dimanche , 15 décembre 2019
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Haniff Peerun

Haniff Peerun, syndicaliste : «Revoir tout le mécanisme autour de la compensation»

Le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, était un homme très remonté, vendredi, après que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, ait annoncé une compensation salariale de Rs 200. Selon lui, il faut absolument revoir tout le mécanisme servant à calculer le quantum de la compensation salariale.

Etes-vous satisfait à présent que la compensation salariale est passée de Rs 200 à Rs 300 ?
Je ne sais pas si on peut qualifier cela de satisfaction ou pas mais vendredi, un sentiment de frustration et de mécontentement a prévalu au sein de la classe de travailleurs et des syndicats. Nous étions tous déçus lorsque le ministre des Finances avait annoncé la somme de Rs 200 en guise de compensation salariale. Mais heureusement que le Premier ministre a pris la sage décision de revoir le quantum. Cela dit, le gouvernement ne doit pas laisser s’envoler le « feel good factor » qui a prévalu depuis 2014.

Quel aurait dû être le montant idéal de la compensation salariale ?
Avant tout, il est essentiel que nous attirons l’attention sur le fait que le salaire minimum est passé de Rs 9000 à Rs 10 200. De cette nouvelle somme, il faut aussi compter les Rs 500 sous forme de Negative Income Tax, qui est l’argent des contribuables. Selon les chiffres de Statistics Mauritius, un couple avec deux enfants à sa charge doit percevoir au moins Rs 28 820 pour pouvoir mener une vie décente. Or, si deux personnes au sein d’une famille touchent le salaire minimum, nous constatons que leur revenu total n’équivaut pas à Rs 28 820. C’est en se basant sur cela qu’il faudrait calculer le quantum de la compensation.

Estimez-vous que la compensation de Rs 300 serait un fardeau pour les entreprises ?
Non, pas du tout ! J’ai remarqué que de nombreuses entreprises ferment leurs portes mais peu de temps après, leurs propriétaires en ouvrent de nouvelles sous différentes appellations. Cela après avoir exploité les travailleurs. Mais je l’ai dit à maintes reprises : si une entreprise éprouve des difficultés, que le propriétaire ouvre l’actionnariat aux salariés. Ce sera une « win-win situation ». D’un côté, l’entreprise va pouvoir souffler à nouveau et de l’autre, les salariés seront plus « committed » car c’est à présent leur intérêt qui est également en jeu.

Le salaire minimum passe désormais à Rs 10 200. Un soulagement pour de nombreux petits salariés, n’est-ce pas ?
Il est essentiel de savoir qu’il n’y a aucun sondage qui a été fait ni par le ministère du Travail, ni par aucune instance pour savoir combien de compagnies appliquent réellement le salaire minimum. Même les syndicats ne disposent d’aucun chiffre à cet effet. Nous savons seulement que 146 800 salariés touchent Rs 10 000, 104 400 touchent entre Rs 10 001 et Rs 15 000 alors que 42 500 autres perçoivent un salaire qui se situe dans la fourchette Rs 15 001-Rs 20 000.

Là aussi, le patronat a exprimé ses craintes par rapport au paiement du salaire minimum. Vous ne pouvez nier que des petites entreprises éprouveront des difficultés à le faire…
Vous savez jusqu’à présent on n’a pas eu des cas où des petites entreprises se sont manifestées pour dire qu’elles ne pouvaient payer le salaire minimum. À force de crier au loup, les représentants du patronat ont fini par créer une psychose autour du salaire minimum. Pourquoi ne parlent-ils par du salaire maximum et les sommes faramineuses que touchent les chefs d’entreprise ? Mais pour revenir à la question, le gouvernement a promis qu’il apportera son soutien aux entreprises en difficulté.

Lors de la réunion tripartite de cette semaine, vous évoquiez aussi des anomalies concernant le calcul du taux d’inflation. Pourquoi ?
Les représentants de Statistics Mauritius m’ont fait comprendre que pour calculer le taux d’inflation, l’organisme se base sur les prix affichés par les supermarchés. Or, la plupart du temps, les supermarchés affichent des prix promotionnels et pas tous les Mauriciens peuvent se permettre d’y aller faire leurs courses. Ce qui fait que le calcul de l’inflation est déjà faussé. Aussi, pour les prix de la viande et des légumes, Statistics Mauritius se base uniquement sur neuf marchés principaux du pays. Mais de nombreuses familles achètent leurs provisions dans des « ti bazar » où les prix diffèrent des marchés centraux. Donc, le panier représentatif n’est pas fiable. C’est pour cela que j’ai dit qu’il est temps de revoir tout le mécanisme autour de la compensation salariale qui est basée elle-même sur le taux d’inflation. C’est aussi le cas pour d’autres indicateurs.

Par exemple ?
Tout simplement le taux de chômage. La loi stipule clairement qu’un stagiaire ne peut être considéré comme un travailleur. Or, les « trainees » embauchés sous le Youth Employment Program ou encore sous le programme Service to Mauritius sont considérés comme des travailleurs lors du calcul pour déterminer le taux de chômage.

Sinon, vous avez tout le temps milité en faveur des personnes âgées et pour que leur pension ne soit pas imposable. Trouvez-vous qu’à présent c’est devenu une nécessité ?
Les personnes âgées ont énormément contribué au progrès de l’île Maurice. La pension de vieillesse est une façon de les remercier. Quel que soit le montant, la pension ne doit pas être taxable. Pourquoi le gouvernement n’augmente-t-il pas le taux d’impôt pour les entreprises qui brassent des bénéfices de plusieurs millions de roupies ?


Que pensez-vous du quantum de la compensation salariale ?

Nusaiba Nazurally, 19 ans, de Camp-Chapelon : «Nous nous attendions à plus»

Nusaiba Nazurally«Ce n’est pas mal mais nous nous attendions à plus. C’est vrai qu’une augmentation de Rs 300 semble un peu insignifiante. Je ne pense pas que le gouvernement va revenir sur sa décision. Pour certains travailleurs la somme de Rs 300 ne représentera pas grand-chose dans leur budget ».


Aktar Khodabocus, 43 ans, de Port-louis : «Insuffisante pour les familles dont les enfants étudient»

Aktar Khodabocus«J’apprécie l’effort du GM pour accorder à la classe des travailleurs ces Rs 300. Cependant, pour les familles qui ont des enfants qui étudient et qui doivent payer des leçons particulières la somme de Rs 300 paraît insuffisante. Aussi, j’aurais souhaité que les travailleurs de la Zone Franche et du secteur privé touchent un 14e mois ».


Ruqayya Maudhoo, 25 ans, de Belvedère : «Je suis un peu déçue»

Ruqayya Maudhoo« A dire franchement je suis un peu déçue de la compensation. Pour ceux qui vont bénéficier du salaire minimum c’est bien mais pas pour les travailleurs car leur pouvoir d’achat restera le même. Je pense qu’un effort du gouvernement pour accorder au moins Rs 800 comme compensation aurait été bien accueilli par tous les travailleurs ».


Sameer Kumar, 28 ans, de Morcellement St André : «Insuffisant pour compenser la baisse du pouvoir d’achat»

Sameer Kumar«Ce n’est pas suffisant pour compenser la baisse du pouvoir d’achat. Le ministre des Finances aurait pu faire un effort pour nous donner au moins Rs 500. Mais par contre je suis très satisfait de l’augmentation du salaire minimum ».

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