vendredi , 23 juin 2017
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Fièvre aphteuse et pénurie de bétail – À qui la faute ?

Jamais auparavant le Qurbani n’a été compromis à Maurice en raison d’une épidémie. La fièvre aphteuse pose problème aux musulmans car ils privilégient le sacrifice du boeuf plutôt que celui du cabri ou d’un mouton. Aurait-on pu éviter cette situation ? L’ancien Senior Veterinary Officer du ministère de l’Agro-industrie, le Dr Swaley Abdoola, répond par l’affirmative alors que le Dr Deodass Meenowa, chef vétérinaire au même ministère, nous dit le contraire. Débat.

Dr Swaley Abdoola : « Six erreurs ont été commises »

En effet, le Dr Swaley Abdoola est certain qu’une telle situation aurait pu être évitée, si six erreurs n’avaient pas été commises et si des mesures avaient été prises à temps.

Erreur 1 – Importation de boeufs

Pour le Dr Swaley Abdoola, on n’aurait pas dû importer des boeufs de Rodrigues. « Les vétérinaires se sont fiés au premier test uniquement, bien que les symptômes persistaient. Les animaux n’auraient pas dû être acheminés jusqu’au quai », déplore-t-il.

Erreur 2 – Quarantaine de Richelieu

Une autre erreur a été celle de transporter les animaux au centre de quarantaine de Richelieu, explique-t-il.

Erreur 3 – Perte de temps

Le Dr Swaley Abdoola estime que les autorités mauriciennes ont perdu trop de temps à essayer à comprendre la situation. Donc, les décisions n’ont pas été prises assez rapidement. Ce qui fait qu’entretemps la situation s’est aggravée. « Lorsque le premier cas a été détecté à Vallée-des-Prêtres, les autorités n’ont pas agi promptement. Les vétérinaires sont intervenus après douze heures. C’est suffisant pour que le virus se propage dans la ferme et infecte d’autres animaux », dénonce-t-il.

Erreur 4 – Le vaccin inapproprié

Beaucoup de temps a été perdu avec le mauvais choix du vaccin.

Erreur 5 – Nouvelles importations

Selon l’ancien Senior Veterinary Officer, le gouvernement aurait dû interdire à la firme Socovia d’importer des animaux. « La ferme est déjà infectée à 70 % et si les précautions nécessaires ne sont pas prises, elle peut être infectée dans son ensemble. Même si les animaux ont été importés de l’Afrique du Sud et vaccinés, le risque était encore présent. Un vaccin peut seulement protéger un animal contre deux ou trois virus », dit-il encore.

Erreur 6 – Manque d’expertise

Pour le Dr Swaley Abdoola, il y a eu un manque d’expertise et de coordination. « Dès le début, nous avons constaté qu’il y avait un chaos. Le manque d’information et de communication pourrait expliquer que les officiers aient autorisé une cargaison à quitter Rodrigues » .

Dr Deodass Meenowa : « Toutes les précautions ont été prises »

Le Dr Deodass Meenowa, chef vétérinaire au ministère de l’Agro-industrie, est d’avis que toutes les mesures de précaution nécessaires – conformes à la sécurité bio – ont été prises. « Une fois que les animaux sont débarqués au port, une équipe des vétérinaires vérifie leur état de santé, avant qu’ils ne soient mis en quarantaine. C’est une procédure normale que nous suivons depuis des années », explique-t-il.

Le Dr Deodass Meenowa maintient qu’il n’y avait pas lieu d’interdire l’importation des boeufs. «Maurice et Rodrigues font partie du même territoire. Les animaux se déplacent librement entre les deux pays. Malheureusement, les gens pensent que l’épidémie est arrivée à Maurice de Rodrigues. La procédure normale a été suivie, lorsque la cargaison est arrivée à Maurice. Les vétérinaires ont vérifié les documents de santé et ont inspecté les animaux. Tout était normal. Suivant les règles et les procedures, ils ont été transportés au centre de quarantaine. Les lieux ont été désinfectés. Donc, toutes les mesures de précaution ont été prises », fait-il ressortir.

