lundi , 21 août 2017
Accueil / Interview / Me Rashad Daureeawo, Senior Counsel : «Il ne faut pas mettre tous les avocats dans le même panier»
100717_rashad

Me Rashad Daureeawo, Senior Counsel : «Il ne faut pas mettre tous les avocats dans le même panier»

Me Rashad Daureeawo est catégorique : l’image du métier d’avocat a pris un sale coup. Cependant, il insiste qu’il ne faut pas blâmer tous les avocats à cause de quelques brebis galeuses car seule une poignée d’entre eux sont cités dans la commission d’enquête sur la drogue.

Ce n’est pas en toute fierté qu’on est avocat en ce moment. N’est-ce pas ?
Si vous faites allusion à tout ce qui se passe en ce moment et les allégations contre les hommes de loi dont les noms sont cités dans la commission d’enquête sur la drogue, je dirai que les dépositions faites devant une commission ne sont pas incriminantes. Ce ne sont que des allégations à ce stade. Il ne faut pas oublier que la profession d’avocat est noble et le rôle d’un avocat est vital et déterminant dans l’administration de la justice dans un état de droit.

Avec tout ce que l’on entend contre la profession légale, le public n’a plus le même regard sur les avocats. Qu’en dites-vous ?
Certes. Le public suit avec une attention particulière les dépositions devant la commission car celle-ci concerne principalement de gros trafiquants de drogue. Mais il est essentiel de souligner le fait que la presse a également un rôle influent sur l’opinion publique. Mais elle ne doit pas avoir un impact négatif sur la perception du public. Les journaux ont le devoir d’informer et certains d’entre eux se laissent emporter par un élan de sensationnalisme.

« Il est malheureux qu’il n’y a pas de diversification de la profession légale à Maurice. »

Partagez-vous l’opinion générale que l’image du métier d’avocat est en train d’en prendre un sale coup ?
Eu égard aux révélations faites devant la commission d’enquête sur la drogue, l’image de cette noble profession a sans aucun doute pris un sale coup. Il est malheureux que certains jeunes avocats, dans leur volonté de vouloir faire bonne impression, se laissent tenter et par inadvertance violent le code déontologique.

L’image du barreau est ternie par les révélations des liens, dits incestueux, entre des hommes de loi et des trafiquants de drogue de la Commission d’enquête sur la drogue. Ce n’est plus une perception, n’est-ce pas ?
Jusqu’à maintenant, ce ne sont que des allégations. Personne n’a été trouvé coupable. La commission a le devoir de soumettre un rapport après investigation et de faire des recommandations. Par la suite, c’est à la police de voir s’il y a suffisamment de matière pour aller de l’avant. Et aussi lors d’une éventuelle enquête policière, une personne a le droit de ne pas s’incriminer. Il est aussi important de faire ressortir qu’à Maurice, il y a des avocats spécialisés dans plusieurs domaines. Il ne faut pas mettre tous les avocats dans le même panier à cause de quelques brebis galeuses. Ne tirons pas des conclusions hâtives.

Étiez-vous au courant de cette situation ?
Comme tous les professionnels du monde légal, nous avons eu vent des rumeurs qui circulaient. Mais je dois vous dire que durant ma longue carrière, j’ai rarement travaillé sur des cas liés à la drogue par prudence. Ce n’est pas, non plus, mon domaine de spécialisation.

Qu’est-ce qui pousse un avocat à se mêler aux trafiquants de drogue ?
Tout d’abord, il faut reconnaître le fait qu’un avocat défend la personne et non le crime commis par cette personne. L’avocat doit, au mieux de ses capacités, œuvrer pour que la personne obtienne un procès équitable. Et dans le cas des avocats qui travaillent avec des trafiquants de drogue, je dirais que c’est le risque du métier. Mais si l’avocat a des doutes sur un client ou la provenance de son argent, il a le droit de se retirer.

« Il y a environ 1 000 avocats pour une population de 1,3 million habitants »

Est-ce également en raison de la compétition féroce avec le nombre grandissant d’avocats ?
Au cours de ces sept dernières années, nous avons eu plus de 350 nouveaux avocats qui ont prêté serment. La compétition est certes très féroce mais il ne faut pas qu’il y ait une baisse dans le niveau et dans l’éthique professionnelle. Il arrive qu’un jeune avocat puisse avoir commis des erreurs ou des abus. Mais il ne faut pas outrepasser le cadre légal et le code de déontologie.

A-t-on atteint le seuil de saturation du nombre d’avocats à Maurice ?
À ce jour, nous avons 735 avocats, sans compter les quelque 250 au parquet. Ce qui fait que nous avons environ 1 000 avocats pour une population de 1,3 millions habitants. Il est malheureux qu’il n’y a pas de diversification de la profession légale à Maurice. Il y a une perception qu’après avoir été admis au barreau, l’avocat n’a que le tribunal pour exercer. Mais savez-vous que les banques, les compagnies d’assurance ainsi que de grandes sociétés offshore et de finance font appel aux compétences des avocats dans plusieurs domaines ? Je suis d’avis qu’il y a des débouchés pour les avocats à Maurice mais peu d’emphase est mise sur la diversification et la spécialisation.

Comment peut-on accommoder les nouveaux avocats ?
Selon moi, il serait souhaitable que le gouvernement, tout en gardant le DPP comme le chef suprême, vienne de l’avant avec une équipe d’avocats basée aux casernes centrales pour qu’ils puissent donner leur opinion sur les Prima facie cases. Cela éviterait de précipiter certains cas. Auparavant, il y avait aussi des Prosecuting Counsels qui étaient nommés dans chaque tribunal dans les différents districts du pays. Cela aurait aidé à alléger le fardeau des Police Prosecutors également.

Comment le lien entre un avocat et son client peut enfreindre l’éthique professionnelle ?
Chaque citoyen a droit à l’accès à la justice et peut choisir son avocat. Il y a un élément de confidentialité entre un avocat et son client. Mais tout cela doit se faire dans les paramètres légaux. Si un avocat dépasse volontairement le cadre légal, il enfreint logiquement l’éthique professionnelle. Il ne faut pas oublier qu’un avocat doit avant tout être intègre et honnête.

Sinon, pourquoi des avocats sont très réticents à l’idée de remettre une facture aux clients ?
Le client a tout le droit d’exiger une facture en bonne et due forme de son avocat. Le client peut également, depuis le départ, exiger le montant des honoraires et de là, il peut choisir s’il veut aller de l’avant ou non. À Maurice, je pense qu’il y a un gros travail de conscientisation à faire à ce niveau.

Faut-il établir une grille des honoraires tout en faisant la distinction entre les catégories des hommes de loi ?
Les honoraires d’un avocat dépendent de plusieurs facteurs et c’est pour cette raison qu’on ne peut pas établir une grille ou encore fixer le montant des honoraires. Il y a tout d’abord l’expérience de l’avocat car un Junior ne peut être comparé à un Senior Counsel. Il y a le nombre d’heures de travail, de recherche et aussi la complexité du dossier. La durée de l’audience est aussi un facteur à prendre en considération pour établir le montant des honoraires.

Commentaires

A propos de Nuur-Uddin Jandanee

Ceci peut vous intéresser

Swadicq Nuthay

Swadicq Nuthay, économiste : «Il est essentiel que l’État commence à contrôler les dépenses courantes»

Contrôler les dépenses courantes et réduire les gaspillages et autres dépenses inutiles seraient un moyen …