mercredi , 16 octobre 2019
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Haadeeyah Oozeerally

Haadeeyah Oozeerally, du parti 100% Citoyens : «Je souhaite changer l’image que les gens ont de la politique»

Adhérente au nouveau parti politique, 100% Citoyens, Haadeeyah Oozeerally, 23 ans, a des idées plein la tête. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle dit vouloir faire la politique autrement et est d’avis qu’il y a un renouvellement de la classe politique à Maurice.

En général, les jeunes ne sont pas intéressés à faire de la politique. Qu’est-ce qui vous a poussée à vous jeter dans l’arène ?
Je dois d’abord souligner que je suis une activiste politique, environnementale, sociale et pour les droits des animaux depuis l’âge de 15 ans. J’ai été sur plusieurs fronts et j’étais impliquée dans plusieurs combats contre notamment les projets CT Power et Biometric Card, et d’autres comme « Save our bats », « Save our stray dogs », « No to petroleum hub », entre autres. Mais j’ai décidé de ne plus combattre et mais de construire. En outre, je me suis toujours intéressée à la politique. À 17 ans, j’ai suivi des cours de sociologie politique au centre Che Guevara car j’ai toujours cru fermement dans la bonne gouvernance et dans un système alternatif.

C’est faisable à Maurice, selon vous ?
Je veux faire la politique autrement: transparente, saine et juste. Je suis dégoûtée par les mauvaises décisions prises par le gouvernement actuel et ceux qui les ont précédés. En tant que citoyenne, il m’est insupportable de voir la situation s’empirer jour après jour. Je refuse de me plaindre. Donc j’agis. D’où mon entrée dans la politique. Je souhaite également changer l’image que les gens ont de la politique et des politiciens. C’est-à-dire qu’une musulmane, écologiste de 23 ans, peut faire de la politique, avoir des positions de leadership et apporter des changements significatifs et positifs au sein de la société.

À quoi attribuez-vous le manque d’intérêt des jeunes pour la politique ?
L’attitude, l’indifférence, le manque de professionnalisme, d’intégrité, de transparence, d’empathie, et de compétences de nos politiciens – ainsi que les scandales qui les entourent – démontrent que la politique conventionnelle n’attire plus les jeunes. Ils trouvent que la politique est sale et corrompue. Je les comprends car cette image est vraie. Mais je pense qu’on ne peut pas juger la politique en elle-même en se basant sur ceux qui la pratiquent mal. La politique est quelque chose de formidable si on est intègre et si on veut vraiment le bien-être de l’humanité et de la planète. Je pense que les jeunes ne sont pas aussi exposés à des idéologies politiques et c’est notre système éducatif qui est à blâmer car se focalisant trop sur le « rote-learning », et non sur la pensée critique.

Est-ce que ce manque d’intérêt pour la politique s’étend aussi pour le pays, car nombre de jeunes professionnels ne retournent pas au pays après leurs études ?
Ces jeunes professionnels ne retournent pas au pays car le marché du travail ne répond pas à leurs attentes. Je pense qu’ils ne se voient pas vivre ou participer à la vie politique d’un pays dans lequel les dirigeants sont irresponsables et mènent le pays vers le désastre économique et écologique.

Est-ce que ce « young brain drain » ne représente pas un handicap pour le renouvellement de la classe politique ?
Bien sûr ! C’est un handicap car il est malheureux de voir que Maurice perd beaucoup en matière de talents, d’expertise, de connaissances et d’énergie. Autant de compétences utiles à faire avancer le pays et la politique. Ces jeunes professionnels auraient pu être de très bons éléments en politique.

