mercredi , 16 octobre 2019
Accueil / Actualités / Journée mondiale du théâtre : les jeunes et l’avenir de l’art dramatique à Maurice
Journée mondiale du théâtre

Journée mondiale du théâtre : les jeunes et l’avenir de l’art dramatique à Maurice

La journée mondiale du théâtre a été observée le mercredi 27 mars. STAR est parti à la rencontre des vétérans et de jeunes artistes du monde du théâtre. Quel regard portent-ils sur l’art dramatique à Maurice actuellement ? Comment pourra-t-on susciter l’engouement comme autrefois pour le théâtre? Eléments de réponse.

Yousoof Elahee, célèbre comédien à Maurice qui compte plus de 25 ans d’expérience dans ce domaine nous assure que le théâtre évolue de façon positive.

« Beaucoup de gens pensent que maintenant avec le DVD et l’internet, le théâtre disparaît. Ce n’est pas totalement vrai. Je dirai que toutes ces nouvelles technologies complémentent le théâtre et offrent plus d’ouverture aux jeunes de montrer leurs talents sur une plus grand plateforme », souligne-t-il. Avec la nouvelle technologie, poursuit Yousoof Elahee, les performances des artistes peuvent être vus et revus par les citoyens mauriciens aussi bien que par les étrangers. « Cela ne veut pas dire que tous ces nouveaux gadgets peuvent remplacer le théâtre traditionnel. Au contraire, avec les facilités de transport et la demande croissante de loisirs, l’audience ne cesse d’augmenter. Voir une pièce au théâtre, c’est une autre sensation qu’on ne pourra avoir sur un écran », fait-il ressortir. Les jeunes, à son avis, ont beaucoup plus de facilités pour faire du théâtre qu’auparavant car on a fait d’énormes progrès en termes d’écriture, de sujets et de techniques.

Yousoof ElaheePour assurer la relève, Yousoof Elahee estime que les artistes d’expérience doivent faire des efforts pour motiver les jeunes qui veulent apprendre l’art dramatique. Pour lui, ce n’est pas le nombre qui compte mais la qualité d’artistes. Il accueille favorablement l’initiative du gouvernement d’initier les enfants au théâtre dès le cycle primaire. «Je conseille aux parents également de donner la chance à leurs enfants d’exploiter leur potentiel dans plusieurs activités comme le sport ou l’art dramatique avant de prendre des décisions », dit-il. Selon lui, les parents ne doivent pas juger les compétences de leurs enfants uniquement à leurs performances académiques car il est possible qu’un enfant se développe dans d’autres domaines qui peuvent le faire devenir une célébrité. Le seul souci avec le théâtre, explique-t-il, c’est que les  jeunes veulent voir les résultats de leurs efforts du jour au lendemain, ce qui est quasiment impossible.

« Il faut s’investir en termes  d’argent et de temps mais c’est  à la longue que vous récolterez les fruits de votre labeur.  Mais cela peut prendre des années et vous devrez être patients si vous voulez devenir célèbre sur les planches», soutient l’artiste.


Rashid Neerooa : « Notre système d’éducation est trop académique »

Rashid NeerooaSelon Rashid Neerooa, ancien Principal Arts Officer, le théâtre a une riche histoire à Maurice. Toutefois, il pense que la culture théâtrale est sur la pente descendante car les jeunes sont trop scotchés à leur portable. « Pour beaucoup, le théâtre et les autres loisirs sont comme si inexistants. On devient une société trop numérique », dit-il. Il reconnaît toutefois qu’il y a beaucoup de jeunes qui aiment faire du théâtre mais qui par manque de financement, ne peuvent produire des pièces. À son avis, le théâtre pourra redevenir populaire si le ministère de l’Éducation encourage les collèges dans cette voie et met à leur disposition des espaces pour les répétitions. Rashid Neeroa estime que «notre système d’éducation est trop académique ». « Le théâtre est un bon remède anti-stress. Si le ministère de l’Éducation prévoit au moins une période chaque semaine pour le théâtre, ce sera une bonne initiative pour tous », dit-il encore. La participation d’une centaine de collèges, chaque année, au Festival d’Art Dramatique, une compétition organisée en plusieurs langues est, pour Rashid Neerooa, porteuse de grands espoirs.

Notre interlocuteur fait ressortir que le budget de production d’une pièce de théâtre est conséquent car il faut prendre en compte tous les frais : les décors, les costumes, les déplacements, les rafraîchissements, entre autres. Il se désole aussi du manque de cours de théâtre.

« Auparavant, les municipalités offraient des cours de théâtre mais au fil du temps cela a cessé quoique les municipalités ont beaucoup plus de salles maintenant pour organiser des telles activités », souligne-t-il.  Il affirme qu’il  est grand temps qu’on réintroduise ces cours à travers l’île et qu’on offre l’opportunité aux jeunes de s’adonner à des activités créatives, notamment le théâtre.

