mardi , 21 mai 2019
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Faraz Rojid

Faraz Rojid, Head of Financial Services de l’EDB : «Maurice a su s’imposer comme une juridiction solide et fiable»

Contrairement aux allégations faites par la presse internationale à l’effet que Maurice soit un paradis fiscal, notre pays peut s’appuyer sur une juridiction solide, transparente et fiable. Tel est le constat de Faraz Rojid, Head of Financial Services de l’Economic Development Board (EDB). Dans l’entretien qui suit, il fait le point sur la situation dans le secteur des services financiers à Maurice.

Comment se porte le secteur des services financiers à Maurice?
D’emblée, nous pouvons affirmer que le secteur des services financiers est l’un des secteurs clés à Maurice. Au fil des années, notre pays a réalisé des progrès significatifs dans ce domaine passant des services bancaires traditionnels à une kyrielle de produits financiers sophistiqués. Ceux-ci ont contribué à faire de ce secteur un composant essentiel dans l’écosystème de l’investissement global. Maurice s’est d’ailleurs forgé une solide réputation en tant qu’un International Financial Centre (IFC). Le secteur a aussi maintenu un taux de croissance supérieur à 5% au cours des quatre dernières années et contribue actuellement 11,7% du produit intérieur brut (PIB) de l’économie mauricienne générant au passage 13 500 emplois directs. De plus, le gouvernement veut mettre l’accent sur la sophistication du secteur des services financiers dans le but de créer des emplois supplémentaires pour nos jeunes. Dans le même souffle, l’un des piliers de la stratégie de l’EDB consiste à renforcer les investissements dans les trois piliers du plan directeur, à savoir les investissements transfrontaliers, les activités bancaires transfrontalières aux entreprises, les activités bancaires privées et la gestion de patrimoine.

Il existe néanmoins la perception que ce secteur se résume uniquement aux activités du Global Business, n’est-ce pas ?
Il est important de faire ressortir que le Global Business n’est qu’une partie du secteur des services financiers qui comprend le secteur bancaire, les assurances, la bourse, la gestion des fonds entre autres. La contribution au PIB est répartie comme suit : 7,1% dans l’intermédiation financière – essentiellement composée d’activités bancaires et de marchés des capitaux –; 2,6% dans les activités d’assurance et ; 0,7% dans les activités de crédit-bail et autres activités d’octroi de crédit. De son côté, le Global Business génère 14% des revenus de l’État. Ce qui est énorme. Alors que les différents frais de licences d’opération des sociétés du Global Business rapportent plus de Rs 800 millions au gouvernement.

La stratégie au niveau de l’EDB consiste à élargir et approfondir notre centre financier»

Comment peut-on assurer une meilleure visibilité du pays dans ce secteur ?
L’un des principaux objectifs de l’EDB est de promouvoir Maurice comme un centre attrayant pour l’investissement et les affaires, une plate-forme d’exportation et un centre financier international. Dans ce contexte, l’organisme veille à promouvoir Maurice – en tant que centre financier international qui facilite le flux d’investissements sur des marchés clés – en organisant un certain nombre de campagnes de promotion et en participant à des conférences internationales notamment en Asie, en Europe et Afrique. Ainsi, pour l’année 2019, l’EDB parrainera plusieurs conférences axées sur les services financiers, ainsi que d’autres campagnes et roadshows multisectoriels. L’EDB a également retenu les services du cabinet international spécialisé en relations publiques, Burson Cohn & Wolfe (BCW), pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie de communication, écrite et audiovisuelle, en vue de protéger l’image et d’améliorer la visibilité du centre financier mauricien à l’échelle mondiale.

Quels sont les défis auxquels fait face le secteur des services financiers ?
Un des principaux défis est que la presse internationale, motivée par des raisons qu’on ignore, ne cesse de « taper » sur Maurice en qualifiant le pays de paradis fiscal. C’est tellement facile de blâmer une juridiction mais quand nous regardons les chiffres, tel n’est pas vraiment le cas. Un paradis fiscal se résume à un pays où le taux d’impôt est de 0% et où il existe des secrets bancaires et des secrets de société, entre autres. Or, à Maurice, il y a bel et bien un système d’impôt et nos activités économiques sont très diversifiées et génèrent des revenus. Au final, la situation à Maurice est tout le contraire de ce qu’allègue la presse internationale. C’est aussi pour cette raison que l’EDB a sollicité l’expertise de Burson Cohn & Wolfe (BCW) afin de faire entendre notre voix et de réfuter les allégations à l’encontre de Maurice.

