samedi , 21 septembre 2019
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Haniff Peerun

Haniff Peerun, président du MLC : «Contexte électoral ou pas, l’intérêt des travailleurs doit primer !»

Les représentants des syndicats ont rencontré le Premier ministre, Pravind Jugnauth, cette semaine, en vue de leurs propositions pré-budgétaires. Pour le président du Mauritius Labour Congress (MLC), l’intérêt des travailleurs passe avant tout, même dans ce contexte électoral.

Comment s’est déroulée la rencontre entre le Premier ministre et les représentants syndicaux cette semaine?
Pour nous, c’est un exercice louable et favorable. Le Premier ministre a été à l’écoute de nos revendications et nous avons insisté que le Budget à venir soit davantage axé sur le social. Car, nous estimons que chaque Mauricien doit pouvoir se retrouver dans le Budget. Ce sont les travailleurs qui créent la richesse du pays et il est normal qu’ils soient au centre de toutes les décisions. Nous sommes certains que le Premier ministre saura trancher car il s’est montré très attentif à nos propositions cette semaine. Celles-ci sont davantage articulées autour de l’élimination de la pauvreté et la création d’emploi.

Etes-vous satisfaits de l’issue de la rencontre ?
Oui. J’ai eu le sentiment que nos revendications seront prises en considération par le Premier ministre. D’ailleurs, le contexte nous est favorable et la Banque mondiale ainsi que l’indice Mo Ibrahim classent Maurice parmi les pays les plus performants en Afrique. Tous les voyants sont au vert et j’espère que nous n’allons pas être déçus. D’ailleurs, le MLC a soumis un mémoire qui prend en considération travailleurs, étudiants, pensionnés et les femmes. De petites actions peuvent apporter de grands changements.

Comme par exemple ?
Nous vivons aujourd’hui dans un monde numérique et à Maurice, l’internet est déjà gratuit dans plusieurs endroits tels que les municipalités et dans les collèges. Nous estimons ainsi que chaque étudiant doit avoir l’internet gratuit chez lui selon une formule bien établie et un horaire défini comme par exemple de 21h à 23h lorsque l’étudiant prépare ses projets. De cette façon, les autres membres de la famille peuvent également avoir accès à la technologie. Ce sont des choses simples mais qui aideront énormément des milliers de Mauriciens.

J’ai eu le sentiment que nos revendications seront prises en considération par le Premier ministre.»

Lors d’une année électorale, il est certain que c’est plus facile de négocier. N’est-ce pas ?
Contexte électoral ou pas, l’intérêt des travailleurs doit primer ! Cela dit, nous n’allons pas également profiter de cela pour ‘met couteau en bas la gorge gouvernma’. Mais nous n’allons pas nous laisser séduire par les ‘bribes’ électoraux car c’est d’ailleurs notre argent même que le gouvernement utilise pour nous appâter. Où croyez-vous que le gouvernement obtient de l’argent ? C’est des poches des travailleurs !

Vous admettriez que le contexte vous est favorable…
Certes, car à la veille des élections générales, nous devons nous attendre à des mesures populistes. Tous les gouvernements qui se sont succédé l’ont fait. Mais je le répète, le travailleur doit être au centre de tout intérêt.

Vous militez en faveur des « Senior Citizens » avec notamment une sortie contre les impôts sur la pension perçue par les personnes âgées et une révision des critères pour la visite médicale à domicile. Qu’est-ce qui vous a motivé pour faire de telles revendications?
Je suis d’avis qu’il faut reconnaître l’énorme contribution de nos aînés dans le développement du pays. Aujourd’hui, à cause de notre mode de vie, beaucoup de personnes âgées souffrent de maladies non-transmissibles et certaines d’entre elles ne peuvent se déplacer pour aller à leur rendez-vous à l’hôpital. Les personnes âgées de 90 ans à monter bénéficient d’une visite médicale à domicile mais nous demandons à ce que le critère d’âge passe à 80 ans pour permettre à un plus grand nombre de « senior citizens » d’avoir accès aux soins médicaux. Concernant, l’impôt sur la pension, je trouve cela injuste car nombre des pensionnés ont besoin de cet argent pour vivre ou acheter des médicaments. Dans le cadre du calcul d’impôt, il faudrait réintroduire les parents comme personnes âgées dépendantes ainsi les enfants seront incités à prendre soin d’eux.

