dimanche , 22 septembre 2019
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La haine en ligne

La haine en ligne : motifs et conséquences

En dépit des divers arsenaux législatifs et technologiques qui se mettent en place progressivement, les discours et les propos haineux continuent d’empester les réseaux sociaux. Que pourraient être les motifs de ces pyromanes? Que risquent-ils en enfreignant la loi? Quel impact tout cela peut avoir sur notre société multiculturelle ? Eléments de réponse.

« Le mal est partout ». C’est ce que nous déclare Ibrahim Koodoruth, sociologue et Senior lecturer à l’université de Maurice. Pour lui, il s’agit de ne pas se laisser piéger par des gens qui ont des agendas cachés. « Les réseaux sociaux sont essentiellement une plate-forme pour échanger des idées et rester en contact avec vos amis et votre famille, » dit-il. Il regrette cependant que les internautes abusent de ces plateformes pour diverses raisons. Selon lui, les uns expriment leurs frustrations personnelles, leur animosité et leur haine par le biais de ces publications sur les réseaux sociaux alors que d’autres le font uniquement pour semer la terreur et créer le désordre dans leur pays. « Ce sont des psychopathes qui n’en font qu’à leur tête. Ils ne réalisent guère le potentiel toxique de ces messages et leur impact sur la paix sociale de notre pays multiracial. Ils pensent qu’ils arriveront à s’en tirer facilement et n’éprouvent aucune frayeur à faire de telles choses », lance-t-il.

Selon le sociologue, les répercussions pourront être désastreuses. « Une fois postés, ces vidéos et messages pourraient créer des dégâts considérables si les internautes continuent à les partager. À chaque fois que ces posts sont commentés ou partagés, l’animosité se répand, » dit-il. Etant humains, poursuit Ibrahim Koodoruth, il est tout à fait naturel que ces posts nous touchent au plus profond de nous-mêmes. Il indique aussi que ce n’est pas seulement un petit groupe qui prend connaissance de ces messages haineux en ligne, mais des milliers d’internautes, voire des centaines de milliers de personnes, si la vidéo devient virale. « Nous sommes tous attachés à nos cultures, à notre éthique et à notre foi. Naturellement, nous sommes touchés si quelqu’un nous pointe du doigt. Cependant, il est préférable de ne pas réagir à ce type de message, » conseille-t-il. À son avis, ceux qui réagissent aggravent la situation. Il conseille donc à la population de laisser les autorités concernées faire leur travail. « En tant que citoyens, vous pouvez vous adresser à la loi, » ajoute-t-il.

Selon lui, il est dommage que certaines personnes tombent dans le piège de la provocation et réagissent aux posts de ces semeurs de haine sans se rendre compte qu’elles représentent également leur communauté à cause de leurs noms. « En pensant que vous rendez service à votre communauté, vous salissez son image, » dit-il. Le sociologue appelle aux autorités de bien faire leur travail. « On doit procéder à l’arrestation en toute impartialité car la loi est égale pour tout le monde, » conclut-il.

Que risquent les accusés ?

À quoi reconnaît-on un post (commentaires, photos, vidéos) qui enfreint la loi? Que risque un contrevenant? Que risque quelqu’un qui «like» ou qui «partage» le post? Répondant à ces questions, le constable Rosanally de la Cyber Crime Unit aux Casernes centrales nous explique que quiconque publie en ligne à l’encontre de quelqu’un un message injurieux, dénigrant, insultant, intimidant et diffamatoire est passible de poursuites judiciaires en vertu de la Computer Misuse and Cyber-Crime Act et en violation de l’ICTA.

« Même si un message peut contenir de éléments de vérité on n’a pas le droit de le poster, » explique le constable Rosanally. Depuis novembre 2018, la loi a été amendée et l’e contrevenant risque maintenant une peine de 10 ans de prison, soit une pénalité arrivant jusqu’à Rs 1 million au maximum, et tous ceux impliqués dans la diffusion des publications à caractère haineux pourront être l’objet d’une arrestation et resteront en détention jusqu’à qu’ils se présentent en cour. En outre, ceux qui commentent et partagent le message sont également responsables et risquent la même sanction que l’auteur de ce délit.

Le Cyber Crime Unit traite ces affaires au quotidien . « En dépit de la sévérité de la loi, certaines personnes ne sont pas conscientes des conséquences si elles sont arrêtées, » dit-il encore. « Se cachant derrière un ordinateur, certains pensent qu’ils ont le pouvoir de tout faire. Ils sont stupides. Nous les localiserons en toutes circonstances, même s’ils ont un faux profil,» souligne-t-il.

D’autre part, le constable Rosanally conseille aux internautes d’utiliser les réseaux sociaux en respectant la loi. Il fait remarquer que beaucoup d’internautes postent des messages sans savoir que des gens mal intentionnés les surveillent. « Par exemple, si quelqu’un annonce sur Facebook qu’il part à la mer avec sa famille demain ce post pourra éveiller l’attention des voleurs ou des ennemis », fait-il ressortir. Les casernes centrales mettent également en garde contre l’escroquerie en ligne. « Certaines personnes se font facilement arnaquer par des posts d’emprunt ou en effectuant des paiements pour précommander des produits sur le net. Nous recommandons d’utiliser des sites connus pour faire ses achats et de ne pas divulguer ses données personnelles aux étrangers », souligne-t-il.

Toute personne souhaitant dénoncer anonymement ces types de messages de délits sur les réseaux sociaux pourra le faire en composant le 148.

Allia Syed Hossen Gooljar, présidente de l’Association des Dames Mourides (CDM) et travailleuse sociale

« La République de Maurice n’a pas une population indigène, mais est plutôt composée de gens venant d’Europe, d’Afrique, de l’Inde et de la Chine. Chaque groupe est venu avec sa religion et culture et est attachée à son appartenance ethnique, » souligne Allia Syed Hossen Gooljar. Quand il y a des commentaires à l’encontre des gens appartenant à un groupe, les membres se sentent blessés, voire humiliés. Elle explique qu’il y a des personnes qui réagissent violemment à ces attaques et ainsi mettent en péril la cohésion sociale dans le pays. Ainsi, elle conseille d’agir avec vigilance. « Il suffit d’une petite étincelle pour que le pays s’embrase. Il ne faut pas oublier qu’en 1968 et 1999, le pays a connu des graves tensions interethniques », poursuit-elle.

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