samedi , 24 août 2019
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Shameer Hossenbocus

Me Shameer Hossenbocus : «Il faut désormais trouver les vrais coupables»

Me Shameer Hossenbocus fait partie du panel d’avocats qui a défendu les quatre condamnés dans l’affaire L’Amicale. Pour lui, la libération de ces derniers n’est qu’une première étape dans la longue lutte menée depuis des années pour innocenter les prisonniers.

Vous n’avez pu retenir vos larmes, jeudi, lors de la libération des quatre condamnés. Un moment émouvant pour vous…
Effectivement. Il existe plusieurs raisons pour expliquer ce moment de grande émotion. Tout d’abord parce que leur libération est une première étape dans la longue lutte menée depuis toutes ces années pour les innocenter. Cette affaire a animé le panel d’avocats et depuis que j’ai prêté serment comme avocat, elle a été mon « main focus ». J’ai été ému aussi parce que pour moi, c’était une scène surréaliste à laquelle j’ai assistée lorsque j’ai vu les quatre condamnés franchir la grille de la prison en hommes libres. Nous avons toujours mené ce combat pour faire triompher la vérité car je me mets tout le temps à la place des proches des victimes qui continuent à souffrir. L’affaire L’Amicale m’a toujours poussé à aller de l’avant. Je me souviens qu’un soir en 2013, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Comment pourrais-je dormir tranquillement alors que quatre innocents étaient derrière les barreaux ? Depuis ce jour, j’avais intensifié les travaux de recherche avec l’aide de mon épouse, Zaynab, qui est également avocate.

Comment avez-vous vécu l’affaire l’Amicale depuis le début ?
En 1999, j’avais à peine 15 ans mais je me souviens de tous les événements qui se sont produits après l’éclatement de cette affaire. C’est en témoignant de l’injustice subie par les quatre condamnés que j’ai aussi choisi de faire ce métier. Je voulais à tout prix que justice soit faite dans cette affaire. J’étais encore un adolescent lorsque j’ai assisté à ce procès. Je l’avais vécu de façon très intense. Aujourd’hui, on peut dire que c’est une victoire mais il y a eu aussi des déceptions, des échecs et beaucoup de coups bas. Je dois saluer le courage de Rozina Sumodhee qui n’a jamais baissé les bras. Les quatre condamnés m’ont appris ce qu’est la patience.

Selon vous, pourquoi le rapport « Wrongly Convicted », dont vous êtes l’un des auteurs, n’a pas été pris en considération ?
Je pense que la police est la mieux placée pour répondre à cette question. Mais il est malheureux qu’il n’y ait pas eu une enquête approfondie. À Maurice, nous ne misons pas sur les techniques qui existent pour mener à bien les enquêtes comme c’est le cas à l’étranger. Mais il n’est pas trop tard. Nous devons le respect aux vivants mais nous devons la vérité aux morts. Il est temps de permettre aux familles des victimes de faire leur deuil proprement.

Les condamnés ayant été libérés, quelle est la prochaine étape désormais ?
Tout d’abord, il est important de faire ressortir qu’il y a un gros manquement au niveau de l’intégration des ex-prisonniers dans la société. Même au niveau de la prison, il n’existe pas un mécanisme qui permet de faire à nouveau l’éducation des condamnés et de les réhabiliter. On voit souvent que des gens sont coffrés plusieurs fois pour le même délit. Avons-nous un mécanisme pour les empêcher de commettre la même faute à chaque fois ? Ces quatre innocents sont encore dans leur bulle mais l’euphorie va vite s’évaporer. Donc dans l’immédiat, la prochaine étape demeure leur intégration dans la société car ce sont des innocents et ils ne méritent pas d’être traités comme des criminels.

Vous dites qu’ils sont innocents mais n’empêche que ces quatre personnes ont toujours l’étiquette de coupables aux yeux de la société. N’est-ce pas ?
Oui, c’est vrai. Moi je sais et je suis convaincu à 200% qu’ils sont innocents mais la société, elle, ne le sait pas. Et c’est malheureux. Mais c’est pour cette raison que nous allons tout faire pour les innocenter dans cette affaire. Il est temps de faire triompher la vérité et de trouver les vrais coupables.

Sur les ondes de Radio Plus, jeudi, vous dites que c’est l’occasion en or pour revoir notre système judiciaire. Pourquoi ?
L’affaire L’Amicale doit permettre aux autorités de faire une « autopsie » afin de savoir ce qui ne fonctionne pas dans le système et surtout comment renverser la situation. Primo, il faut revoir la façon de sélectionner les membres du juré.  Secundo, dans les « genuine cases », il faut permettre aux personnes de bénéficier d’une aide judiciaire gratuite. Dans le cas des frères Sumodhee et les deux autres condamnés, ces derniers n’auraient jamais pu aller au Conseil privé si ce panel d’avocats ne s’était pas manifesté pour leur venir en aide. Tertio, j’estime qu’il est temps de revoir la façon de faire les enquêtes. Mais la police n’est pas à blâmer pour autant car elle ne dispose pas de ressources adéquates pour faire son travail correctement. Des sessions de formation à l’étranger pour nos policiers doivent être envisagées à l’avenir. Par ailleurs, je pense aussi qu’il faut revoir nos lois en ce qui concerne la réouverture des procès. Nous avons « copy paste » le modèle britannique mais celui-ci a évolué depuis. Enfin, le système pénitencier doit être revu.

Quelles sont les lacunes du système pénitencier ?
Notre système pénitencier est un échec total ! 70% des détenus sont des « re-offenders ». Cela démontre une absence totale en ce qui concerne la réhabilitation des condamnés. Que faisons-nous pour les aider à devenir de bonnes personnes ? Rien! Dans le cas des quatre condamnés de l’affaire L’Amicale, seule la foi en Allah leur a permis de survivre en prison pendant aussi longtemps.

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