vendredi , 18 août 2017
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Ravza Kavakci

La députée turque Ravza Kavakci Kan: «La lutte pour le port du hijab a été longue et difficile»

La députée turque Ravza Kavakci Kan était l’une des invités du Forum des femmes tenue à Maurice le 20 et 21 Juin 2016. La députée évoque les  principaux défis  auxquels était confrontée la Turquie avant d’émerger comme l’une des puissances de la région.

Elue comme députée l’année dernière, Ravza Kavakci est connue pour son combat contre la violence humaine, la liberté de la presse et le terrorisme. Elle figure parmi les 21 femmes députées qui ont prêté serment tout en portant le hijab. Sa sœur aînée Merve Kavakci l’avait porté en 1999. A l’époque, elle n’avait pas pu prêter serment justement parce qu’elle portait le hijab. Le combat pour le port du hijab était long et difficile. Sa famille et elles avaient livré une longue bataille afin que les femmes puissent porter le hijab sans aucune répression.

Le port du hijab

Elle  concède que personnellement elle ne s’était pas autant engagée que sa sœur et sa mère. « Lorsque je suis entrée au parlement, la Turquie avait évolué. Mais cela n’était pas le cas en 1999. Ma sœur et moi nous étions dans le même parti. Elle travaillait au quartier général. Quand elle a été élue et devait prêter serment, il y avait une grande manifestation contre le port du hijab. A cette époque, les femmes qui portaient le hijab n’avaient pas le droit d’entrer au parlement », relate-t-elle.

La sœur de Razva était la première femme députée qui portait le hijab. Donc, elle a subi une campagne de lynchage politique. « L’argument principal contre ma sœur était qu’elle essayait de discriminer entre les gens. On avait même poursuivi ma sœur en justice mais finalement elle n’a pas été reconnue coupable. Elle n’a pu rester en Turquie  mais finalement elle s’est établie aux Etats Unis. Cet incident a eu  des répercussions internationales », raconte-t-elle.

Pourtant Merve Kavakci a été bien accueillie en Angleterre et aux Etats Unis. « Ma sœur a été une conseillère au département intérieur aux Etats Unis. Elle a aussi prononcé un discours à la plus haute chambre du Parlement britannique tout en portant son hijab », ajoute-t-elle. Autrefois, la mère de Razva avait subi le même sort que ses filles. Mais en 2011 quand un nouveau parti a pris le contrôle du pays, des changements progressifs ont eu lieu.

La Turquie durant les années 40 à 90

On peut se demander comment un pays avec une majorité de 99% de musulmans n’acceptait pas que les femmes portent le hijab. Razva Kavakci explique que la vieille Turquie favorisait la discrimination institutionnelle. L’état avait le droit d’intervenir dans la pratique des religions. « Le peuple kurde n’avait pas le droit de parler sa langue. Les étudiantes dans les écoles ou les universités n’avaient pas le droit de porter le voile. Beaucoup de filles avaient alors quitté l’école », dit-elle.

Elle révèle que le port du hijab n’était pas permis pour une seule raison : la modernisation. « A l’époque, c’était la période où les gens voulaient adopter un mode de vie occidental. Les pratiques islamiques ont été reléguées au second plan. Il n’y avait pas de place pour le voile. Les femmes qui portaient le voile n’avaient pas droit aux services de base tels que la santé. Un  exemple : les hôpitaux ont refusé de traiter une femme de 80 ans qui souffrait du cancer parce qu’elle portait le voile sur sa carte identité. Ses proches ont dû faire un montage photographique pour refaire sa photo pour qu’elle puisse obtenir le traitement nécessaire »,  nous raconte-t-elle.

Razva Kavakci explique que les années 40 étaient les plus difficiles pour les musulmans. L’appel à la prière (azaan) a été interdit pendant 18 ans. Mais en 1950, on a recommencé à entendre l’azaan. « Le moment où on a entendu  l’azaan à nouveau, les musulmans ont arrêté de travailler et ont couru vers la mosquée le cœur rempli de joie », dit-elle encore.

La transformation de la Turquie

La députée  nous confie que le processus de la démocratisation n’était pas facile mais graduellement le pays a commencé à changer. « Aujourd’hui l’état encourage les gens à converser en kurde.  Les enfants sont autorisés à apprendre la langue kurde.  L’état n’interfère plus dans le style de vie des gens. La perception des gens a changé. Il y plus de la diversité dans les médias », ajoute-t-elle.

Avec ces changements, la Turquie est en train de devenir un des pays les plus puissants de la région. « Nous accueillons plus de trois millions de réfugiés. Environ 2,000 réfugiés vivent dans des camps et d’autres dans les villes. Par exemple, dans une ville, il y a plus de réfugiés que les Turcs. En outre, la Turquie est une des puissances humanitaires », souligne-e-elle.

Le Président Erdogan, au service du peuple

Razva Kavakci  s’élève contre les rumeurs à l’effet que le Président Erdogen serait un dictateur. Pour elle, le Président est une personne simple qui veut servir son peuple. « Il a changé la Turquie. C’est lui qui a promu la démocratisation. Il  assure la stabilité économique et politique. Il dirige le pays d’après les préceptes de la Shariah », assure-t-elle. Aujourd’hui, le Président accueille chaleureusement tout le monde dans sa résidence. Il donne des présents aux enfants. Il est toujours souriant. Un jour il a été invité pour l’iftaar chez une famille pauvre. Il s’est assis par terre avec la famille et a mangé ce qui était préparé. Il est un modèle du bon musulman..

Emerveillée par Maurice

Ravza Kavakci est émerveillée par la beauté de Maurice.  « J’avais entendu que quand la Turquie était en difficulté, les Mauriciens ont apporté leur soutien et ce malgré la distance. Beaucoup de gens avaient même vendu leurs terrains afin d’aider la Turquie. Cela m’a vraiment touché. Nous avons un lien solide avec Maurice et cela va continuer », espère-t-elle.

 


 

Qui est Ravza Kavakci ?

Ravza Kavakcı Kan a été élue en tant que députée du Parti Justice et Développement pour Istanbul le 7 Juin 2015. Elle est membre du comité « Central Decision Execution Committee of Justice and Development Party ». Elle est membre du Conseil d’administration de Üsküdar Université Postcolonial Studies Centre of Research.

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