vendredi , 19 juillet 2019
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Hydar Ryman

Hydar Ryman, président de la SVA : «Les marchands ne se laisseront plus prendre au jeu des politiciens»

Le président de la Street Vendors Association (SVA), Hydar Ryman, se réjouit que les marchands ambulants de Port-Louis deviendront propriétaires de leur étal au sein de l’« Urban Terminal » en 2022. Selon lui, la communauté des marchands ne se laissera plus piéger par les fausses promesses des politiciens.

Quelle est votre analyse du budget eu égard aux mesures annoncées dans votre secteur d’activités?
Tout d’abord, il faut faire ressortir que la communauté des marchands ambulants a beaucoup souffert au cours de ces dernières années. Aujourd’hui, nous sommes divisés en deux groupes, soit à la place Decaen et à la gare du Nord. Mais je dois dire que le Premier ministre et ministre des Finances a accordé beaucoup d’attention à ceux se trouvant au bas de l’échelle sociale dans son dernier Budget. Les petites et moyennes entreprises ainsi que les femmes entrepreneurs ont aujourd’hui plus d’ « incentives » pour faire prospérer leur business. Après deux ans et demi de consultation et de travail, je suis en mesure de dire – en tant que président de la Street Vendors Association – que pour la première fois après plus de 20 ans, nous avons enfin un Budget qui répond aux attentes des marchands ambulants.

Ce Budget s’insère aussi dans un contexte électoral. N’était-il pas une façon d’amadouer les marchands de rue ?
Avec du recul, je dois avouer qu’auparavant les marchands ambulants s’étaient laissés emporter par des discours grandioses et des effets d’annonce irréalisables. Mais avec le temps, nous avons appris le « body language » et l’approche des politiciens. Nous avons aussi appris à faire la différence entre ceux qui veulent œuvrer pour le bien-être des marchands et ceux qui ne font que de fausses promesses. Les politiciens sont là pour faire de la politique, c’est logique. Certains travaillent avec sincérité, il faut l’avouer. Mais les marchands ne se laisseront plus prendre au jeu des politiciens. En 2005, nous nous sommes donnés à fond pour le projet de « Hawkers Palace » et nous avons été déçus. Depuis ces quinze dernières années, il y avait une réelle volonté à trouver une solution durable pour les marchands de rue. Cela dit, certains projets n’ont jamais pu être concrétisés car « fin ena bâton dan larou». Je n’ai pas peur de dire qu’à Port-Louis, il y a eu un sentiment de discrimination d’autant que les marchands ambulants de la capitale sont composés à 70% d’une communauté ethnique spécifique.

…pour la première fois après plus de 20 ans, nous avons enfin un Budget qui répond aux attentes des marchands ambulants»

Comment se porte la communauté des marchands ambulants actuellement ?
Après la délocalisation des marchands ambulants en 2016, nous avions traversé pendant plus de deux ans une période très difficile et frustrante. Je suis le président de la SVA et je pense être le mieux placé pour savoir et aussi ressentir la douleur de mes frères et sœurs marchands. Certains ont même quitté ce métier pour aller travailler comme maçon ou agent de sécurité car on avait de plus en plus de difficulté à gagner notre vie à la place Decaen mais aussi à la place Immigration. Mais depuis environ juin 2018, le public a commencé à fréquenter ces deux foires et les activités ont repris petit à petit. Néanmoins, là encore, avec le projet Metro Express, nous serons relocalisés à nouveau.

Comment vos collègues accueillent cette nouvelle délocalisation ?
J’ai parlé aux marchands et je leur ai fait comprendre qu’il n’y a pas lieu de regarder le passé mais qu’il faut songer à l’avenir avec en tête la réalisation du projet Urban Terminal. Bien que nous ayons beaucoup souffert au cours de ces trois dernières années, j’estime qu’il faut aujourd’hui se concentrer sur l’avenir. Le conseil municipal, avec l’approbation de la ministre Fazila Jeewa-Daureeawoo, a pu identifier trois sites pour relocaliser les 550 marchands de la place Decaen temporairement. Ces sites se situent à : (1) rue Lord Kitchener en face des Casernes centrales; (2) Ruisseau du Pouce en face du nouveau supermarché Winners ; et (3) la place Immigration.

