lundi , 14 octobre 2019
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Shabneez Mohamud

Meurtre de Shabneez Mohamud – Saahil : «Jamais mo pas pou pardonne mo papa»

Un terrible drame familial s’est joué dans la matinée du mardi le 10 septembre au sein de la résidence des Mohamud à Morcellement Roy à Bel-Air-Rivière -Sèche. Shabneez Mohamud, 33 ans, une mère de deux enfants, a été sauvagement assassinée par son mari, Nasureedhin Mohamud, 38 ans.

Une partie de l’incident s’est produite sous les yeux impuissants des deux fils du couple, Saahil 14 ans et Nawful 10 ans, qui ont tenté d’arracher leur mère aux griffes de leur violent père. N’arrivant pas à faire le poids face à l’agressivité de leur père, ils se sont rendus au poste de police de Bel-Air-Rivière-Sèche pour chercher de l’aide. Mais lors de leur absence Nasureedhin Mohamud s’est jeté sur son épouse pour l’étouffer jusqu’à ce qu’elle cesse de respirer.

La Criminal Investigating Division (CID) de Bel-Air a procédé à l’arrestation de l’époux, qui est passé aux aveux et a expliqué son geste. Il a été traduit en cour de Flacq sous une charge provisoire de meurtre. La police a objecté à sa remise en liberté sous caution et il a été placé en détention. L’autopsie pratiquée par les Dr Maxwell Monvoisin et Prem Chamane, médecins légistes, a attribué la mort de la victime à une « smothering asphyxia ».

Nawful: « Mo extra manque mo mama »

Shabneez, issue d’une fratrie de 11 enfants, dont six frères et cinq sœurs, était la benjamine. Elle est née et a grandi à Camp-Chapelon. C’est en 2003, à l’âge de 17 ans, qu’elle s’est mariée à Nasureedhin et est partie s’installer à Bel Air Rivière Sèche chez son époux. Selon Nayaz Ahamudally, 46 ans, le frère de Shabneez, sa sœur était victime de violence conjugale et de maltraitance, mais elle a préféré garder le silence. « Mo ti juste conné ki mo beau-frère ena vice zougadere et ki li ti pe néglige so femme et zenfant beaucoup. Sa terrain-là mo ti acheter pou mo sœur et mo même fine monte sa la case la are mo la main pou zot. Comme récompense li tire la vie mo sœur », nous raconte Nayaz.

Mère modèle

Nasureedhin a fait de petits boulots pour gagner sa vie. Il a été tour à tour agent de sécurité, maçon et même marchand ambulant. Shabneez était couturière et entreprenait des travaux de couture pour des compagnies de décoration pour mariage. Elle prenait des commandes de rideaux et de nappes de table. Mais selon Saahil, leur père flambait l’argent au jeu à tel point que certains jours ils étaient contraints d’apporter que la moitié d’un pain à l’école. « Ma mère a toujours été une femme modèle qui a tout sacrifié pour sa famille. Certains jours elle n’acceptait pas de dîner pour que mon père, mon frère et moi puissions manger à notre faim. Elle grignotait quelque chose pour apaiser sa faim. Là aussi mo papa pas fine trouve ene dimoune coumsa bon. Jamais mo pas pou pardonne mo papa », ajoute Saahil.

L’adolescent nous explique que son père avait un caractère violent et ne souciait pas de sa famille. Il cherchait toujours un prétexte pour se disputer avec son épouse mais par la suite tout était oublié entre le couple. Cependant, il y a quelques mois, une voisine qui aurait mis la puce à l’oreille de Nasureedhin à l’effet que Shabneez entretenait une relation extra conjugale. Depuis ces derniers mois les disputes devenaient fréquentes et Nasureedhin se comportait comme un homme possessif et jaloux et inventait même des choses qui n’existaient pas sur son épouse. « Li dire moi li pou cachette en bas lili, pou veille dimoune là rentre dans la cage et li pou touille mo mama et so galant. Li fine veiller et zamais li pan trouve narien. Parski zamais mo mama pas fine ene femme infidèle. Et mo envie fer tout sa dimoune ki pe blâme li la conné», lance Saahil.

Ce dernier est en Grade 9 (Form III) tandis que son frère Nawful est en CPE. Tous deux n’arrivent pas à cacher leur émotion et leur colère face à leur père. « Jamais nou papa pas ti content nous, sinon jamais li pas pou sépare nou avec nou mama. Azordi nou pou vive sans parent et nou pas conner ki l’avenir fine réserve nous », nous lancent les deux fils. «Mo extra manque mo mama  », confie Nawful.

Il nous revient que la Child Development Unit (CDU) a placé les deux frères sous la garde de leur oncle Nayaz à Pailles. «Mo ena ene garcon, aster mo ena deux l’autre garçon, mo pou guete zot kuma mo propre zenfants  », nous déclare Nayaz qui souhaite que des sanctions plus sévères soient prises contre les policiers. « Bizin arrête zot pou non-assistance à personne en danger, parski kan sa banne zenfants là ti rode zot aide pou alle là-bas zot pas prend compte. Kan mo sœur fini mort zot vini et la empeche nous gagne accès endans », tempête le frère de la victime.

Cinq policiers transférés et des sanctions sévères attendues

Le laxisme de la part des policiers du poste de police de Bel-Air-Rivière-Sèche a fait grand bruit et a fait réagir les Casernes Centrales après les témoignages poignants des deux fils. Les policiers de service ce jour-là n’avaient semble-t-il, pas respecté le protocole qui consiste à prendre une action immédiate quand la vie d’une personne est en danger

En effet, quand la police s’est rendue sur le lieu une heure après, il était déjà trop tard. Car Nawful s’est présenté au comptoir du poste de police de Bel Air pour solliciter de l’aide vers 8h30 a.m on lui aurait dit « atane la-bas nou guette sa la ». « Mo fine dire zot nou alle la case mo papa pe batte mo mama. Zot dire moi assize la bas atane. Bane la police-la ti pe kozé riyé et pas ti prend nous compte  », dit-il. Quelques minutes après c’était au tour de Saahil de se pointer au poste de police pour demander de l’aide. Il nous explique avoir à quatre reprises demandé à la police de faire vite car il craignait pour la vie de sa mère. « Mo dire zot fer vite mo papa pe trop batte mo mama, nous aller. Zot dire atane kuma ena ene transport. Mais kan nous aller ti trop tard. Si zordi la police ti vine toute suite, nou mama ti pou enkor vivant », dit Saahil en fondant en larmes.

Le responsable du Police Press Office, l’inspecteur Shiva Coothen, affirme que seule une enquête peut révéler ce qui s’est passé. Une autre enquête a été ouverte en parallèle pour faire la lumière sur les témoignages des deux enfants de la victime.

Les cinq policiers, dont un Sub Inspector, un sergent de police et trois constables, font l’objet d’une enquête pour non-assistance à personne en danger par rapport à cette affaire. La Criminal Investigation Division de l’Eastern Division a initié cette enquête, les cinq policiers ont déjà fait l’objet d’un ordre de transfert. Leurs interrogatoires se sont déroulés « under warning» et se poursuivront en début de semaine prochaine.

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