mardi , 21 mai 2019
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Hossen Soodhoo

Métiers à risques : sécurité des personnes âgées au travail

Si pour certains la vie commence à 60 ans, par contre pour d’autres même après 60 ans, ils sont obligés de travailler pour faire bouillir la marmite familiale. Avec tous les risques que cela comporte, les personnes âgées qui travaillent sont vulnérables et sont exposées aux multiples dangers.

Depuis 2008, l’âge de la retraite dans la fonction publique a été fixée à 65 ans. Par contre, dans le secteur privé, il n’y a pas de limite d’âge pour certaines catégories de travailleurs. Ainsi, beaucoup de personnes âgées sont employées comme agents de sécurité (gardiens) au sein des entreprises surtout le soir. C’est un métier à risques qui comporte beaucoup de difficultés, surtout pour des personnes âgées qui souffrent de certaines maladies.

Les cas d’agressions par des malfrats sont légions. Pas plus tard que la semaine dernière,  Bhai Issah Ramjan, un homme de 86 ans qui travaille comme gardien, a été attaqué par un jeune de 19 ans sur son lieu de travail. Poussé au sol avec violence, il a rendu l’âme des suites d’un œdème cérébral. David Jolicoeur, le jeune de 19 ans a été arrêté par les limiers du CID.

Il n’y a aucune loi en ce qui concerne l’âge maximal pour être employé comme agent de sécurité. Les conditions de travail  sont régies par la Private Security Services Act de 2004. Une loi qui ne concerne pas seulement les travailleurs mais aussi les compagnies qui offrent ses services.

Outre le travail d’agent de sécurité qui est un métier à risques pour les personnes âgées, il faut aussi inclure celui de chauffeur de taxi.  Celui-ci est en contact direct avec le public et dans certaines régions à la nuit tombée, des personnes mal intentionnées voyagent mais sans l’intention de payer pour la course. Elles agressent plutôt le pauvre chauffeur.  Récemment, il y a eu des cas où des chauffeurs âgés ont été agressés mortellement.

Toujours en ce qui concerne les agents de sécurité,  il n’y a pas de limite d’âge pour travailler. Selon la loi, toute personne qui aspire à devenir agent de sécurité peu importe son âge, doit faire parvenir une demande au Commissaire de police. Dans sa lettre, il doit faire mention de son souhait de devenir agent de sécurité et indiquer qu’il est apte à le faire. Une enquête sera initiée par la police.

En ce qui concerne la sécurité des agents de sécurité, certains sont armés eu égard à la nature de leur travail.  Selon la Firearms Act de 2006, toute personne qui possède une arme à feu où qui porte une arme, ne doit pas avoir des antécédents criminels. Normalement les agents de sécurité utilisent des revolvers.

Mais des fois, une personne âgée doit rester seule sur un site éloigné.  Elle n’a aucun moyen de se défendre contre des voleurs. Parfois, elle est obligée d’ouvrir la porte pour laisser entrer des voleurs avant d’être agressée, torturée et bâillonnée. Sans aucun moyen de communication, l’agent est parfois agressé mortellement s’il fait de la résistance.

Le gouvernement doit légiférer en ce qui concerne l’emploi à risques des personnes âgées. Selon une catégorie d’âge, disons qu’après 65 ans , les  compagnies de sécurité doivent pouvoir leur offrir de l’emploi durant la journée seulement.


Me Rama Valayden : «Aucune loi pour empêcher une personne âgée de travailler»

Me Rama ValaydenIl n’existe aucune loi qui interdit à des personnes âgées de travailler, selon Me Valayden. Certes, l’âge minimal est indiqué mais pas l’âge maximal. Cas extrême : un centenaire qui a les aptitudes nécessaires peut être employé. Rama Valayden fait ressortir que si une personne a la capacité de travailler, aucune loi ne peut l’empêcher de le faire. L’avocat ajoute qu’il existe un plan de pension pour ces personnes qui ont plus de  60 ans. De toutes les façons, si elles sont employées par une compagnie,  celle-ci doit contribuer à sa pension auprès des organismes appropriés. Rama Valayden est en faveur d’une loi cadre en ce qui concerne la sécurité des personnes âgées sur leurs sites de travail. Les aînés sont sans défense et sont des proies faciles pour les malfrats. Selon Me Valayden, il faut offrir un emploi à cette catégorie d’employés durant la journée seulement.


