dimanche , 19 novembre 2017
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Raffick Fokeerbux

Grève de la faim des victimes du SCBG – Raffick Fokeerbux : «J’ai investi des millions de roupies halal»

Les clients du Super Cash Back Gold (SCBG) et de la Bramer Asset Management (BAM) ont entamé une grève de la faim au Jardin de la Compagnie depuis le lundi 8 mai. Soutenant les grévistes de la faim dans leur action, le travailleur social Salim Muthy, nous a déclaré qu’ils n’ont pas d’autre moyen pour réclamer l’argent qu’ils ont investi et que le gouvernement a le devoir de négocier pour les rembourser car ils sont victimes d’une grande escroquerie .

Assis sur un matelas posé à même le sol, les grévistes de la faim, dont une dizaine de femmes et d’hommes, ont les traits tirés. Ils ont l’air pensifs et inquiets et se demandent quelles seront les retombées de leur action . Tous sont des ex-millionnaires qui ont investi leur argent et qui ont tout perdu.

Parmi eux se trouve Raffick Fokeerbux, un  hommes d’affaires très connu à Maurice et propriétaire de grands magasins de carreaux céramiques et sanitaires dans le nord du pays et dans d’autres régions. Assis sur un matelas, son bonnet sur sa tête et son «tasbih» à ses côtés, Raffick Fokeerbux semble perdu dans ses pensées. Lui qui a l’habitude de séjourner dans de grands hôtels lors de ses voyages d’affaires, se voit contraint de dormir au Jardin de la Compagnie loin des siens. Il nous explique qu’il ne jouit pas d’une bonne santé et qu’il est diabétique.

« J’ai aidé beaucoup de personnes à construire leur maison. J’ai payé les frais d’opération de personnes malades d’étudiants pauvres fréquentant l’université »

Mais dès qu’il a entamé sa grève de la faim, il n’a pas touché à ses médicaments.  « Tant que nous n’obtenons pas satisfaction, nous ne mettrons pas fin à notre grève.  Advienne que pourra», dit-il. Raffick Fokeerbux, la voix enrouée par l’émotion fait un effort pour ne pas verser des larmes. « J’ai 65 ans. Je travaille depuis l’âge de 8 ans. J’ai travaillé dans une quincaillerie et dans une boutique et  j’ai fait d’énormes sacrifices pour réussir», laisse-t-il entendre. Il affirme avoir investi plusieurs millions de roupies avec un retour sur investissement fort intéressant. « J’ai  investi mon argent halal dans la BAI », ajoute-t-il.

Raffick Fokeerbux jure devant Dieu qu’il n’a jamais touché d’intérêt mais a investi son argent pour aider les pauvres. «  J’ai aidé beaucoup de personnes à construire leur maison. J’ai payé les frais d’opération de personnes malades et les frais d’études d’étudiants pauvres fréquentant l’université. J’ai investi de l’argent halal et non de l’argent sale. Si mon argent avait été sale je me serais caché et je ne serais pas allé m’enregistrer », soutient-il. En 2015 après le crash du BAI ,il dit qu’il avait confiance car le gouvernement avait déclaré qu’il allait rembourser Rs 500 000. Raffick accepte l’option de récupérer tout son argent dans une période de 5 ans.

Raffick Fokeerbux en compagnie de ses employés
Raffick Fokeerbux en compagnie de ses employés

Le jour où il obtient la somme de Rs 500 000, la Financial Intelligence Unit lui fait savoir après enquête qu’il doit la somme de Rs 13 millions à la Mauritius Revenue Authority (MRA). « J’ai eu un choc terrible parce que je sais que j’ai payé mes impôts et que je ne dois rien à la MRA . Mon comptable a déposé tous les dossiers des dix dernières années pour prouver que j’étais  en règle avec la MRA » dit-il.  Mais il n’était pas au bout de ses peines car la MRA lui a réclamé d’autres impôts impayés. « Mon comptable a bien montré  que j’étais en règle mais cela n’a pas suffi. La MRA a exigé d’autres paiements », laisse-t-il entendre.   Raffick Fokeerbux accepte de verser un acompte de Rs 2.9 millions avec les frais en attendant que tout soit réglé et qu’il récupérera son argent après.

 « Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je dormirai dans le Jardin de la Compagnie le ventre vide pour réclamer mon argent »

« Je suis  traumatisé. Je suis directeur d’une compagnie qui emploie 120  personnes et aujourd’hui pour récupérer ce qui m’appartient je dois dormir dans le Jardin de la Compagnie et faire une grève de la faim », s’insurge-t-il.

Raffick Fokeerbux trouve que c’est chagrinant de voir ces mères de famille et ces hommes qui ont la responsabilité de leurs enfants  obligés de dormir en plein air et mettre leur vie en danger. Il y a 2 mois, il a lui-même subi une d’arthroscopie à l’épaule et il souffre énormément. Depuis une semaine il n’a pas pris ses médicaments. Il s’inquiète aussi pour son épouse qui vit seule et vient d’accoucher il y a deux mois, « Ma femme doit venir me voir dans un endroit où elle n’a jamais posé les pieds auparavant », dit-il.

