vendredi , 24 novembre 2017
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Internet, facebook, twitter, whatsapp…Prolifération de fausses informations sur l’islam

À l’ère numérique, le flux de données qui circule sur le net est si important qu’il nous est difficile de démêler le vrai du faux. Sur les plateformes sociales, les informations fusent de toutes parts et bien souvent, l’intégrité des auteurs et l’authenticité des contenus partagés suscitent des interrogations.

La démocratisation de l’Internet a fait que nous avons désormais accès à des milliers de sites d’informations dans plusieurs domaines. Ces dernières années, les sites à caractère religieux tapissent la Toile. En un clic, une personne peut avoir une multitude de données sur toutes les religions du monde et l’islam n’est pas en reste. Il existe aujourd’hui d’innombrables sites qui publient des informations sur diverses facettes de l’islam mais la véracité des contenus fait souvent débat. Certains auteurs publient des articles en ligne sans s’assurer de leur authenticité, ce qui trouble de nombreux musulmans. « L’islam est une religion dont les principes sont basés sur le Coran et les hadiths du prophète Muhammad (s.a.w). Mais de nos jours, avec l’avènement de l’Internet, nous sommes devenus, en quelque sorte, prisonniers des facilités à notre disposition. La religion aussi continue de devenir très populaire sur le net. Cela ne concerne pas uniquement l’islam, mais toutes les autres religions », nous dit Maulana Shamim Khodadin.

Selon lui, les informations sur l’islam publiées sur Internet sont à prendre avec des pincettes car il estime que cela peut s’avérer dangereux pour la personne en quête de connaissance mais aussi pour sa famille et la société en général.  « Nous n’avons aucun contrôle sur les auteurs qui publient ces informations et il n’y a non plus de restrictions. On doit se demander avec quel but une personne publie des articles et autres contenus à caractère islamique. Souvent, l’intention est bonne mais dans la plupart des cas, on ne sait pas si ces gens veulent nuire à la religion », estime le chef religieux.

À la recherche du savoir

Pour le prêcheur Zayd Imamane, dans la plupart des cas, les sites Internet qui publient de fausses informations sur l’islam sont créés par les gens qui n’aiment pas cette religion. « Ils ont leur agenda propre à eux. D’un point de vue islamique, on peut dire que c’est la manœuvre de Satan de par son mépris pour les enfants d’Adam (a.s.) mais il faut comprendre que ces faux sites peuvent créer la division au sein de notre communauté. Les informations sont présentées de telle façon que vous allez croire que c’est authentique », souligne-t-il. Il ajoute qu’il a souvent vu des cas où des hadiths fabriqués avaient la mention « rapportés par Boukhârî » à la fin. « Si on ne procède pas à une vérification rigoureuse, cela peut embrouiller certains musulmans », dit-il.

Comme l’accès à Internet se fait en un clic, les musulmans qui sont en quête du savoir ou qui aiment se documenter sur l’islam, n’éprouvent aucune difficulté à mettre la main sur les informations recherchées. Pour le Dr Khalil Elahee, chargé de cours à l’université de Maurice, il est impératif pour l’utilisateur d’avoir une conscience critique lorsqu’il effectue des recherches. « Le premier ordre coranique est «Iqra». C’est un ordre de lire, de chercher, de s’éduquer mais pas n’importe comment. Il faut le faire au nom de la Vérité. Dieu est Al Haqq, la Vérité Absolue. C’est pourquoi le problème n’est pas autant l’Internet que celui qui l’utilise. La personne, le fait-elle avec une conscience critique ? Se donne-t-elle le temps de réfléchir, de raisonner, de comprendre et de discerner ? », se demande-t-il.

