mardi , 18 juin 2019
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Les freres Sumodhee aux familles des victimes : «Donne nou l’occasion pou faire écoute nou souffrance»

Après avoir passé 19 ans derrière les barreaux, Sheikh Imram Sumodhee, Khaleeloudeen Sumodhee, Shaffick Nawoor et Naseeb Keramuth ont retrouvé la liberté ce jeudi 23 août 2018. Ce sont des hommes libres et émus que STAR a rencontrés à leur domicile après leur sortie de la prison de Richelieu.

Deux jours après la libération de Sheikh Imran et Khaleeloudeen Sumodhee, nous nous sommes rendus chez eux à la rue Crimea, à Vallée-Pitot.

Les deux frères ont passé 19 ans de leur vie en détention après leur condamnation suite à l’incendie de la maison de jeux L’Amicale de Port-Louis dans lequel 7 personnes avaient trouvé la mort. C’est par un large sourire que les deux frères nous ont accueillis devant leur porte. Sheikh Imran a fêté ses 58 ans, hier, et nous indique qu’il avait 38 ans lorsqu’il avait été condamné. Malgré le poids des ans, les deux frères ont gardé la forme et nous expliquent que le 8 juin 1999, le premier jour où ils avaient été envoyés à la prison de Beau-Bassin, ils avaient pleuré comme des enfants sachant qu’ils étaient innocents et qu’ils laissaient derrière eux une famille brisée par leur condamnation.

Sheikh Imran et Khaleel avouent avoir perdu leurs repères mais ils se sont mis en tête de reconstruire au plus vite leur vie. Sheikh Imran indique qu’ils travaillaient dans la boulangerie de leur père avant leur arrestation mais qu’avec l’aide de la famille et par la volonté divine, ils vont réfléchir, écouter les conseils des aînés qui les ont soutenus et décider dans quel domaine ils vont se lancer.

La  spiritualité pour tenir le coup

Les deux frères racontent qu’auparavant ils étaient croyants mais pas pratiquants.Après l’affaire L’Amicale, ils ont rencontré en prison un dénommé Anwar Kalachand qui leur a enseigné comment vivre leur vie pour le plaisir d’Allah. « Nous nous sommes accrochés à la corde d’Allah pour ne pas craquer et pour continuer à espérer. Dans son dernier sermon, le prophète Muhammad (pssl) avait dit qu’il laissait derrière lui deux choses et que nous n’allions pas  nous égarer si nous nous y tenions fortement : Le Coran et sa Sunnah. C’est ce que nous avons fait », nous dit Sehikh Imran.

Ainsi, en prison ils ont appris à lire le Coran depuis le début et comment faire la récitation correcte de ce livre sacré en employant la bonne prononciation. Sheikh Imran a appris de son ami Kalachand comment passer un message devant une audience. Durant le mois de ramadan en l’absence de l’imam Kader Batcha, il a dirigé le namaz Jummah pendant 1 mois comme imam. Il tient à  remercier l’imam Kader Batcha et Hafiz Ilmuddin Khoyratee  pour leurs précieux conseils. Avec son frère Khalil, Sheikh Imran a ouvert une madrassah à la prison de Beau-Bassin et à celle de Melrose. « La spiritualité est primordiale pour la réhabilitation », souligne-t-il.

Les deux frères font ressortir qu’après l’engagement  spirituel, le soutien familial est très important. « Sa même serum  ki donne ène détenu courage pou faire prison », fait-il ressortir. Les deux frères lancent un appel à toutes les familles des détenus pour qu’elles rendent visite à leurs proches parce que leur présence apporte un réconfort extraordinaire.

Ouvrir leur coeur aux familles des victimes

Sheikh Imran et Khalil disent comprendre les souffrances des parents des victimes mais laissent entendre qu’eux aussi ont beaucoup souffert pendant 19 ans. «Mon frère et moi sommes issus d’une famille respectable et notre casier judiciaire était vierge. Nous étions propriétaires d’une boulangerie et nos clients étaient de toutes les communautés. Nous n’avions et n’avons de haine contre personne et nous n’étions pas des « zougadères», ajoute Sheikh Imran. « Mo fine perdi mo madame dans banne condition difficile et fine prive moi de l’amour et de l’affection de mo madame, mo papa et mo frère », dit-il encore.

Les deux frères désirent ouvrir leur cœur aux familles des victimes pour leur demander de leur donner l’occasion de les écouter. « Donne nou l’occasion pou faire écoute nou souffrance», disent-ils.

Ils remercient tous les Mauriciens pour leurs prières et pour leur soutien financier qui leur a permis de présenter leur cas devant le Privy Council. Ils remercient Salim Muthy pour la mise sur pied du comité de soutien. Ils remercient leurs avocats, Me Rama Valayden, Me Shameer Hossenbaccus et son épouse, Zaynab, Me Nilkant Dulloo, Me Ravi Rutnah, Me Sanjeev Teeluckdharry et tous les autres avoués qui ont contribué pour la publication du rapport « Wrongfully Convicted ».

Ils confirment que tous les avocats ont travaillé gratuitement pour que triomphent la justice et la vérité. Leurs remerciements  vont aussi aux officiers de prisons et en particulier aux officiers Juleemun, Heeramun et Gokhool du département Welfare et à l’officier Levasseur de même qu’à l’ex-commissaire des prisons, Jean Bruneau.

Sheikh Imran et Khalil invitent tous les Mauriciens à les soutenir pour la réouverture de l’enquête et pour amener les vrais coupables à rendre compte de leurs actes.

Rozina Sumodhee : « Allah m’a donné le courage pour combattre pour la vérité »

Rozina, l’épouse de Khalil Sumodhee, est soulagée après la libération de son époux. Véritable femme-courage,  elle a lutté de toutes ses forces pendant 19 ans pour faire triompher la vérité. « Allah m’a donné le courage et la force pour combattre pour la vérité », laisse-telle entendre.  Cette mère de deux fils n’a jamais baissé les bras car elle était persuadée de l’innocence de son époux et de son beau-frère. « Mo disposé faire serment devant mo Créateur pou témoigner ki mo missié ti avec moi l’heure ki Amicale pe brûler », dit-elle. C’est pour cette raison qu’elle a eu le courage et la conviction pour se jeter dans la bataille. Rozina se désole que ses enfants ont été privés de l’affection de leur père. « Zotte fine prive Khalil de l’affection de so maman, so papa fine mort et so frère ki fine lutter pou zotte fine mort », lâche-t-elle.  En tant que mère de famille, elle a une pensée spéciale pour les familles des victimes de l’incendie de L’Amicale de Port-Louis.

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