dimanche , 25 juin 2017
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Jack Bizlall : « Il faut créer un ministère pour planifier notre économie »

Comme toujours, Jack Bizlall appelle un chat un chat. Avec sa franchise coutumière, il dissèque 2016 et fait des prévisions pour 2017.

  • Comment résumez-vous l’année 2016 en une phrase ?

– Effet boomerang.

  • Cet effet boomerang est produit par quoi ?

– C’est identique à ce qui s’est passé à la fin de 2014 avec l’échec du projet Ramgoolam-Bérenger d’une République présidentielle. À la fin de 2016, avec le retrait du PMSD du gouvernement, c’est le commencement de la fin de la république dynastique. Ce qui ouvre la voie à un combat politique sur la nature de l’État qui régit notre société et sur les changements qu’il faudrait apporter pour faire progresser cette société en apportant des modifications appropriées constitutionnellement, socialement et politiquement.

  • Quel est votre regard sur la société mauricienne en 2016 ?

– À mon avis, 2016 a été une année de tous les dangers dans la mesure où beaucoup de changements ont été apportés à notre Constitution. C’est une année à oublier le plus vite possible. Tout de même, j’ai un regard très positif sur la société mauricienne en général. Une année est une période très courte pour se faire une opinion sur notre société. Je le dis très souvent et je le maintiens que le travaillisme, depuis le début du vingtième siècle surtout avec l’avènement du PTr en 1936 et l’Indépendance en 1968, a fait progresser notre société de façon fantastique, sur tous les plans. Le militantisme de la jeunesse des années 70 a fait progresser énormément les libertés, les droits et la démocratie. Ce qui fait que notre société est unique dans le monde. J’ai étudié beaucoup de sociétés – européenne, asiatique, américaine, africaine – et je ne vois aucune société qui a atteint notre niveau.

  • Partagez-vous l’idée de ceux qui pensent que le monde syndical a connu une régression ?

– J’ai toujours hésité à critiquer le monde syndical, pour ne pas démembrer les organisations syndicales afin que les travailleurs ne perdent pas confiance en leur lutte. Mais, cela va changer. Il y a des syndicats et des syndicalistes, d’après moi, qui méritent d’être dénoncés. Certains pour leur apolitisme et d’autres pour leur politisation sectaire et le danger qu’ils représentent pour la vie syndicale. Le problème se pose à trois niveaux. Le premier concerne les rapports entre le syndicalisme et la politique ; des rapports inconciliables. Il faut toujours transcender par la recherche de l’unité des travailleurs. Le deuxième niveau, c’est l’obsession de certains syndicalistes pour accumuler le check-off dans le secteur déjà organisé par des politiques palabreuses et injustes. Comme ce fut le cas à la Cargo Handling Corporation et à Air Mauritius. Troisièmement, c’est la compréhension entre ce qui est primordial et ce qui est secondaire. Je constate que beaucoup de syndicats se défoncent dans les conflits secondaires alors qu’on laisse le régime agir en toute liberté contre les intérêts objectifs de la classe ouvrière dans son ensemble.

  • Que prévoyez-vous pour l’alliance MSM – ML en 2017 ?

– Le ML n’existe plus. Officieusement, Ivan Collendavelloo a intégré le MSM par son opportunisme, en prenant la place de Xavier-Luc Duval. Il est en passe d’émuler Harish Boodhoo qui avait démantelé le PSM pour intégrer le MSM. Quant au MSM, sa stratégie est simple : affaiblir et casser l’adversaire. Il l’a fait avec le PTr, le PSM, le PMSD (dans le passé) et surtout le MMM. Je sens qu’en 2017, ce sont ses adversaires qui vont le casser en miettes. Reste à savoir ce que feront Alan Ganoo et Paul Bérenger. S’ils s’allient au MSM, il faudra cracher sur eux.

  • Le PMSD, connu pour être un parti du pouvoir, s’adaptera-t-il dans cette opposition élargie ?

– Le PMSD s’adapte à toutes les circonstances. En 1967, le PMSD a connu sa plus grande défaite quand Gaëtan Duval s’était présenté comme futur Premier ministre d’une île Maurice associée à la Grande-Bretagne. Quand il a été battu, il s’est tout de suite allié au PTr en 1969 et depuis, il a été de pratiquement toutes les alliances. Il se pourrait qu’il y ait un changement dans le comportement du PMSD mais je me méfie de Xavier Luc Duval.

  • Pourquoi ?

– Parce que Navin Ramgoolam est toujours à la tête du PTr et il n’a jusqu’ici pas rejeté son projet de république présidentielle. Tant qu’il ne le fera pas, Ramgoolam représente un danger grave autant pour le pays que pour la dynastie Jugnauth. Rien ne dit qu’il n’y aura pas une reconstruction de l’alliance de République présidentielle avec Ramgoolam comme Président et Xavier-Luc Duval comme Premier ministre.

  • Y a-t-il un risque que le MMM s’affaiblit davantage avec le PMSD dans l’Opposition ?

– Déjà, lorsque le MMM s’est cassé en deux, il y avait eu des risques que Paul Bérenger soumette sa démission en tant que leader de l’Opposition. Il a été soutenu par le PTr. Les choses changent, puisqu’aujourd’hui, il faut penser que l’Opposition parlementaire rassemble des députés du PTr, du PMSD, du MMM et certains députés indépendants derrière le leader Xavier-Luc Duval. La démission de Paul Bérenger m’étonne dans la mesure où il aurait dû normalement laisser les choses se décanter. S’il l’a fait avec empressement et par orgueil de ne pas subir un départ forcé, je le comprends. Par contre, il ouvre la voie à plusieurs scénarios possibles. Premièrement pousser Xavier-Luc Duval à venir critiquer le gouvernement en tant que leader de l’Opposition alors qu’il a été membre de ce même gouvernement pendant deux ans. Deuxièmement, pousser les élus du PMSD et du MMM à s’opposer au Parlement, voire, un combat entre Xavier-Luc Duval et Paul Bérenger qui assume vraiment le poste de leader de l’Opposition et ainsi discréditer Xavier Luc Duval.

  • Croyez-vous que le PTr pourra faire une remontée en 2017 ?

– Le PTr est mort. Navin Ramgoolam a tué le PTr. Ce parti a marqué l’histoire. Il faudrait que Navin Ramgoolam de son plein gré et que ses suiveurs quittent le PTr. À un certain moment, Arvind Boolell devait le remplacer et lors d’une rencontre, Navin Ramgoolam s’est présenté avec tous ses tapeurs et depuis Arvin Boolell se cache. Comment voulez-vous qu’un parti puisse exister dans une telle situation ? Quand je passe devant le siège du PTr, je suis triste. Le PTr connaît la même situation que son bâtiment, qui est délabré et même dangereux pour la sécurité des gens.

  • Qu’est-ce que vous prévoyez pour Maurice en 2017 ?

– J’espère qu’on continuera la bataille contre la dynastie des Jugnauth. Sur d’autres plans, je pense qu’il faudra rectifier le tir. Je crains que nos économistes ne réalisent pas que l’économie de l’offre pousse à l’endettement. Déjà, l’endettement du ménage constitue une bulle dangereuse. J’ai eu deux rencontres avec la DBM cette année, une troisième est prévue en début 2017. J’espère pouvoir convaincre la direction de la banque de mettre de l’ordre en ce qui concerne l’endettement des ménages. Au sujet de l’économie, il faudra revoir notre type de développement et sans doute créer un ministère avec des pouvoirs de planifier notre économie. Nous aurons aussi une crise de chômage et je crains que la population mauricienne ne se retourne pas contre les étrangers.

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