vendredi , 24 novembre 2017
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Neil Pillay

Me Neil Pillay : «L’intégrité devient une qualité rare à Maurice»

Me Neil Pillay, estime que la  condamnation de la Mauritius Commercial Bank (MCB) par un tribunal devrait inciter les banques à disposer d’un système de contrôle interne plus efficace. Ci-dessous l’intégralité de son interview.

La MCB a été trouvée coupable de blanchiment d’argent et risque des amendes allant jusqu’à Rs 2 millions. Cela vous interpelle ?
Bien évidemment que cela m’interpelle. C’est une des plus grandes banques de Maurice, voire même d’Afrique, et le délit commis est très grave. Le rôle joué par un des ex-employés de la banque a été déterminant d’après ce que j’ai pu lire du jugement de la Cour. De toute façon, c’est une aberration monumentale du point de vue d’audit interne. C’est un jugement qui appelle à être désormais plus rigoureux et d’exercer un contrôle plus adéquat sur les gens travaillant au sein d’une banque et les procédures établies qui doivent être suivies avec plus de rigueur. Les banques ne peuvent plus se permettre de placer autant de pouvoir entre les mains d’une personne sans qu’il n’y ait des mesures de contrôle très strictes qui soient aussi applicables sur ces gens. En somme, c’est la confirmation que l’intégrité devient une qualité rare à Maurice. La MCB a le droit de faire appel du jugement en Cour Suprême et après, si elle n’est pas satisfaite du verdict éventuel, de nouveau, elle pourra encore faire appel au Conseil Privé.

«Qu’est-ce qu’un Ombudsman apporterait de plus que la BoM et les banques elles-mêmes ?»

Pour des fautes moins graves, des licences de certaines institutions bancaires ont été révoquées. Est-ce le poids d’une banque qui détermine les actions des autorités ?
Non. Je ne le pense pas car à mon avis, la Banque de Maurice (BoM) joue très bien son rôle de régulateur et c’est aussi une institution qui a fait ses preuves. Dans le cas de la MCB, ce ne sont que quelques employés qui ont fait fi du contrôle. Maintenant si on parle de révoquer la licence de la MCB qui opère depuis 1838 à Maurice, cela aura un impact conséquent sur le secteur financier du pays. La MCB n’est pas une institution qui a fait une faute et a, par la même occasion, abandonné ses clients à leur sort. Si on se lance dans une chasse aux sorcières, c’est le système bancaire et financier en entier qui risque de s’écrouler. Je ne dis pas qu’il ne faut pas prendre des mesures qui s’imposent mais on ne doit pas non plus le faire à la va-vite et cela sans une vision du court, du moyen et du long terme du problème dans son ensemble. Nous avons vu récemment les conséquences de décisions prises hâtivement avec maintenant des procès qui n’en finissent pas au sein du secteur financier avec pour toile de fond la politique.

Faut-il mettre sur pied un Ombudsman pour les banques et les services financiers ?
Qu’est-ce qu’un Ombudsman apporterait de plus que la BoM et les banques elles-mêmes ? Je pense qu’il faut quand même faire confiance aux institutions existantes. Il n’existe aucun système parfait ici ou ailleurs dans le monde. La mise sur pied d’un Ombudsman ne fera qu’alourdir la bureaucratie et au lieu de faciliter les services, cela ne ferait que les compliquer. Il serait préférable de maintenir le statu quo. Cependant, il est vrai que la panoplie grandissante des produits financiers, les uns plus compliqués que les autres, à l’instar des « dérivatives» appelle à plus de vigilance avec des gens compétents aux postes clés. À l’avenir, peut-être qu’un Ombudsperson serait utile…

La concurrence est-elle présente dans le secteur bancaire ou peut-on dire que les banques opèrent sous une forme de cartel ?
Il est certain qu’on aurait souhaité voir plus de concurrence par rapport aux produits proposés et aux taux offerts. La preuve qu’il n’y a pas assez de concurrence sont les sommes astronomiques en termes de profit que réalisent les banques. Néanmoins, je pense que le marché étant petit à Maurice, cela tend à restreindre la capacité des banques à offrir un vrai bouquet de produits à de meilleurs taux.

«Les banques et le judiciaire doivent revoir le système de Sale by Levy»

Que faire dans ce cas ?
Les banques doivent en premier lieu être plus près de leurs clients et offrir des produits et des taux qui vont les aider réellement. Car trop souvent, les taux pratiqués sont exorbitants et les clients ne font que payer les intérêts. Les banques et le judiciaire doivent revoir le système de Sale by Levy des biens saisis des clients. Ce que je trouve extraordinaire, c’est le système de Sale by Levy et de vente de maisons saisies en Cour, qui sont effectuées à des prix dérisoires par rapport à la valeur réelle de la maison et à la dette réclamée. Je pense qu’il n’y a certainement pas assez de compétition saine au sein de notre système bancaire. Peut-être qu’un élément d’arbitrage serait tout à fait indiqué.

On constate un nombre grandissant de grèves à Maurice ces derniers temps. Quelles sont les implications légales ?
Si vous parlez des grèves tout court, on a le droit de faire la grève si les procédures prévues dans la loi ont été suivies. C’est un droit garanti, mais il faut suivre les procédures et comme je l’ai dit plus haut, toute grève a de lourdes conséquences financières pour la société qu’elle engage et pour notre petit pays aussi. En ce qu’il s’agit des grèves de la faim, à ma connaissance, il n’existe aucune provision dans nos lois qui empêche une personne de le faire. Personnellement, je ne suis pas pour cette pratique quand on fait face à un problème. Ceci étant dit, dans le dernier cas en date, il est inadmissible que des personnes perçoivent un salaire de Rs 1500 mensuellement à notre époque, surtout si les contractants, eux, ont touché le pactole. Cependant, si des promesses formelles d’embauche et de salaires plus décents, comme certains le prétendent ont été faites par le gouvernement, il faut tenir parole. Mais en général, il est malheureux que certaines personnes voient les finances publiques comme la poule aux œufs d’or. Ce genre de perception a été malheureusement cultivé par beaucoup de politiciens dans le passé. Ainsi, au lieu de nous tenir sur nos deux pieds et d’avancer, certaines personnes trouvent plus facile d’entrer dans l’assistanat de l’État.

Les cas de cybercriminalité continuent d’augmenter. Faut-il revoir les lois régissant ce domaine ?
La loi sur la cybercriminalité est générale mais si on veut apporter des changements, on peut le faire en codifiant certains délits bien spécifiques. Avec la démocratisation de l’accès au cyberespace, il est certain qu’il y aura plus de délits y relatifs. Mais je suis d’avis que la solution pour remédier à ce fléau demeure l’éducation. De nos jours, les enfants grandissent malheureusement dans un monde virtuel où il n’y a que Facebook, Google, Internet etc… C’est aussi le rôle des parents de s’assurer qu’il y a un certain équilibre dans la vie de leurs enfants. L’éducation ne commence pas à l’école mais à la maison, à travers les valeurs que nous transmettent nos parents. Je l’ai dit à plusieurs reprises, malheureusement certains parents démissionnent de leurs responsabilité parentale avec pour conséquences, des enfants qui grandissent sans des valeurs profondes et qui croient qu’ils peuvent tout se permettre.

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