vendredi , 18 août 2017
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Imran Dhannoo : « Après les étudiants et les sportifs, je crains pour les employés du secteur privé »

Le président du Centre Idrice Goumany, Imran Dhannoo, est catégorique : personne n’est à l’abri de du fléau la drogue. Pour lui, les drogues synthétiques touchent toutes les couches sociales sans distinction. Après les étudiants et récemment les sportifs, il craint que les drogues n’aient atteint les employés des firmes privées également…

  • Comment analysez-vous la prolifération de la drogue dans la société mauricienne?

– D’abord, il faut savoir qu’il y a deux catégories de drogues : les drogues légales et les drogues illégales. Les drogues légales concernent les cigarettes, les boissons alcooliques et les médicaments alors que les drogues illégales concernent le cannabis, l’héroïne, le subutex et les drogues de synthèse. Parmi les drogues légales, la cigarette est la plus prisée. Mais, depuis ces deux dernières années, il y a une recrudescence de la consommation des produits pharmaceutiques chez les consommateurs qui sont à la recherche de sensations fortes, comme par exemple les sirops antitussifs, les génériques des médicaments comme le « pregabalin » (destiné aux malades souffrant de neuropathie), entre autres. En ce qui concerne les drogues illicites, Maurice compte aujourd’hui environ 150 000 consommateurs de cannabis, voire plus. D’ailleurs, la drogue la plus consommée dans le monde est le cannabis. D’après le rapport 2015 des Nations Unies, il y a 181 millions de consommateurs de cannabis dans le monde. Quant à l’héroïne, elle a fait son entrée à Maurice en 1982 et sa consommation a été, au fil des années, continuellement en hausse. De nos jours, il y a beaucoup de jeunes qui prennent ces substances.

  • Comment expliquez-vous le fait que les drogues de synthèse deviennent de plus en plus populaires chez les jeunes ?

– Les drogues de synthèse existent depuis bien longtemps, notamment le NSD, BCD, Ecstasy, entre autres. Elles sont également connues comme des « designer drugs » ou des « club drugs ». Cependant, depuis 2013, elles deviennent de plus en plus populaires. Elles sont particulièrement consommés dans des lieux de récréation comme les boîtes de nuit ou autres lieux de divertissement. Les consommateurs les prennent pour entrer dans un état d’ivresse sans avoir à consommer des boissons alcooliques.

  • Quelle est la drogue la plus prisée actuellement ?

– Ce qui est en vogue actuellement, ce sont les nouvelles drogues de synthèse (NDS), aussi connues comme des « legal highs ». Ce sont des substances dont les molécules ne sont pas conformes aux conventions internationales, dont la convention 61 qui contrôle les abus des stupéfiants et la convention 71 qui contrôle les psychotropes. Quand les drogues de synthèse ont commencé à faire des ravages dans le monde en 2008, plusieurs gouvernements étaient désemparés car ils ne savaient quoi faire. La NDS est arrivée à Maurice en 2012, avec le « Black Mamba ». Valeur du jour, les drogues synthétiques sont les plus consommées par les jeunes. Il y a six types de drogues de synthèse et à Maurice celle qui circule est la « synthetic cannabinoid ». Le cannabis contient du tétrahydrocannabinol qui provoque des sensations d’ivresse aux consommateurs. Le cannabinoid de synthèse n’est pas du cannabis mais les molécules qu’il contient essayent d’imiter le tétrahydrocannabinol. Mais nous ne savons pas quels sont les autres produits ajoutés à cela.

  • Quelles sont les tranches d’âge les plus touchées ?

– Les consommateurs sont majoritairement une population jeune, âgée de moins de 30 ans. La raison est la disponibilité et l’accessibilité des drogues de synthèse. Valeur du jour, la drogue de synthèse coûte Rs 100 contre Rs 300 pour le cannabis. Et je dois préciser que les consommateurs sont issus de toutes les classes sociales.

  • Quelle est la fréquence de la drogue de synthèse dans les écoles ?

– Se basant sur les descentes policières dans les collèges et les arrestations qui ont été faites, je dirais qu’il y a de plus en plus de mineurs qui sont impliqués dans la consommation des drogues de synthèse. Ce phénomène est devenu une problématique parmi les jeunes, et éventuellement dans les établissements scolaires. Selon un responsable de l’hôpital Brown Séquard, 54 jeunes y ont été admis en 2015 à la suite de la consommation de drogues synthétiques. De janvier à mai 2016, 21 ont été admis. Je dirais même que 60% des consommateurs de drogue ont déjà goûté aux drogues synthétiques.

  • Il n’y a pas que les collégiens qui deviennent « accros ». La drogue a également touché le milieu sportif…

– C’est choquant ce qui s’est passé la semaine dernière. Je ne comprends pas. Ces sportifs devaient être des modèles pour la jeunesse et la population en général. Deux cas déjà, c’est trop. Nous comprenons ainsi que personne n’est pas l’abri de ce fléau. Je pense que ces sportifs ont besoin d’un encadrement psychologique. Je suis certain que ces cas sont symptomatiques d’un mal profond. Je pense que c’est un peu réducteur de dire que l’héroïne fait gagner beaucoup d’argent et que l’appât du gain a été le plus fort. On n’a jamais entendu parler des sportifs tombant dans l’enfer de la drogue dans le passé. Je pense qu’il y a une réflexion à faire sur les raisons. Ils font partie de la classe des travailleurs et méritent un travail d’accompagnement. Le gouvernement doit leur accorder l’attention voulue. D’ailleurs, j’ai été invité à animer des causeries dans des firmes privées. Cela ne m’étonnerait pas que les drogues de synthèse ou autres drogues ont atteint les employés des grandes firmes également.

  • Que proposez-vous comme solution?

– Dans les écoles, je suis favorable à une étude de prévalence de la consommation de la drogue parmi les jeunes. Nous faisons face à une population de jeunes qui aiment les sensations fortes. Par ailleurs, il faut mettre plus d’emphase sur l’éducation, la prévention, l’information, le traitement et la réhabilitation. Il faut aussi plus se pencher sur la réduction de risques vu qu’il y a de nombreuses personnes qui ne veulent pas se faire soigner. On a aussi besoin d’un contrôle de l’offre, au niveau de la police et de la douane. Un plan d’action s’avère plus que jamais nécessaire. Le dernier « Master Plan » remonte à 2005-2009.

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