dimanche , 19 novembre 2017
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Des mendiants à proximité de la Jummah Masjid...
Des mendiants à proximité de la Jummah Masjid...

La mendicité devant les mosquées

Il ne manque jamais de mendiants devant la Markazi Mosque de la rue SSR et la Jummah Masjid. Mais pendant le Ramadan, leur nombre quadruple. STAR s’est intéressé à leur situation.

Majoritairement des femmes, surtout âgées, ces mendiants acceptent l’aumône facilement mais se confient difficilement. Ils ne veulent pas desserrer les dents lorsqu’on leur demande la raison pour laquelle ils tendent la main au public, mais surtout aux fidèles des mosquées, à longueur de journée. Comme la patience paie toujours, nous sommes parvenus à avoir quelques témoignages.

Le mois du Ramadan est perçu comme étant le mois de la moisson pour les mendiants. Ce n’est plus le cas selon Aisha, 87 ans. Pour cette Port-louisienne qui mendie depuis trois décennies devant la mosquée Markazi, les musulmans leur donnent de moins en moins de zakaat. « Dans le passé, je recevais de quoi subvenir aux premières nécessités de sa famille pendant presque dix mois. Or, d’année en année, notre récolte va en diminuant », dit-elle. À quoi attribue-t-elle cette tendance ? « On me dit que les gens préfèrent donner leur zakaat à des associations dont le nombre s’accroît selon ce que l’on m’a dit », répond-elle. Pourquoi ne se tourne-t-elle pas vers ces associations au lieu de mendier ? « Je ne vous cacherai pas que je reçois de l’aide d’une association de ma localité, mais cela ne suffit bien que je reçois la pension de vieillesse. Je dois aider ma fille qui est divorcée de subvenir aux besoins de ses cinq enfants. Vous savez bien qu’une bonne à tout faire reçoit  très maigre salaire », fait-elle ressortir.

Nasreen, bientôt 80 ans, habite Triolet, cherche de l’aide étant une veuve. « Mon époux est mort depuis une trentaine d’années. Je ne viens pas ici souvent. Pendant le mois de Ramadan, je viens quelques fois pour obtenir quelques sous pour donner à ma sœur chez qui j’habite. Elle fait face  à des difficultés financières des fois à cause de ma santé précaire. Elle utilise l’argent de ma pension pour m’acheter  de la nourriture et prendre soin de moi, » avoue-t-elle. Elle est venue à Port-Louis car sa voisine lui a demandé d’aller à l’hôpital Dr A.G.Jeetoo pour se faire vacciner contre la grippe.

Faire bouillir la marmite

Fawziah, 57 ans, qui habite Vallée des Prêtres, nous confie qu’elle doit impérativement mendier tous les jours car elle doit payer le loyer, l’électricité et l’eau  et acheter de la nourriture pour ses 2 enfants. Pendant le mois de Ramadhan, les musulmans lui remettent leur zakaat et ainsi elle en profite pour acheter quelques vêtements  d’Eid pour ses enfants et leurs fournitures scolaires. « Mon mari est malade et je dois prendre soin de lui. J’étais avec lui dans nos moments de joie et de bonheur et maintenant quand il est cloué au lit, je ne peux pas l’abandonner, », laisse entendre Fawziah. Selon elle, la mendicité n’est pas un défaut. « C’est mieux que de voler les gens ou d’acquérir illégalement de l’argent facile, » ajoute-t-elle. Elle dit que les passants leur donnent des sous et qu’avec l’argent récolté elle peut facilement faire bouillir la marmite. « La vie est dure. Quand on va de porte en porte pour demander de l’aide, beaucoup de gens ne nous aident pas parce qu’ils croient que nous mendions par vice et que nous vivons dans de belles maisons,» nous dit la veuve, les larmes aux yeux. « Nous ne mendions pas pour devenir riches. C’est la pauvreté qui nous pousse vers la mendicité, » ajoute-t-elle.

Selon Kairoun Bibi, une quadragénaire, le gouvernement ne l’aide pas suffisamment pour qu’elle puisse mener une vie normale comme les autres. « N’étant pas éduquée, personne ne me donne du travail. La mendicité demeure la seule solution pour moi en cas de besoin,» raconte-t-elle. Elle nous affirme qu’elle ne mendie pas pendant toute l’année mais seulement quand elle se trouve en difficulté financière. La plupart du temps elle fait des travaux ménagers chez les gens. Mais elle gagne à peine Rs 5000 par mois pour subvenir aux besoins de ses enfants. Son mari qui est alcoolique l’a abandonnée depuis longtemps.

Aminah est habitante de Pailles. Elle reconnaît que « les musallis de la Jummah Masjid nous aident beaucoup, surtout pendant dans le mois de Ramadhan. « Je ne retourne jamais les mains vides quand je viens devant cette porte. Allah envoie nos provisions à travers ces musulmans qui ont bon cœur, » dit-elle.  Toutefois, elle demande aux gens de ne pas se moquer d’elles ou de les critiquer car elles sont dans le besoin. «  Je sais qu’il y a des personnes qui ne devraient pas mendier, mais on ne doit pas pénaliser celles qui sont vraiment dans le besoin. Ceux qui nous donnent l’aumône  peuvent toujours vérifier avant de nous donner quelque chose. Il n’y a pas de mal à chercher une aide auprès de ceux envers qui Allah s’est montré généreux, » fait-elle ressortir.

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