Nous pourrions à l’avenir devenir un hub en matière de FinTech car nous sommes déjà très compétents en services financiers et nous disposons d’infrastructures technologiques adéquates»

Pensez-vous que Maurice joue pleinement son rôle de Hub Financier ?
Compte tenu du fait que Maurice jouit d’une très bonne réputation – étant premier en Afrique dans l’Indice Mo Ibrahim (African Governance) en 2018 et également premier en Afrique dans le World Bank Doing Business en 2019 ainsi qu’en étant sur le « white list » de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – je pense que nous pouvons faire bien plus pour les hommes d’affaires qui investissent dans des projets phares en Afrique et dans d’autres marchés émergents.

Et comment s’y prendre ?
Nous avons tous les paramètres clés car la juridiction mauricienne offre une panoplie de solutions à la communauté internationale des investisseurs, y compris la structuration des investissements, les services de conseil, la domiciliation et l’administration de fonds, les services de gestion de fortune privée, la levée de fonds et la gestion des risques. Des banques, des prestataires de services aux entreprises, des gestionnaires de fonds et d’actifs, des cabinets d’avocats, des courtiers et des compagnies d’assurance, entre autres, ont choisi Maurice comme une plateforme de choix pour leurs opérations et leurs investissements, notamment en raison du fait que le pays a su s’imposer comme une juridiction solide, transparente et fiable. Et subséquemment, la stratégie au niveau de l’EDB consiste à élargir et approfondir notre centre financier.

Outre les pays d’Afrique, à quels autres pays Maurice peut-elle servir de hub ?
La Chine, l’Inde et tous les pays qui sont à la recherche d’une plateforme pour l’investissement. Il est vrai que nous avons un avantage naturel et technique pour l’Afrique mais ce continent n’est pas le plus gros composant de notre centre financier actuellement. Aujourd’hui et ce, dans un souci d’optimisation des ressources, le « point-to-point investment » entre deux pays ne fait plus partie du modus operandi.

Au-delà des avantages fiscaux, qu’est-ce que notre pays a à offrir en termes de valeur ajoutée en tant que centre financier ?
Il faut comprendre que Maurice, de par les investissements qui existent, n’offre pas uniquement des services d’optimisation des impôts mais également ceux de la gestion des risques. On peut se le permettre en raison de notre économie qui est stable de même que notre gouvernement. Aussi, le fait que 40% des investissements de Maurice en Afrique soient dirigés vers des pays avec lesquels Maurice n’ait pas signé de traités fiscaux témoigne du fait que les investisseurs souhaitent aller au-delà des conventions fiscales et des avantages fiscaux pour utiliser Maurice comment un centre financier international. Maurice possède le bon écosystème grâce à sa localisation géographique, son environnement commercial innovant, son pool de professionnels hautement qualifiés et bilingues, son infrastructure bancaire et technologique moderne et sa plate-forme innovante de listage et de mobilisation de fonds pour les investissements centrés sur l’Afrique.

Sinon, quel constat faites-vous du secteur de la FinTech à Maurice ?
Actuellement, nous encourageons des compagnies spécialisées en FinTech à venir s’implanter à Maurice. D’ailleurs, l’EDB est l’entité qui octroie des licences aux compagnies dans ce domaine. Récemment, nous avons délivré cinq licences réglementaires Sandbox aux sociétés FinTech pour leurs projets innovants. Cette licence permet aux entreprises de mener à bien leurs projets et activités par l’intermédiaire de notre pays, même si aujourd’hui il n’existe aucun cadre légal à cet effet à Maurice. Je suis optimiste que nous pourrions à l’avenir devenir un hub en matière de FinTech car nous sommes déjà très compétents en services financiers et nous disposons d’infrastructures technologiques adéquates.

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