Le chef vétérinaire souligne que même si les animaux ont été infectés, le ministère a continué à oeuvrer dur pour empêcher la propagation. « La vaccination a été effectuée dans un rayon de 15 km autour de l’endroit où l’infection a été détectée. Les mouvements des animaux et du transport ont été réglés strictement. Toutes les personnes en contact avec les animaux désinfectaient leurs chaussures avant d’entrer en contact avec d’autres animaux. La même règle est appliquée pour les véhicules. Un communiqué a été envoyé pour sensibiliser le public. Ainsi, le ministère a fait de son mieux pour prévenir la propagation de la maladie », poursuit-il.

Pour le Dr Meenowa, la situation retournera à la normale dans environ un an. « La première vaccination a été faite. Après 21 jours, une seconde sera effectuée et au bout de quatre mois une troisième dose. En même temps, la surveillance active et passive est nécessaire. Le sang des animaux sera envoyé pour analyse. Nous devons attendre environ un an. Nous allons aussi mettre en place un plan de restructuration, afin de mieux gérer une telle situation à l’avenir », conclut-il.

N.F

Vente de viande bovine – Une baisse considérable notée sur le marché

Après la célébration de la fête Eid-Ul-Adha, la vente de la viande accuse une baisse. Et avec la fièvre aphteuse qui sévit dans le pays, on s’attend à ce que cette baisse soit considérable. Nous faisons le point avec 4 bouchers du marché central de Port Louis.

« Cette année est la pire que nous avons connue », martèlent les bouchers du marché central. Pourtant, ils sont habitués à une chute de leur commerce après la période de Qurbani. Cela fait déjà plus de deux semaines que le bazar de Port Louis est plutôt désert, que les étals sont vides et que des bouchers ne viennent même pas travailler. « La vente a déjà baissé depuis plusieurs semaines déjà et cela va s’aggraver après la période de Qurbani. Nous ne savons plus quoi faire pour faire face à ce problème. Cette année le travail a ralenti depuis plusieurs semaines en avance en raison de la peur de la fièvre aphteuse. Même les clients non musulmans ne viennent pas acheter de la viande. Bien que les medias jouent leur rôle d’informer, le public n’est pas rassuré. Les gens ont tendance à se tourner vers le poulet» explique Cassam, un boucher depuis plus de 40 ans.

Un autre boucher nous parle des pertes qu’il encourt chaque semaine. « Nous sommes contraints de retirer la viande plusieurs fois par semaine et comme elle n’est pas vendue rapidement, elle commence à noircir. Ainsi nous faisons d’énormes pertes car nous sommes obligés de la jeter » relate-t-il.

« Après Bakreid, le commerce va chuter davantage. Même si nous sommes habitués à cette baisse chaque année, cette fois-ci les choses sont différentes car la baisse a débuté des semaines plutôt en raison de la fièvre aphteuse. C’est notre gagne-pain qui est en jeu. Même si nous avons pris nos précautions en avance cela pourrait ne pas suffire » nous confie Samad.R.

En outre, il faut compter avec ce problème du prix de la viande. Certains bouchers affichent un prix trop élevé de la viande. Il faut dire que cette année, le commerce de la viande et les bouchers auront connu des moments les plus durs de leur carrière. Pour eux, il faut attendre que cette psychose de la fièvre aphteuse disparaisse dans l’esprit du public.

Avaloir pour le Qurbani – Socovia a remboursé la somme de Rs 45 millions

Hussein Pirbaccosse (Tissen ), porte-parole de la compagnie Socovia, se dit très attristé par une telle situation et nous laisse entendre que les directeurs et employés de Socovia sont impuissants devant ce désastre. « Cette année les frères et soeurs qui avaient l’habitude de s’approvisionner chez Socovia ne pourront accomplir le Qurbani. Tout le monde chez Socovia est vraiment très triste. Les autorités auraient dû prendre certaines décisions quand on s’est aperçu que les bêtes en provenance d’Afrique du Sud auraient été contaminés sur le parc à Saint Martin », nous dit-il. Hussain Pirbaccosse regrette que sa compagnie n’a rien pu faire pour empêcher la propagation de la maladie.

« C’est une situation en dehors du contrôle de tout le monde car c’est un virus qui est arrivé à Maurice et s’est propagé très vite comme partout dans le monde. Pour moi cependant, c’est l’amateurisme des autorités sanitaires qui est responsable de la situation. C’est à cause de leur négligence que cette maladie est arrivée sur notre sol. Et c’est par la faute d’une personne qu’une communauté entière est pénalisée » tonne-t-il.