Le Dr Khalil Elahee indique aussi que souvent il est trop facile de réagir en ligne. « Réagir est un geste trop souvent instinctif alors qu’il faut savoir comment répondre lorsqu’il y a lieu de répondre. Il faut apprendre à apprendre d’abord. Aujourd’hui, on est trop pressé pour cela. L’analyse fait défaut. Il faut aussi savoir se taire quand il le faut et ne pas tomber dans la provocation. Souvent il faut ignorer et comme le Coran nous l’enseigne, disons «Paix» et restons serein et focalisons sur l’essentiel », fait ressortir le chargé de cours. De son côté, Zayd Imamane souligne qu’il faut pouvoir faire la différence entre la compilation des hadiths authentiques et celle faite sur Internet. « Aujourd’hui, il est trop facile de ‘upload’ des informations sur le net. Si une personne souhaite vraiment apprendre sur l’islam, qu’elle le fasse à travers les livres et non pas à travers des sites Internet », avance-t-il.

Conséquences désastreuses

Les fausses informations en ligne sur l’islam ont des conséquences désastreuses sur les utilisateurs. Maulana Shamim Khodadin avance que plusieurs sites Internet publient des hadiths non-authentiques et souvent, cela induit les musulmans en erreur. « Nous avons vu des cas où des gens rejettent les hadiths authentiques et prêtent foi à ce qu’ils ont lu sur Internet. Ils s’éloignent ainsi des principes fondamentaux de l’islam. On remarque aussi qu’à cause de ces informations erronées, les musulmans n’hésitent pas à se lancer dans des débats inutiles », dit-il.

Le Dr Khalil Elahee partage également cet avis. « Le danger est que nous nous laissons piéger dans des controverses inutiles et nous oublions l’essentiel. Les cœurs s’endurcissent. À voir les échanges et commentaires qui fusent sur Internet sans se donner le temps de comprendre, nous risquons de voir croître l’ignorance et la zizanie », fait-il ressortir. Et selon lui, la pression médiatique y est également pour quelque chose. « C’est inouï, par exemple, la pression médiatique sur les musulmans de France en ce moment. Autant faut-il se rappeler des Rohingyas dans nos prières, autant faut-il se rappeler qu’il y a une guerre médiatique qui se livre, soutenue par les medias sociaux. Le traitement haineux dont souffre Tariq Ramadan sur Twitter en France contraste avec le respect qu’il bénéficie sur ce même Twitter dans le monde anglophone », dit-il. Il ajoute qu’à Maurice, il existe encore le savoir vivre ensemble et selon lui, cela freine les effets des  dérives médiatiques francophones.

Nissar Ramtoola de la Jummah Masjid: «Méfiez-vous de Mufti Google et de Sheikh Yahoo»

Nissar RamtoolaLe président la Jummah Masjid, Nissar Ramtoola, fait part de ses réserves quant à la recherche d’informations islamiques sur le net. Pour lui, on ne peut pas se fier aux moteurs de recherche existants.

Etes-vous conscient de la vague de fausses informations sur l’islam qui circulent sur Internet et autres réseaux sociaux ?
Oui. C’est le cas depuis quelque temps. Les réseaux sociaux sont de bonnes plateformes pour communiquer ou partager des informations mais uniquement si on le fait correctement.

Malheureusement, nous vivons dans un monde de Fitna et consciemment ou peut-être inconsciemment, les gens se retrouvent piégés dans ce cercle vicieux. Avec notre portable aujourd’hui, il est très facile de partager quoi que ce soit sans que nous ayons eu recours à une vérification de l’authenticité des contenus des messages partagés. Nos jeunes ont un accès libre à Facebook, Google et WhatsApp et n’importe qui peut créer une page et y partager de fausses informations sur l’islam. La façon dont ces sites et autres pages sont présentés éveillent la curiosité et peuvent ainsi induire ces jeunes en erreur.

Quels sont les dangers de ce phénomène ?
Le souci de nos jours est le fait que la nouvelle génération ne recherche pas la connaissance auprès des érudits mais préfère s’adonner à sa propre recherche et documentation.  Méfiez-vous de Mufti Google et de Sheikh Yahoo. Dans plusieurs cas, ces jeunes sont induits en erreur. Nous devons tous nous sentir concernés par ce fléau et vérifier l’authenticité des pages, des sites Internet et les numéros de portables à travers lesquels nous recevons des messages à caractère islamique. Quand nous recevons des invitations pour ‘like’ ou rejoindre une page sur Facebook, il faut s’assurer d’avoir tous les détails sur cette page. Beaucoup de personnes utilisent l’islam comme bouclier pour répandre la violence et le terrorisme tout en véhiculant une image erronée de cette noble religion.

