mardi , 22 août 2017
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Faizal Jeeroburkhan

Faizal Jeeroburkhan, pédagogue : «Les leçons particulières demeurent un fardeau inutile pour beaucoup d’élèves»

Les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien la réforme éducative, enclenchée, cette année, avec le remplacement du CPE par le Primary School Achievement Certificate (PSAC). C’est l’opinion du pédagogue et ancien chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE), Faizal Jeeroburkhan.

2017 est l’année du changement dans l’Éducation, avec le Primary School Achievement Certificate (PSAC) qui remplace le CPE. Croyez-vous que toutes les conditions sont réunies pour la réussite de la réforme éducative ?
Les efforts déployés par le ministère pour la reforme éducative sont très louables. Malheureusement, toutes les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien cette réforme pour plusieurs raisons. D’abord, la planification et la préparation de cette réforme était expéditive et pêchait par manque de consultation élargie avec les acteurs du système. La finalité de l’éducation se résume à réussir aux examens standardisés et à obtenir des certificats. Les examens évaluent les connaissances livresques et encouragent le bourrage de crâne, la mémorisation et la régurgitation. Le curriculum, avec une approche de « One size fits all » pour tous les élèves, est dépassé et ne répond plus aux besoins de notre société qui est en pleine mutation.

Les leçons particulières demeurent un système parallèle, voire un business, qui brasse Rs 3 à 4 milliards et qui est un fardeau inutile pour beaucoup  d’élèves et de parents. Les enseignants sont des exécutants amorphes sans la liberté et la capacité de prendre des initiatives, d’innover, d’expérimenter. Les prises de décision sont centralisées au niveau du ministère laissant très peu d’espace aux administrateurs des écoles pour répondre aux besoins spécifiques des élèves de la région.

À la rentrée de 3ème trimestre, les enfants passeront les premières épreuves du PSAC à la fin du mois d’août avec les questionnaires de Science et d’Histoire-Géographie. En tant que pédagogue, croyez-vous que c’est une bonne chose de faire deux matières au mois d’août et les autres au mois d’octobre?
Sur le plan pédagogique, ce décalage est certainement une bonne chose pour les élèves car il permet de réduire la pression que représentent les examens de fin d’année. Cependant, au lieu d’une évaluation continue basée sur des travaux pratiques, des mini projets et des dossiers des élèves, on revient sur l’incontournable questionnaire qui favorise le bourrage de crâne. Sur le plan pratique et organisationnel, c’est une autre paire de manche. Une étude post-examens devrait établir la pertinence de ce changement.

«L’éducation sexuelle requiert une approche particulière et spécialisée»

Les épreuves de Communication Skills ont été faites à l’insu des parents. Plusieurs déplorent le silence des responsables de l’école sur le calendrier. Quelle est votre opinion sur le mode de communication dans nos écoles?
J’ai très peu d’information sur la façon dont les épreuves de Communication Skills sont évaluées. Cependant, je dois dire que c’est un aspect clé de l’apprentissage des élèves, surtout la communication orale et la communication artistique, qui sont très mal gérées dans notre système éducatif. Pour que l’enfant puisse développer ses capacités de communiquer, on doit lui laisser la liberté de s’exprimer, de réfléchir, de critiquer, d’argumenter, d’exprimer ses idées, de faire du théâtre, entre autres. Malheureusement, bon nombre d’enseignants n’arrivent pas eux-mêmes à communiquer convenablement que ce soit en anglais ou en français. Certains se cachent derrière le créole pour ne pas avoir à utiliser les autres langues. Comment voulez-vous alors que les élèves développent les bonnes Communication Skills ?

