mardi , 23 juillet 2019
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L’hécatombe perdure malgré des lois plus sévères

Malgré des campagnes de sensibilisation et des mesures plus sévères, le nombre de victimes continue d’augmenter sur nos routes. En effet,  on constate que la situation ne semble guère s’améliorer. Pire, elle s’aggrave année après année.

Malgré les innombrables mesures mises en œuvre et les diverses campagnes de sensibilisation lancées par le gouvernement, les accidents mortels continuent de faire la une des journaux. Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de l’année et le nombre de victimes d’accidents de la route fait déjà peur. Nous comptons déjà 12 morts sur nos routes pour les vingt premiers jours de 2019. L’accident survenu à Mapou, dans le nord de l’île, où quatre jeunes âgés entre 22 et 25 ans ont perdu la vie, a choqué la population. La voiture dans laquelle ils se trouvaient a violemment percuté un arbre avant de prendre feu. Les jeunes occupants ont été piégés à l’intérieur.

En 2018, 141 personnes ont perdu la vie lors des accidents de la route contre 156 en 2017. Cette légère baisse signifie-t-elle que nous devons relâcher nos efforts ? Les statistiques indiquent aussi que sur les 141 victimes, 46 étaient âgées entre 26 et 50 ans et cinq étaient âgées de 15 ans seulement. Les mesures mises en œuvre n’ont-elles pas d’impact sur les usagers de la route, en particulier les jeunes? Pourquoi davantage de jeunes sont-ils victimes de la route ?

Selon Alain Jeannot, président de l’association Prévention Routière Avant Tout (PRAT), ce n’est pas parce que le nombre de victimes a diminué légèrement que les parties prenantes doivent se reposer sur leurs lauriers. « Nous devons au contraire continuer à faire plus d’efforts afin quel le nombre de victimes diminue davantage. Nous devons intensifier les campagnes de sensibilisation en particulier auprès des jeunes », dit-il. Il révèle que les jeunes âgés de 15 à 29 ans sont les plus exposés aux accidents de la route. Il explique que cela est dû au fait que les jeunes ont moins d’expérience sur la route.

« En outre, ils aiment prendre des risques et ils aiment la vitesse. Nous devons continuer à les mettre en garde contre les conséquences de la prise de risques et de la vitesse au volant. Cela doit commencer à la maison, puis se poursuivre à l’école. Malheureusement, à Maurice, notre système éducatif est davantage axé sur la réussite académique que sur les valeurs de la vie, la responsabilité citoyenne, entre autres. Les parents ont aussi une énorme responsabilité dans tout cela », soutient-il.

Alain Jeannot est d’avis que le gouvernement doit rapidement introduire le permis de conduire provisoire. « Nous devons mettre en place plusieurs mesures et aussi revoir notre système. Un jeune qui vient d’obtenir son permis doit être soumis à certaines restrictions sur la route. Cependant nous devons aussi garder à l’esprit qu’il n’y a pas que la loi qui doit être appliquée en matière de conduite automobile, la société civile a également un rôle important à jouer », ajoute-t-il.

Raffick Bahadoor, taximan : «Les jeunes font fi des lois»

Raffick BahadoorPour le président de la General Taxi Owners’ Union (GTOU), Raffick Bahadoor, il est grand temps que le gouvernement regarde la réalité en face. «  Le système menant à l’obtention d’un permis de conduire n’est plus efficace.  Il l’était dans les années 60 et 70, mais plus maintenant.  En outre, nos routes sont étroites et il y a trop de ronds-points. Les constructions sur nos routes n’ont fait qu’empirer les choses. Par exemple, nous avons plus de routes pour entrer dans de la capitale que pour en sortir. Comment ferons-nous en cas de catastrophe ? » s’exclame Raffick Bahadoor.  En ce qui concerne la conduite des jeunes sur nos routes, il est d’avis que ces derniers font fi de la loi. « Comment se fait-il qu’un jeune qui vient d’obtenir son permis ait les mêmes droits sur la route que celui qui a vingt ou trente ans d’expérience de conduite ? Nous avons besoin de lois qui obligent les automobilistes et en particulier les jeunes, à réfléchir à deux fois avant de commettre des infractions », soutient-il.