Raffick Fokeerbux est un philanthrope très connu à Maurice. Il a aidé à la construction de plusieurs madrassahs et à la rénovation des musjids. Travailleur social émérite, il n’hésite pas à aider à construire des maisons pour des personnes vulnérables « Je souhaite que tous les grévistes de la faim et tous ceux qui ont investi leur argent  récupèrent leurs placements.  Le gouvernement ne puise pas de ses caisses pour nous rembourser.  Il dit  qu’il va vendre les biens de la BAI pour nous payer », fait ressortir le sexagénaire.

« Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je dormirai dans le Jardin de la Compagnie le ventre vide pour réclamer mon argent », nous dit-il, fatigué de cette situation.

Raffick Fokeerbux sait qu’il est de santé fragile et qu’il pourrait ressentir de ce surcroît d’efforts. Mais qu’importe : il a juré d’aller jusqu’au bout et il tiendra bon . « La mort vini mo pou continuer et lezotte va profité », conclut-il.


Salim Muthy : «Nous irons jusqu’au bout»

Salim MuthySalim Muthy, travailleur social engagé, entame sa quatrième grève de la faim depuis 2006. Cette fois, il est aux côtés des victimes du Super Cash Back Gold qui réclament que l’argent qu’ils ont investi leur soit retourné.

Quelle est la raison derrière cette grève de la faim?
Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on entame une grève de la faim mettant en péril notre vie. C’est après mûre réflexion que la majorité des victimes du Super Cash Back Gold ont décidé d’avoir recours à cette grève après avoir vainement attiré l’attention du gouvernement.

Est-ce que c’était le dernier recours?
Oui.C’est une action de dernier recours  parce qu’il y a eu une promesse qui n’a pas été respectée. Une rencontre avec le ministre des  Services financiers et de la Bonne Gouvernance, Sudhir Sesungkur, avant de prendre une décision n’a rien donné.Il a invoqué la lenteur bureaucratique et il nous a dit d’attendre encore.Nous lui avons dit : « Faire ou travail bureaucratie,nous pou faire nous travail action-cratie ».

Croyez-vous que cette grève pourra faire changer le cours des événements pour les souscripteurs du Super Back Cash Gold?
Bien sûr que oui.Sinon nous n’aurions pas eu à avoir recours à cette grève de la faim. Savez-vous qu’il y a des centaines de personnes qui sont victimes de cette injustice ? Nous sommes les porte-voix d’autres victimes qui pour des raisons diverses ne peuvent se joindre à nous. Néanmoins nous savons que la population est derrière nous et que notre action servira à quelque chose.

Qu’est-ce qui peut vous amener à mettre fin à votre action?
C’est simple. Nous avons une revendication et dès que notre demande sera acceptée et un accord signé qui nous donne satisfaction,nous allons mettre fin à notre grève de la faim.Cette grève est différente des autres grèves de la faim.Ces gens-là se battent pour récupérer l’argent qu’ils ont investi. Ils ne demandent  ni augmentation de salaire ni privilège. C’est l’argent qu’ils ont acquis à la sueur de leur front. Les autorités donnent l’impression que tous ces gens-là ont amassé une fortune mal acquise. C’est faux et archi-faux. Pourquoi laFinancial Intelligence Unit n’enquête pas pour voir combien de personnes ont ramassé des millions en banque.

Leila Rawat et son époux Claudio et sa soeur Leina ont rendu visite aux grévistes. Comment  réagissez-vous à cette visite?
C’était une surprise inattendue car personnellement je ne m’attendais pas à rencontrer des membres de la famille Rawat. Quand je les ai écoutés ,j’ai compris qu’eux aussi sont des victimes et qu’il y a eu discrimination. Leur présence nous a réconfortés. Malgré le fait que leurs affaires en cour ont été rayées ils en subissent toujours les répercussions.

Et la visite de Roshi Bhadain aussi vous à surpris?
Nous l’avons accueilli comme un simple citoyen.Pour sa participation dans l’affaire BAI, il nous a dit que c’est Vishnu Lutchmeenaraidoo qui est derrière ce crash et il a déchargé ses responsabilités dans l’affaire BAI. Roshi Bhadain nous a proposé ses services gratuitement pour un case en cour suprême car pour lui le gouvernement n’a pas respecté son engagement. Il nous a demandé de réclamer une commission d’enquête pour connaître la vérité.

Xavier Duval qui était au cabinet à cette époque vous a aussi rendu visite. Qu’est-ce qu’il vous a dit?
Nous ne sommes pas entrés dans les détails ni avons-nous fait des reproches à Xavier Duval  pour sa participation dans le crash de la BAI. Ce n’était pas le moment propice pour le faire ni contre Xavier Duval ni contre Roshi Bhadain car notre priorité c’est de récupérer l’argent qui est dû aux victimes du crash.Nous savons tous que les politiciens vont venir faire la queue pour en tirer un capital politique.