Qui sont ceux qui sont les plus vulnérables face à ce ‘fléau’ ?
Personne n’est à l’abri. C’est pour cette raison qu’il faut des campagnes de sensibilisation pour expliquer aux musulmans les dangers de ce fléau. Alhamdulillah, des autorités concernées comme la Jummah Masjid, Al Azhar et autres institutions islamiques qui sont reconnues à travers le monde disposent de sites Internet authentiques et nous invitons les gens à les visiter.

Comment rester à l’écart de ces fausses informations ?
L’éducation académique ou islamique ne peut être acquise en surfant sur le net. Sinon, pourquoi le gouvernement ou les institutions religieuses auraient dépensé des sommes massives pour ouvrir des écoles et payer des enseignants et autres formateurs ? Cela aurait été plus simple et aurait coûté moins cher de donner un ordinateur et un accès à Internet à une personne pour qu’elle puisse s’éduquer. Mais cela ne marche pas ainsi. L’éducation islamique surtout doit être acquise à travers les vrais érudits de l’islam. On ne peut pas comprendre l’islam simplement en lisant un article sur le net. Même pour comprendre un hadith, il y a toute une méthodologie que des érudits ont pu maîtriser. Il faut nous rappeler qu’Allah nous a donné le Coran mais il a aussi envoyé le saint prophète Mohammad (s.a.w) pour nous l’enseigner. Restons fermes à notre sunnah et nous aurons une éducation qui nous sera bénéfique sur terre et dans l’au-delà.

Les jeunes les plus vulnérables

Face à ce phénomène, ce sont les jeunes qui sont les plus vulnérables. Tel est le constat des deux religieux, Zayd Imamane et Maulana Shamim Khodadin. « Quand on est jeune, on veut faire des choses différemment pour se démarquer. Et en ce faisant, ils vont à la chasse aux informations sur le net et souvent, ne vérifient pas l’authenticité des sources », indique Zayd Imamane. De son côté, Maulana Shamim Khodadin dit souhaiter un usage plus approprié des plateformes sociales. « Les jeunes peuvent utiliser l’Internet pour faire des travaux autre que la recherche de la connaissance islamique. S’ils veulent apprendre la religion, ce n’est pas à travers le net qu’ils y parviendront. Au contraire, ils pourront projeter une notion erronée de l’islam. Internet pas ène Alim ou Mufti sa », déclare-t-il.

Par ailleurs, le Dr Khalil Elahee  soutient qu’il faut protéger les personnes qui sont émotionnellement vulnérables. « Évidemment, ceux qui n’ont pas une formation critique et qui manque de pudeur intellectuelle sont vulnérables. On peut avoir tous les diplômes et par la même occasion manquer d’humilité. Mais il faut aussi protéger ceux qui sont émotionnellement vulnérables, comme beaucoup de jeunes qui ne savent de l’islam que ce qu’ils voient sur Internet », avance-t-il.

Le chargé de cours estime que la compréhension est un moyen efficace pour se mettre à l’abri. « Du point de vue islamique, mais aussi plus généralement de manière rationnelle, il faut se donner le temps de la compréhension. Il faut savoir gérer la complexité et ne pas tout réduire au simplissime. L’éducation ne se fait pas en quelques minutes mais demande un temps d’assimilation. On ne finit pas d’apprendre. Il faut un esprit critique et il faut toujours vérifier nos sources. L’éthique de communication que nous retrouvons dans la sourate Al-Hujurrat est trop souvent négligée. Finalement n’oublions pas de dire Allahu Ahlam soit «Dieu est Le Plus Connaisseur» », souligne notre interlocuteur.

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