Le profil des modérateurs pour les épreuves de Communication Skills ne fait pas l’unanimité parmi certains éducateurs et des syndicalistes. Quel devrait être le profil approprié selon vous ?
Le bon profil des modérateurs pour ces épreuves est primordial et ne devrait pas susciter de doute chez les éducateurs et les parents. Ils doivent maîtriser la langue dans le cadre de son enseignement et être capables d’évaluer le progrès et le degré d’acquisition des connaissances des élèves. Les modérateurs doivent être formés spécialement pour cela et ils doivent réussir à un examen pour démontrer ces compétences.

Comment encourager les parents à s’intéresser à la vie de l’école?
La participation des parents à la vie de l’école est fondamentale et indispensable tout au long de la scolarité de l’enfant. Les parents doivent être actifs au niveau de la Parent-Teachers Association (PTA). Ils doivent être en communication régulièrement avec l’enseignant et établir avec ce dernier un climat de confiance et de respect mutuel. Une politique de porte ouverte et la participation des parents aux activités extrascolaires encourageraient ces derniers à s’intéresser d’avantage à l’école. Il faut même mettre sur pied un programme pour l’éducation des parents.

Les instituteurs mettent l’accent sur le manque de formation et d’indication dans le cadre de la réforme. Croyez-vous que le Mauritius Institute of Education (MIE) dispose des compétences requises pour la formation des enseignants dans le cadre de la réforme éducative?
Le MIE a certainement les compétences requises pour la formation des enseignants dans le cadre de la réforme. Malheureusement, elle se plie trop facilement aux exigences du ministère pour la formation en vrac des enseignants, dans des délais inimaginables et avec des ressources limitées. On privilégie la quantité pour les besoins statistiques plutôt que la qualité. En l’absence des travaux de recherches pour établir la qualité et l’impact des cours dispensés par rapport à la reforme, l’institution arrive difficilement à se recadrer. L’emphase sur les connaissances académiques au détriment des compétences, des valeurs et d’engagement pédagogiques et professionnels constitue le point faible de l’institution.

Au niveau secondaire, comment avez-vous accueilli la décision du ministère de revoir les critères d’admission en Lower VI où un élève devra désormais obtenir 5 ‘credits’ ?
J’accueille favorablement cette décision du ministère. Nos jeunes vivront dans un monde de plus en plus compétitif basé sur le capital humain et ses capacités intellectuelles. Nous avons en face de nous les tigres asiatiques, l’Inde, la Malaisie etc. Nous devons constamment rehausser notre niveau d’éducation. Les 5 ‘credits’ pour l’admission en Lower 6 vont dans cette direction.

«Le SC et le HSC sont dépassés et ne répondent plus à nos besoins»

Avec cette mesure, devrions-nous s’attendre à un taux d’échecs important en SC ?
On doit bannir le concept d’échec dans notre système éducatif. Chaque étudiant a un potentiel qui peut être académique, artistique, huma-niste, sportif, entrepreneurial qu’il faut consolider et exploiter à bon escient. Le SC et le HSC sont dépassés et ne répondent plus à nos besoins du futur.

L’éducation sexuelle à l’école se fait toujours attendre. Est-ce un ‘must’ dans une île Maurice moderne ?
Nous assistons à une mutation profonde de notre société. Il y a une dégradation généralisée des mœurs et une perte des valeurs à tous les niveaux. La pornographie, banalisée par l’Internet, est accessible aux jeunes à travers les téléphones portables. Le jeunes sont sexuellement actifs de plus en plus tôt.

Cependant, il y a une profonde méconnaissance de la sexualité chez ces jeunes. L’éducation à la sexualité permet aux jeunes d’entrevoir les différentes facettes de la sexualité et ne pas se cantonner aux seules pratiques sexuelles. Elle permet de faire prendre conscience de certains problèmes de notre société comme le viol, la prostitution, les grossesses précoces, la pédophilie, le VIH Sida… L’éducation sexuelle est une discipline extrêmement sensible qu’il faut traiter avec beaucoup de tact et de professionnalisme. Elle est très différente des autres disciplines enseignées à l’école. De ce fait, elle requiert une approche particulière et spécialisée avec une planification systématique et rigoureuse.

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