Je veux démontrer qu’une jeune musulmane peut faire de la politique»

Pourquoi avez-vous opté pour un nouveau parti et non pas pour un des quatre partis du mainstream ?
J’ai participé activement à la construction de ce nouveau parti dès le début. On l’a fondé ensemble. « 100% Citoyens » est un parti qui a été créé sur le modèle de la primaire ouverte comme aux États-Unis. C’est la première fois dans l’histoire de la politique mauricienne qu’on lance un primaire où c’est le peuple et non le leader qui choisit les candidats. J’ai été choisi par le peuple car une des conditions qui valide notre candidature est d’obtenir un minimum de 100 signatures du public. Je n’ai pas acheté de ticket pour être en politique. Ce parti prône la démocratie participative, le professionnalisme, la responsabilité, la transparence et un modèle de leadership dit « Servant Leadership ». On est élu pour servir le peuple, et non l’inverse. Nous avons décidé de faire la politique autrement. Nos valeurs sont l’intégrité, la pro-activité et la synergie. Notre vision est de choisir le mauricianisme comme solution politique dans la construction et la préservation d’un patrimoine commun.

Quelle est votre observation de la politique en général à Maurice ?
Il y a un véritable manque de transparence, d’intégrité et de confiance chez les politiciens conventionnels que beaucoup qualifient de « dinosaures » ou de « roder boute ». Ils manquent d’empathie et sont déconnectés totalement de la réalité du quotidien des citoyens et des problèmes auxquels ces derniers font face. Ils prônent un autre type de leadership. Ils oublient que c’est le peuple qui est l’employeur des politiciens. Mais je pense qu’il y a de l’espoir auprès des jeunes politiciens qui essayent de changer de mindset et de mode de fonctionnement. Il y a un renouvellement de la classe politique.

En tant que leader-adjointe d’un jeune parti, ressentez-vous une quelconque pression sur vos épaules ?
Non. Je ne prends pas la politique comme un fardeau. Loin de là. Pour moi, c’est déjà une victoire car je réclame mon droit en tant que citoyenne de ce pays de participer activement, non seulement à la prise des décisions, mais aussi d’apporter mon expertise en tant qu’écologiste. Je sais qu’il y a du pain sur la planche car nous devons montrer que nous sommes des « players » crédibles dans l’arène politique mais cela ne me fait pas peur. J’ai confiance en notre parti et les valeurs que nous défendons. Je suis une battante et j’irais jusqu’au bout de mes convictions, mes principes et nos idéologies.

Quels seront vos chevaux de bataille ?
Les défis sont nombreux : le dérèglement climatique, les inondations, la mauvaise gestion de l’eau et des déchets, la perte de notre biodiversité, les énergies non-renouvelables, la déforestation, la destruction des nos ressources marines, la pollution de l’eau, de l’air et du sol, l’usage des produits chimiques et des organismes génétiquement modifiés, les mauvaises pratiques en agriculture et l’importation des produits alimentaires dont la qualité laisse à désirer. La santé publique est également directement liée à tous ces problèmes. Malgré ces 12 travaux d’Hercules, je reste très optimiste car si on a pu reconstruire tout un écosystème dans un environnement et climat aussi hostile tel que le désert comme je l’ai fait en Jordanie, la transition de notre île en une société durable sera encore plus facile. D’ailleurs cette transition aurait pu se faire il y a belle lurette. Il y a simplement un manque de volonté politique. Le changement de notre système éducatif élitiste, qui est complètement déconnecté de notre réalité économique et écologique, figure aussi à mon agenda.

Quick Bio

Haadeeyah Oozeerally est une jeune entrepreneure de 23 ans qui exerce dans le domaine de la permaculture. Elle a entamé des études à distance à travers l’Oregon State University aux États-Unis et est également certifiée par la Permaculture Institute of North America en décembre 2017. En août 2018, elle fonde son entreprise, Panacea Permaculture Movement Ltd. Il s’agit d’une agence spécialisée en consultation, design et éducation en permaculture design. Haadeeyah Oozeerally a plusieurs projets pour développer des solutions écologiques. En octobre 2018, la jeune femme a été choisie par la Permaculture Research Institute de Jordanie. « J’ai fait partie de l’équipe de 18 Permaculture Designers de différentes nationalités. J’étais la plus jeune participante et la seule Mauricienne pour le projet ‘Greening the desert’ en Jordanie. Cela constitue à développer tout un écosystème et des alternatives écologiques sur un terre stérile et très peu propice à la vie. Actuellement, je travaille aussi dans la protection des océans avec les jeunes », nous dit-elle.

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