Taleb Dhorowa, chauffeur de taxi : «La présence policière minimiserait les risques d’attaque»

Taleb DhorowaTaleb Dhorowa (75 ans) exerce le métier de chauffeur de taxi depuis une quarantaine d’années. Auparavant, il travaillait comme receveur d’autobus. Taleb se rappelle toujours des séquelles de son agression en 2003 à Beau-Bassin à proximité du collège de La Confiance. Il avait été attaqué par quatre personnes vers le 21h30 alors qu’il venait de déposer un client. Ses assaillants l’avaient brutalisé avant de lui faire les poches pour lui voler son argent, son téléphone portable et la clef de sa voiture. Depuis cette agression, Taleb ne travaille plus après la tombée de la nuit. Il se contente des courses des particuliers qu’il connaît. L’obligation faisant loi, il doit travailler à cet âge car il a des responsabilités familiales.

Il dénonce le comportement des jeunes qui sont violents et ne respectent plus les personnes âgées. Travailler le soir équivaut à risquer sa vie surtout dans la région de Beau-Bassin. Il réclame plus de sécurité pour les chauffeurs de taxi qui travaillent la nuit. Certes, il y a des caméras partout mais cela ne décourage pas les jeunes qui sont en manque. « Zotte probleme, la drogue et synthétique. Zotte bizin l’argent liquide pou zotte dose », explique-t-il.

Taleb Dhorowa réclame l’ouverture d’un poste de police dans la région de Lower Beau-Bassin. « La présence policière est une des mesures qui aideraient à minimiser les risques d’attaque. Une brigade spéciale doit être opérationnelle durant la nuit pour traquer les jeunes qui circulent dans une voiture la nuit », estime-t-il.

Taleb Dhorowa ajoute que l’alcool au volant et la consommation de drogues mettent en danger la vie d’autrui. Il met en garde les personnes âgées qui sont propriétaires des tabagies et autres snacks. Les malfrats n’hésiteraient pas à tuer pour quelques roupies. C’est mieux pour eux de travailler jusqu’au crépuscule que de s’exposer.


Razzack Noorkhan : «La famille doit assurer la sécurité des personnes âgées»

Razzack NoorkhanSelon Razzack Noorkhan, président de la Saint François Xavier Senior Citizens Association, beaucoup de personnes âgées continuent de travailler car leur pension ne suffit pas. « Je pense que c’est une bonne chose pour ces personnes de travailler si elles veulent être autonomes.  Mais, elles doivent opter pour un travail qui ne comporte aucun risque. Les personnes âgées doivent être conscientes qu’elles sont physiquement faibles comparées aux jeunes et donc ne doivent pas trop s’aventurer», conseille-t-il.

Cependant, selon lui, c’est mieux pour les personnes âgées de prendre la retraite. Car à cet âge, elles risquent d’être victimes d’agressions. « Je fais un appel à la famille de bien s’occuper de ces personnes qui ont besoin de vous. Si les membres de la famille peuvent aider ces personnes dans le besoin, la vie deviendra plus facile pour elles. Nous devons penser que nous aussi à notre tour, nous serons vieux », dit-il.    Certaines personnes travaillent également à cause d’un manque de loisirs dans leur vie. Razzack Noorkhan leur demande de se joindre à des associations. Ce qui leur permettra de s’adonner à des activités qui leur feront du bien. « Notre association organise des sorties, des causeries. Nous mettons aussi en valeur les talents de nos membres. Ils trouvent de la joie de vivre en groupe », conclut-il.


Vols avec violence : les personnes âgées sont les plus vulnérables

La multiplicité d’actes de violence se poursuit dans le pays à l’égard des personnes âgées.  Cela fait craindre le pire pour ces vieilles personnes qui vivent souvent seules. Nous sommes allés à leur rencontre pour  savoir ce qu’elles proposent pour freiner cette recrudescence de la violence.

Ismet Jahangeer, 65 ans, de Curepipe : «Il faut plus de patrouilles policières»

Ismet Jahangeer exprime  ses craintes concernant l’ampleur de la violence que connaît le pays. Il  concède que le pays a fait des progrès sur le plan des infrastructures. Mais sur le plan de la sécurité, il reste beaucoup à faire. Il est d’avis que dans des lieux stratégiques,  il faut installer plus de caméras de surveillance. Il ajoute que dans certaines régions du pays, le soir on n’est pas en sécurité.  «Il faut plus de patrouilles policières. La loi n’est pas assez dure contre les criminels. Une peine de 30 à 40 ans de prison  va certainement diminuer les cas de violence »,  suggère-t-il. Selon lui, les agressions sont de plus en plus fréquentes et le nombre des drogués augmente. Ces derniers ont besoin de l’argent ; ce qui les pousse à voler ou même à commettre l’irréparable. Il ne passe pas par quatre chemins pour proposer la solution à ce problème. «La sentence n’est pas sévère contre les criminels. Voila pourquoi les crimes, les vols et autres actes de violence sont en hausse. Si on durcit la loi avec des peines de prison plus sévères,  cela va réduire à plus de 50% le taux de criminalité », conclut-il.