Dans un passé pas très lointain, vous étiez contre l’idée d’aller travailler au Ruisseau du Pouce. Pourquoi êtes-vous revenus sur votre décision ?
Non. Je n’ai pas changé d’idée. Au cours de nos consultations, la Vice-première ministre nous avait fait comprendre que la mairie de Port-Louis avait des difficultés à identifier un seul site pour relocaliser les 550 marchands. À un certain moment, l’on songeait même à nous relocaliser au Champ-de-Mars mais je fais comprendre à la Vice-première ministre qu’une telle décision signifierait la mort des marchands de la capitale. Dans un deuxième temps, la mairie avait identifié un site situé à l’angle des rues Labourdonnais et Wellington. Cela aurait coûté Rs 200 000 à la municipalité en termes de loyer mensuel. Là aussi, j’ai dit à Fazila Jeewa-Daureeawoo que ce site n’est pas approprié pour nous relocaliser. Le maire avait proposé de nous envoyer à Les Salines mais la SVA a refusé. Donc, le site du Ruisseau du Pouce est par défaut le plus approprié par rapport aux trois propositions faites.

Le conseil municipal a pu identifier trois sites pour relocaliser les 550 marchands de la place Decaen temporairement»

Quand les marchands seront-ils relocalisés ?
D’ici trois ou quatre semaines, la mairie de Port-Louis, sous la supervision d’un huissier de Justice, procèdera à un tirage au sort pour l’allocation des étals aux marchands dans les trois sites où nous serons relocalisés temporairement. Après cet exercice, les marchands de la place Decaen recevront une lettre officielle leur indiquant le lieu et le numéro d’étal qui leur ont été attribué pour une période de deux ans et demi.

Vous avez suivi de près le projet d’Urban Terminal au cours de ces dernières années. Sa réalisation ne peut que vous plaire…
Effectivement ! En tant que père de famille et marchand ambulant qui compte 30 ans de carrière, j’avoue être soulagé que le projet Urban Terminal se concrétise enfin. Quelque part, c’est l’aboutissement d’un combat sans relâche des marchands de rue. D’ici deux ans et demi, la communauté de marchands aura un autre statut et les marchands seront propriétaires de leur propre étal au sein de l’Urban Terminal. Avec la réalisation de ce projet, la gare Victoria sera très  animée et des milliers de personnes transiteront par le Hawkers Mall de l’Urban Terminal au quotidien.

Combien de marchands ambulants sont concernés par le projet Urban Terminal ?
Plus d’un millier. En 2015, la mairie de Port-Louis a procédé à un dernier recensement des marchands de rue de la capitale et cela a été approuvé par le cabinet ministériel. Donc, personne ne peut « tamper » avec cette liste. Les marchands recensés en 2015 sont ceux qui travaillaient à la gare Victoria, à la gare du Nord, dans les rues Farquhar, Celicourt Antelme, Royal, Corderie, entre autres. Et ce sont eux qui sont éligibles à avoir un étal dans le Hawkers Mall de l’Urban Terminal.

Combien coûte un étal et après combien d’année en deviendrez-vous le propriétaire ?
Il faut avant tout comprendre que c’est un projet « public/private partnership » (PPP). Nous allons bénéficier du soutien financier de la Development Bank of Mauritius (DBM) et nous n’aurons plus rien à faire avec la mairie. J’ai été heureux d’apprendre que nous deviendrons propriétaires de nos étals au moment même où nous signerons nos contrats. Dans un premier temps, le DBM va injecter environ Rs 150 millions en faveur des marchands et nous aurons à rembourser environ Rs 4000 par mois au BDM non pas comme locataire mais en tant que propriétaire. Cela sur une période de sept ans. C’est un concept unique.

Pensez-vous que l’épineux problème des marchands ambulants sera résolu après cela ?
Les marchands de rue s’apparentent à un folklore, voire une tradition, qui date de plus de 75 ans. En 1920, il y a eu des Mauriciens qui ont commencé ce genre de commerce en vendant des « ti lartik». Le métier de marchand ambulant nedisparaîtra jamais !

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