Manoj Raj Kumar, moniteur d’auto-école :  «Une campagne pour un changement de mentalité»

Manoj Raj KumarSelon Manoj Raj Kumar, les conducteurs insouciants et irresponsables ne sont pas en grand nombre mais leur attitude contribue  beaucoup aux dangers sur nos routes. « Ce type de conducteurs ne prête aucune attention aux campagnes de sensibilisation et aux règlements. Nous devons donc nous demander pourquoi l’augmentation des amendes ne dissuade-t-elle pas les gens à commettre des infractions routières ? » demande-t-il. Pour le secrétaire de l’association ‘Approved Driving Instructors’ les résultats des campagnes de sensibilisation et des amendements aux lois ne doivent pas être considérés uniquement en termes du nombre de victimes. « Il faut porter plus d’attention au changement de comportement des conducteurs sur nos routes. Nous n’avons pas besoin d’un système basé sur la répression, mais plutôt un qui contribue à un changement de mentalité » suggère-t-il.

Manoj Raj Kumar pense que le gouvernement se montre plutôt indulgent  à plusieurs égards. « Le gouvernement déclare qu’il ne peut prévoir de voies supplémentaires pour les motos et les vélos, car nos routes sont déjà trop étroites. Il y a des endroits où les panneaux de signalisation ne sont presque plus visibles ou ils ont été détruits. Nous nous demandons si on prend vraiment en compte la sécurité des usagers de la route ? » s’insurge-t-il.


Dr Satish Boolell, médecin légiste : «Des caméras dans les zones à risques»

Dr Satish BoolellLe Dr. Satish Boolell déclare qu’il est totalement d’accord avec le fait que, malgré les innombrables campagnes de sensibilisation et amendements apportés aux lois, aucun changement majeur n’a été constaté. « C’est parce que nous avons embauché une personne qui ne comprend rien à notre système routier et qui est habituée à conduire  dans le sens opposé », soutient-il. évidemment, il faisait référence au conseiller du ministre des Infrastructures publiques. Notre interlocuteur est pour l’introduction de cameras de surveillance aux endroits à risque. « Il est urgent de placer des caméras dans les zones où des accidents se produisent souvent. Et les ampoules peu chères utilisées pour éclairer nos routes ? En outre, plusieurs de nos infrastructures routières ne sont pas bien construites. Jetez un coup d’œil au rond point de Jin Fei … », ajoute-t-il.

Pour le Dr Boolell, on doit organiser une grande conférence sur les accidents de la route. « Nous devons réunir ceux qui connaissent très bien nos routes. Par exemple, des chauffeurs de taxi, des chauffeurs de bus scolaires, des chauffeurs de poids lourds, des instructeurs  d’autoécoles, ceux qui ont l’habitude de conduire aux  endroits à risques où les accidents ont souvent lieu. Ces personnes connaissent bien l’état de nos routes et les dangers potentiels », explique-t-il.


Shiva Coothen , inspecteur de police : «Chaque mort sur nos routes est une victime de trop»

Shiva CoothenL’inspecteur Shiva Coothen du Police Public Relations Office estime que les campagnes de sensibilisation et les projets de loi ont eu un impact positif sur les usagers de la route. « En effet, on note une baisse dans le nombre de victimes. Il y a 15 victimes de moins qu’en 2017. Cependant cela ne signifie pas que nous devons nous en réjouir. Chaque victime est une de trop », dit-il.  Il soutient que malgré le fait que le nombre de morts s’élève déjà à neuf en ce début d’année, la police ne réduit  pas ses efforts. « Au contraire nous continuons à mettre les bouchées doubles. Nous mettons l’accent sur l’éducation des conducteurs surtout les jeunes conducteurs. Nous continuons à conseiller quotidiennement les usagers de la route par le biais de différents médias. Des policiers sont constamment présents sur nos routes et à différents points de contrôle », souligne-t-il.

L’inspecteur Coothen estime que la vitesse excessive et la conduite en état d’ébriété sont des principaux facteurs d’accidents mortels de la route à Maurice. S’agissant du fait que les jeunes sont souvent victimes d’accidents de la route, il affirme que leur immaturité les pousse très souvent à commettre des excès. « Lorsque les jeunes passent l’examen de conduite écrit et pratique, ils apprennent toutes les réglementations et nous constatons qu’ils démontrent de bonnes compétences de conduite. Cependant, après l’obtention de leur permis, beaucoup ne font plus attention au code de la route. Leur imprudence les conduit à des conséquences fâcheuses », dit-il encore.

Des causeries sont aussi organisées dans des écoles et dans des centres de jeunesse, entre autres pour mieux sensibiliser les jeunes.

En chiffres

Selon le Police Public Relations Office, les statistiques des infractions routières enregistrées pour  2018 sont les suivantes:
Excès de vitesse                           81,039
Test d’alcoolémie positif                  2083
Conduite dangereuse                        231
Conduite sans ceinture de sécurité             9206
Utilisation du téléphone portable au volant      8008
Pneus usés                      2740
Motocycliste ne portant pas de casque          1506
Nombre total de contraventions pour 2018     223,874

Jameela Jaddoo

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