Hassam Dookun, 63 ans, de Curepipe : «Appliquer la loi dans toute sa rigueur»

Conscient de la gravité de la situation dans le pays concernant les crimes, Hassam Dookun déplore cette dégradation de mœurs de notre société. « On voit plus de policiers sur nos routes mais les crimes, les vols sont en hausse dans le pays. De quelle sécurité parle-t-on ? À  une certaine heure le soir, on a peur de quitter sa maison. Ce n’est plus le temps ou l’on pouvait faire une promenade en famille le soir », regrette Bhai Hassam. La montée de cas de violence, de crimes en tous genres, affecte notre société. Pour Bhai Hassam, le gouvernement  doit agir vite dans l’intérêt de la population.  «Tant que la loi ne sera pas appliquée avec plus de rigueur et tant que les criminels sortiront de prison avec une peine de 6 mois à 3 ans, rien ne va changer », dit-il. Il ajoute que le gouvernement doit se rendre compte de la  gravité de la situation qui prévaut dans le pays. Cela est  dangereux non seulement pour  les personnes âgées mais pour toute  la population. «  Les autorités doivent faire régner l’ordre, la paix et la sécurité dans le pays. Va-t-on  prendre en compte nos doléances ? » conclut-il.

Muslim  Bachun, 80 ans, de Phoenix : «La sécurité laisse à désirer»

Muslim Bachun estime qu’il n’y a pas assez de sécurité dans le pays. Beaucoup de vieux sont attaqués le soir,  sur leurs lieux de travail. Certains y ont laissé la vie. « On ne  peut sortir le soir,  car on pourrait vous attaquer. Ce n’est plus le temps de faire confiance aux gens. Le soir les vieux  sont devenus la  cible des voyous. C’est vrai que le gouvernement  fait beaucoup pour le développement du pays, mais qu’en est-il de la sécurité ? »  ajoute-t-il.

Bhai Muslim ne cache pas ses inquiétudes sur l’ampleur de la violence dans le pays. Il trouve que la violence fait partie de l’actualité quotidienne. La maltraitance de nos vieux, les femmes battues, les effets de la drogue et cette dégradation sociale font peur. Le public ne peut changer une telle situation.

« Il faudra amender  les  lois et être sans pitié  à l’égard de ceux qui sont coupables d’un délit grave. Le soir, des policiers  doivent faire plus de patrouilles », pense-t-il.

Maryam Noorah, 67 ans, de Mahébourg : «Des mesures plus sévères sont nécessaires»  

Maryam Noorah trouve que le gouvernement a pris des mesures pour assurer la sécurité des citoyens  mais estime qu’il reste beaucoup à faire surtout pour celle des personnes âgées.  Pour Maryam, il faudra  prendre des mesures plus sévères contre tous ceux qui vont à l’encontre des lois.  Les autorités  doivent agir plus fermement contre les criminels  avec des peines de prison  plus lourdes pour chaque délit. « Celui qui a commis un meurtre doit faire la prison à vie, pour qu’il ne récidive pas.  Pour un vol avec violence,  10 ans de  prison ferme et s’il récidive, ce sera  la prison à vie. Les prisonniers doivent travailler pour leur nourriture », conclut-elle.

Farook  Elaheebaccus, 65 ans, de Midlands : «Les vieux sont la proie facile des voyous»

Farook Elaheebaccus estime que le gouvernement a beaucoup fait pour ce qui concerne  la sécurité dans le pays. Il est d’avis qu’il nous faut un changement de mentalité.  « Certes, nous ne sommes plus dans les années 1950. Mais cela ne veut pas dire que la nouvelle génération doit ignorer nos valeurs ancestrales », dit-il. Il est à l’écoute des informations. Pour lui,  c’est important de savoir ce qui passe dans le pays surtout lorsque cela concerne les cas des vieilles  personnes qui sont maltraitées, attaquées et violentées. « La faute est aux enfants qui n’assument plus leurs responsabilités.  Seuls, les vieux sont la proie facile des voyous », estime-t-il. Pour Farook Elaheebaccus, notre société est malade. Il propose d’inculquer aux jeunes le savoir-vivre et les valeurs universelles.

Rahim Murtuza et Ahmad Fakuddeen Jilani

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