mardi , 21 mai 2019
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Mahmad Mittoo

Mahmad Mittoo de BM Bookcentre Ltd : «L’avenir de la librairie est sombre !»

Bookcourt à Port-Louis, Editions Le Printemps à Vacoas, Le Cygne à Rose-Hill, BM Bookcentre à Curepipe. Ces quatre noms reviennent régulièrement quand on cite les librairies les plus importantes de l’île. Cette semaine, nous avons rencontré M. Mahmad Mittoo, propriétaire de Bookcentre Ltd, pour faire le point sur la situation économique des librairies en 2018.

M. Mittoo, comment avez-vous rejoint le monde de la librairie ?
J’ai commencé très tôt, vingt-huit ans de cela, comme partenaire dans une entreprise. Puis, les circonstances ont fait que j’ai dû me retirer et j’ai alors fondé ma propre compagnie. Ma librairie est généraliste et nos points forts sont la littérature, la jeunesse, le scolaire et la bande dessinée. Nous faisons également de la papeterie.

« On ne fait pas assez pour promouvoir la lecture »

Comment s’annonce l’avenir de la librairie aujourd’hui ?
Sombre. Des librairies ont déjà mis la clé sous le paillasson. Les autres librairies physiques sont au point mort. Les ventes stagnent ces dernières années. Il y a des raisons solides derrière cela. Pour commencer, les autorités ne jouent pas le jeu pour promouvoir une culture de la lecture qui ne se résume certainement pas à une Fête du Livre une fois par an. Puis, les jeunes lisent de moins en moins, happés par une panoplie de divertissements visuels. Ceux qui lisent le font souvent en ligne aujourd’hui. L’e-commerce gagne aussi du terrain. Au niveau des romans, la situation est encore plus critique. Les librairies voient leurs ventes chuter de plus en plus. Des best-sellers dans les autres pays ne se vendent pas à Maurice. Tout près de nous, à la Réunion, on lit beaucoup plus et les Réunionnais en général sont beaucoup plus courtois.

« Le Mauricien est éduqué mais pas cultivé ! »

Quel est le résultat de cette lecture en régression ?
On le voit clairement. Le Mauricien est éduqué, mais pas cultivé. Il ne sait pas parler aux gens. Il n’y a qu’à voir l’impolitesse sur la route, la manière de faire de certains médecins, les propos vulgaires des jeunes…

Comment peut-on y remédier ?
Je suis convaincu que la lecture doit débuter le plus tôt possible. Quand les jeunes arrivent à 18 ans, il est trop tard pour les encourager à lire. Pour commencer, les parents pourraient prendre un roman et raconter son histoire aux enfants. à l’école primaire, il faudrait trouver du temps pour raconter des histoires aux petits comme on le fait à l’Institut français de Maurice (Rose-Hill). La période de lecture demande à être revalorisée. Il faudrait pousser les élèves à résumer des romans, à monter des pièces. Le livre est gratuit dans les bibliothèques à l’école et on ne paie pas grand-chose dans les bibliothèques municipales ou au Village Council. Il faut absolument en profiter.

Mais les nouveaux prix des manuels scolaires ne sont pas faits pour arranger les choses.
Effectivement. Avec le déclin de la vente du roman, la librairie mauricienne dépend énormément des manuels de classe pour survivre. Or, avec le système dit 9 Yr Schooling, la situation est précaire à ce niveau aussi. Les manuels sont vendus entre Rs. 25 et Rs. 50 et un parent dépense Rs. 600 en 2018 pour les manuels de chaque enfant. Je dois dire en passant que les manuels n’ont pas de volume et les enseignants les complètent bien avant le temps réglementaire. Ce qui est dramatique pour nous, c’est que les librairies perçoivent une marge de 15% sur chaque livre, et la baisse générale des prix des manuels fait que les profits qui en découlent sont dérisoires.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes intéressées par le métier de libraire ?
Avant tout, il faut connaître le produit, quoi vendre, quel nombre, quand le vendre. Sans exagérer, je peux vous dire que ce n’est pas un métier facile. Cela vous bouffe de longues heures et il vous faut discuter et négocier avec de nombreux partenaires comme les éditeurs, les fournisseurs et les auteurs. Il faut aussi répondre aux demandes de nos clients dans les meilleurs délais. Nous les conseillons et commandons les livres qu’ils désirent. Il faut aussi savoir gérer les relations avec les employés. La section de la comptabilité est aussi un élément clé dans cette profession.

Qu’avez-vous trouvé dans le métier de libraire ?
Beaucoup de choses. L’échange, l’ouverture, la découverte, les voyages (vos romans anglais, je les ai trouvés à New York !), le suivi de l’actualité, l’art de gérer les composantes d’une entreprise, l’art de la négociation, la participation à des événements extérieurs comme la Fête du Livre… C’est un métier exigeant mais passionnant !

Feroz Saumtally

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