Hussein Pirbacosse estime que d’ici 3 mois la situation reviendra à la normale. Il affirme que la compagnie Socovia a collaboré avec le ministère de l’Agro-industrie depuis le début et a fait tous les efforts pour éviter que la fièvre aphteuse infecte les bêtes en provenance de l’Afrique du Sud. « Socovia fine jouer carte transparence depuis le début et nous pe assume nous responsabilité envers nous banne clients », souligne-t-il. Socovia a déja remboursé la somme de Rs 45 millions retenue comme avaloir.

« Banne dimoune-là capave alle rode ene cabri ou ene mouton pour li faire sacrifice », ajoute-t-il.

A la question de savoir comment le virus a infecté les bêtes de Socovia, Hussain Pirbaccosse nous explique qu’il existe plusieurs modes de transmissions et qu’il est difficile d’identifier le virus qui a infecté quelques animaux. « D’ailleurs, dira le porte-parole de Socovia, nous avions exprimé nos craintes aux services vétérinaires avant l’arrivée du bateau ».

« La commission d’enquête mise sur pied par le gouvernement doit trouver le vrai coupable. Qui a donné l’autorisation d’embarquer les bêtes en provenance de Rodrigues alors que les services vétérinaires savaient que les bêtes étaient infectées? », demande-t-il.

Il reste persuadé que si les animaux infectés étaient restés à Rodrigues, il n’y aurait pas eu une telle catastrophe à Maurice. « Bizin conné ki sane-là fine donne l’ordre pour embarquer », lance un autre directeur. Hussain Pirbaccosse s’indigne que par la faute d’un officier incompétent les musulmans ne peuvent accomplir leurs devoirs comme chaque année. « Le gouvernement doit faire une enquête correctement pour que tous ceux qui ont perdu de l’argent puissent être dédommagés », dit-il.

Socovia avait importé 4 372 têtes de bétails de l’Afrique du Sud. Hussain Pirbaccosse précise que des fortes doses de vaccin sont administrées chaque jour aux bêtes qui montrent des symptômes de maladie.

Nissar Ramtoola : « Agissons de façon responsable»

Nissar Ramtoola, le président de la Jummah Mosque et membre du comité des ulamas de toutes les écoles de pensée se dépense sans compter pour gérer la situation de crise concernant le Qurbani après l’interdiction de vente des boeufs de la ferme Socovia infectés par la fièvre aphteuse. Au début même de l’épidémie, Nissar Ramtoola et une délégation d’ulamas avaient rencontré le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, pour voir comment aider les musulmans à accomplir le Qurbani dans de bonnes dispositions. Les membres de la Jamat-ul-Masajid voulaient savoir du ministre comment les services vétérinaires allaient gérer la crise. Le président de la Jummah Mosque qui a rencontré le ministre en trois occasions voulait surtout s’assurer qu’il y avait assez de boeufs sur le marché pour le Qurbani et pour demander au ministre qu’elles précautions seraient prises pour le ramassage des restes des animaux et de la peau.

Dans la nuit de dimanche dernier quand il a appris que la ferme Socovia était contaminée et que quelques bêtes étaient tombées malades, une réunion d’urgence a été tenue avec les ulamas et responsables des mosquées pour prendre connaissance du rapport des services vétérinaires. Mercredi une réunion a été organisée avec les ulamas de toutes les écoles de pensée pour prendre une décision sur l’abattage à domicile. La majorité des Ulamas étaient en faveur du maintien de cette tradition. Un communiqué en ce sens été rendu public pour expliquer les dispositions prises.

Selon un relevé il y’a plus de 1100 boeufs disponibles sur des parcs non contaminés pour le qurbani. Suite aux démarches entreprises, le ministre de l’Agro-industrie a pris l’engagement de mettre à la disposition du public 7000 boucs, cabris et moutons. Les ulamas suivent la situation de près pour s’assurer que le qurbani se déroule dans des bonnes dispositions. « Agissons de façon responsable en prenant en considération la crise qui nous frappe », laisse entendre Nissar Ramtoola en apprenant que des éleveurs profitent de la situation pour doubler le prix d’un animal . « Il faut agir en facilitateur et prendre en considération les responsabilités selon votre croyance », conclut-il.

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