Pensez-vous que le ciblage aurait permis de résoudre les problèmes ?
Non ! C’est le secteur privé qui a toujours mis en avant cette formule. Mais à Maurice, je peux vous dire qu’il n’y aura jamais de ciblage pour la pension car aucun gouvernement ne voudrait se mettre à dos l’électorat. Mais on peut laisser le choix aux personnes de décider de prendre ou non la pension.

Vous insistez pour la mise sur pied d’une Parastatal Body Service Commission. Estimez-vous que les recrutements au sein des corps parapublics ne sont pas faits dans la transparence ?
Certainement. La Public Service Commission (PSC) doit cesser de déléguer des pouvoirs de recrutement aux différents ministères. Cela engendre une perception de favoritisme parmi le public. Auparavant, les recrutements se faisaient sur la base de la méritocratie mais désormais, seuls les gens proches des ministres ou des habitants de leurs circonscriptions qui sont plus susceptibles à avoir un emploi au sein de la fonction publique. Il n’est pas possible que des parents fassent autant de sacrifices pour donner une meilleure éducation à leurs enfants et qu’au final, ce sont des « kolerr lafis » qui obtiennent un emploi.

… les deux lois du travail en vigueur à Maurice comportent plusieurs manquements et favorisent le patronat…»

Vous semblez mener bataille contre les banques depuis quelque temps. Que reprochez-vous à celles-ci ?
Depuis plusieurs années, le MLC mène une « guerre » pour que les droits des épargnants soient respectés. Les banques brassent des bénéfices vertigineux et ce, grâce à l’argent des épargnants. En même temps, ces derniers font face à beaucoup de problèmes et se heurtent à des refus pour des emprunts. Idem pour les cartes bancaires sur lesquelles sont prélevés des frais pour chaque transaction effectuée. C’est aberrant. J’ai d’ailleurs fait part au Premier ministre d’un cas d’une banque qui impose un frais de Rs 20 à chaque retrait. Donc, si vous retirez Rs 200, c’est en quelque sorte Rs 180 que vous obtenez. C’est du vol. C’est pourquoi, nous demandons qu’il y ait un représentant des épargnants au conseil d’administration de chaque banque.

Venez-en aux lois du travail. Les amendements sont en passe de se concrétiser. Le collective bargaining devrait être à l’agenda. Cela devrait plaire aux syndicats…
On ne peut crier victoire prématurément. Aujourd’hui, nous constatons une révolution dans le monde du travail avec la mécanisation et la robotisation. Tout est fait dans le but de suppléer l’être humain. C’est pour cela qu’on estime qu’il faut revoir de fond en comble les lois du travail et ne pas se limiter uniquement à des amendements ça et là. Aujourd’hui, les deux lois du travail en vigueur à Maurice comportent plusieurs manquements et favorisent le patronat au détriment des travailleurs. On demande néanmoins à voir ce que les amendements apporteront.

Le Portable Retirement Gratuity Fund vient aussi corriger une injustice. Il était temps…
Oui, en effet. C’est une bataille menée depuis longtemps mais c’était aussi un dossier assez délicat. Il y a eu trop de cas où les petits travailleurs, à l’instar des employés d’usines, ont subi des injustices au cours de leur carrière. Il faut que chaque employé du privé obtienne la lump sum sur l’ensemble de sa carrière et non pas uniquement sur ses dernières années de service. Aussi, les employés du privé devraient bénéficier des « increments » tout comme ceux de la fonction publique. Concernant les « accumulated leaves », je constate que de nombreux fonctionnaires musulmans profitent de ces congés payés pour aller accomplir le hadj. Les travailleurs du privé doivent en bénéficier également.

Sinon, maintenez-vous toujours que l’eau devrait être gratuite pour tous à Maurice ?
Oui. L’eau est un cadeau de la nature. Maurice n’importe pas l’eau et n’a donc aucun frais y relatif à s’acquitter. L’eau aurait dû être gratuite pour les besoins domestiques pour une certaine quantité d’unité utilisée. Il y a des pays où les habitants ne paient pas l’eau potable. Malheureusement à Maurice, les gouvernements successifs n’ont jamais pu résoudre les problèmes de fuite dans nos réservoirs et dans l’acheminement de l’eau dans les foyers.

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