah dit avoir vu des enfants dormir sur le sol boueux toute une nuit. Le lendemain, son équipe a fait acheter des matelas qui ont été distribués. Les boat people qui cherchent à fuir la Birmanie mettent leur vie en danger. Les passeurs profitent de la situation et sont sans pitié envers les candidats à l’exil. « Si péna l’argent pou payer ena le risque ki jette zotte dans la mer », ajoute-t-elle. Elle-même a dû puiser de sa cassette personnelle pour sauver une femme qui n’avait pas d’argent et qu’on menaçait de  jeter à la mer.

Nazihah fait ressortir que même si son équipe est retournée à Maurice, le travail continue sur place avec l’aide de Zahir Uddin. Quand ce dernier quittera Cox’s Bazar, c’est Mohamed Saleh Abdul Khair responsable de la  madrassah Arabia Khaira et de l’orphelinat qui prendra le relais.

Nazihah raconte qu’elle est toujours sous le choc après ce qu’elle a vu dans les camps. La situation est catastrophique parmi les réfugiés qui continuent à affluer chaque jour. Elle explique que jour après jour depuis des mois, le terrible exode des Rohingyas de la Birmanie se poursuit. Environ 800.000 d’entre eux ont quitté leurs villes et leurs terres pour s’entasser dans des camps à la frontière du Bangladesh.

Malgré ce qu’elle a vécu et enduré, Nazihah pense déjà à partir pour une deuxième mission humanitaire. Au nom de Together We Care et MKids, elle remercie tous les généreux donateurs qui ont contribué pour apaiser la faim des milliers de personnes.

Ceux qui apportent leur soutien aux organisations qui collectent de l’argent pour venir en aide aux Rohingyas peuvent continuer à le faire. Soulignons qu’une équipe de trois personnes de l’association de Al Ihsaan est sur place depuis samedi dernier. Shakeel Anarath et son équipe sont sur le terrain nuit et jour pour venir en aide aux réfugiés.

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