Le ministère des Arts et de la Culture avait créé un fonds pour le théâtre et alloué une somme de Rs 5000 à chaque groupe. Mais, selon Rashid Neerooa, c’est loin d’être suffisant. « Il y a un long chemin à parcourir si nous voulons vraiment encourager les jeunes  dans ce domaine. Je pense que le gouvernement doit financer leurs projets à 100% », recommande-t-il.


Rama Poonoosamy, directeur  de l’agence Immedia : «Le théâtre développe la pensée et la personnalité»

Rama PoonoosamyRama Poonoosamy, directeur de l’agence de publicité Immedia, a été producteur et directeur de plusieurs pièces de théâtre à l’époque. Il reconnaît que les productions théâtrales sont moins nombreuses à Maurice depuis la dernière décennie. Dans  le passé, raconte-t-il, le théâtre était encouragé dans les écoles et les clubs de jeunesse, de sorte que certains adultes, hommes et femmes, étaient déterminés à jouer dans des pièces de théâtre. « Les théâtres du Plaza et de Port-Louis sont fermés depuis 2004 et 2007 respectivement, mais les amateurs de théâtre se produisent ou assistent à des spectacles dans quelques lieux tels que le Théâtre Serge Constantin, MGI et Caudan Arts Centre », explique-t-il. L’intérêt pour le théâtre, à son avis, devrait commencer à la maison et à l’école. Les parents et les enseignants, en particulier les enseignants de littérature, devraient assumer leurs responsabilités envers les jeunes.

D’autre part, il laisse entendre que la «modernisation» de la société mauricienne n’a pas été tout le temps bénéfique. « Bien sûr, les médias sociaux contribuent à changer la culture des jeunes, mais trop peu d’entre eux s’intéressent au théâtre même si, certains sont très talentueux sur ou derrière la scène », dit-il.  Pour accroître l’intérêt des Mauriciens pour le théâtre, Rama Poonoosamy pense que nous devons rééduquer les parents et les enseignants pour qu’ils suscitent et stimulent l’intérêt et la passion du théâtre et des arts. « Il y a tant à apprendre et à apprécier! Le théâtre est un art qui développe la pensée et la personnalité. Les jeunes doivent donc relever le défi de faire revivre le théâtre », conclut-il.


Témoignages des comédiens

Nazeerah Abdoola Cassim : «On doit avoir plus d’écoles de théâtre à Maurice»

Nazeerah Abdoola CassimNazeerah Abdoolah Cassim, Accounts Clerk, fait du théâtre depuis bientôt 15 ans. Remontant dans le temps, elle nous relate qu’elle était très timide avant de monter sur les planches et qu’elle cherchait des opportunités pour améliorer ses compétences en communication, sa confiance en soi et en même temps pour l’aider dans sa vie professionnelle. « Le théâtre est vite devenu ma passion », confie-t-elle.  Selon elle, le théâtre apporte beaucoup de changements dans les comportements des artistes et l’audience.

« À travers le théâtre, le dramaturge arrive à faire passer des messages forts sur des sujets d’actualité comme la drogue, la violence conjugale, la nature, la culture et d’autres sujets qui interpellent la population », explique Nazeera. « Pour encourager plus de jeunes à faire du théâtre, on doit avoir plus d’écoles de théâtre à Maurice et le gouvernement doit financer certains projets afin qu’on puisse exploiter plus de talents mauriciens», poursuit-elle. Elle estime aussi que la promotion de la cinématographie est bonne  mais que pour avoir de bons artistes il faut qu’il passent par les ateliers de  théâtre. Elle souhaite aussi que le gouvernement accorde  une allocation aux artistes pour mieux les encourager.

Ayman Goolam Cader Ally : «Plus de jeunes s’intéressent au théâtre»

Ayman Goolam Cader Ally Ayman Goolam Cader Ally voit le théâtre comme une plateforme pour mettre en perspective les talents des artistes mauriciens. « Plus de jeunes s’intéressent au théâtre. J’ai moi-même vu l’engouement des jeunes lors de ma dernière pièce. Il y avait plusieurs jeunes de moins de 18 ans qui participaient et je pense qu’ils ont un talent immense », affirme-t-il. Pour pouvoir préserver la culture du théâtre à Maurice, Aymaan pense que des compagnies ayant les moyens doivent faire un effort de parrainer les jeunes qui œuvrent pour une meilleure société. « Les gens voient les acteurs sur scène et les applaudissent. On n’a aucune idée de la somme de travail abattu avant la présentation d’une pièce. Les artistes doivent trouver des costumes, mémoriser les lignes, venir aux répétitions », explique-t-il.

Commentaires

A propos de Ahmad Fakuddeen Jilani

Ceci peut vous intéresser

MMM

MMM : le BP finalise la liste des candidats

La liste des 60 candidats du Mouvement Militant Mauricien (MMM) pour les prochaines élections a …