Croyez-vous que le successeur de Roshi Bhadain, SudhirSeesungkur  ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance traite bien le dossier de remboursement?
C’est un dossier assez complexe. Je pense que si le ministre Seesungkur a pris ses responsabilités pour gérer ce dossier,il faudra qu’il travaille très dur et avec intelligence pour ne pas pénaliser davantage les victimes.

Êtes-vous satisfait du remboursement effectué à une centaine de personnes depuis le début de la grève ?
Jeudi dernier le ministre SudhirSeesungkur, qui avait rendu visite aux grévistes, avait déclaré que le gouvernement faisait de son mieux pour régler le problème. Le lendemain une centaine de personnes ont obtenu leur argent ensemble avec la tranche de 2016. J’ai dit au ministre que les investisseurs de Bramer Asset Management doivent obtenir leur remboursement à hauteur de 80% d’ici le 30 juin. Des étrangers ont aussi investi leur argent et n’ont pas été remboursés. Il y a le cas du Français Ronan Donzé qui est parmi les grévistes de la faim. Il y a un manque de coordination entre les instances régulatrices et un manque de communication entre la FIU et le MPFL. J’ai demandé au ministre Seesungkur de mettre noir sur blanc tout ce qui a été discuté mais le ministre n’a pas accepté. Les grévistes de la faim iront jusqu’au bout de leur action tant qu’ils n’auront pas de garantie. Je tiens à souligner que l’ex-patron de la BAI, Dawood Rawat, est solidaire des grévistes de la faim.

Les politiciens ont rendu visite aux grévistes de la faim

150517_baiDepuis le début de la grève de la faim au Jardin de la Compagnie, plusieurs politiciens de tous bords ont rendu visite aux grévistes en signe de solidarité. Mardi après-midi, Osman Mohamed s’est rendu en premier pour tenir une conversation avec Salim Muthy. Il a été suivi de Shakeel Mohamed qui s’est déplacé en 3 occasions. Puis Arvin Boolell s’est présenté tard dans la soirée.

Le lendemain c’était au tour de Roshi Bhadain de venir soutenir les grévistes. Il a cloué au pilori le ministre Lutchmeenaraidoo qui selon lui est le principal responsable. Il a  promis de représenter les souscripteurs s’ils entrent une action en cour suprême contre le gouvernement. Alan Ganoo a lui aussi rendu visite aux grévistes. Jeudi ce fut au tour du leader de l’opposition, Xavier Duval de marquer sa présence sous la tente des grévistes.

Il était accompagné par les députés du PMSD. Dans la soirée, ce fut au tour de l’ex-Premier ministre, Navin Ramgoolam, de venir à la rencontre des grévistes. Il a exprimé sa solidarité et a promis de rembourser les victimes s’il retournait au pouvoir. Était aussi présent l’ex-ministre Anil Bachoo. Du côté du gouvernement c’est le ministre Sudhir Seesungkur de venir faire des propositions aux grévistes. Il a promis de trouver une solution au plus vite. Le MMM avait délégué Adil Ameer Meeah et Pradeep Jeeha pour rencontrer les grévistes. Le député mauve a promis de soulever la question au parlement.

Soulignons que 7 hommes et 2 femmes sont toujours en grève. Il s’agit de Salim Muthy, Raffick Fokeerbux, Ronan Donze, Lindsay Robert Barry,Jean Eric, Nirmala Sharma et Sunita Sukaram.Trois  autres personnes ont été admises à l’hôpital Jeetoo.

Laina Rawat : « J’ai le cœur déchiré »

Laina RawatLaina Rawat, la fille de Dawood Rawat,  a rendu visite aux grévistes de la faim au Jardin de la Compagnie. Elle a serré les mains de tous ceux présents et a déclaré qu’elle sympathise avec les grévistes de la faim. Laina à fait ressortir que ce sont des gens qui ont vraiment souffert de la même façon que la famille Rawat. « J’ai le cœur déchiré de voir des gens qui ont acheté l’hôpital Apollo faire la fête alors qu’au Jardin de la Compagnie les grévistes de la faim n’ont pas mangé depuis bientôt une semaine», dit-elle.

Elle a déclaré aussi qu’il existe une grande injustice à Maurice. « Je n’ai pas de mots pour décrire mes sentiments. Je suis triste car trop des gens ont beaucoup souffert», ajoute-t-elle. Laina a eu une rencontre avec Salim Muthy et a parlé à chaque gréviste de la faim. Avant de partir, elle a parlé  aux employés de la Galerie Fokeerbux qui étaient présents pour soutenir leur directeur Raffick Fokeerbux. :  « Faire kitchose pou nous parski si arrive kit soz nous patron nous pas conner ki pou arrive nous », a dit une dame à Laina Rawat. Celle-ci a réconforté la dame et a fait part de son espoir qu’une solution sera trouvée.

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