lundi , 21 août 2017
Accueil / Interview / Dr Vinesh Sewsurn, président de la MHOA : «Il est faux de dire que les médecins veulent avoir plus d’argent»
070817_vinesh

Dr Vinesh Sewsurn, président de la MHOA : «Il est faux de dire que les médecins veulent avoir plus d’argent»

Le président de la Medical Health Officers Association (MHOA), le Dr Vinesh Sewsurn, n’en démord pas. Engagé dans un bras de fer avec le ministre de la Santé, il espère que le Dr Anwar Husnoo revienne sur sa décision quant à la mise en application du système de rotation dans les hôpitaux.

Pourquoi les médecins résistent-ils à la mise en application du système de rotation ?
Il n’est pas vrai de dire que les médecins résistent à la mise en application de ce système. Ce n’est nullement de la résistance. Les médecins sont prêts pour la modernisation du système et l’amélioration des services dans les hôpitaux ainsi que dans les centres de santé à travers le pays. D’ailleurs, le système de rotation avait été lancé sur une base pilote l’année dernière et j’ai fait partie des quelque 80 médecins concernés par ce projet. Avant la mise sur pied du projet en 2016, l’ancien président de la MHOA avait demandé au ministère de ne pas aller de l’avant avec ce système car au niveau des médecins, nous n’avions pas suffisamment d’informations y relatives. Aussi, il est bon de faire ressortir qu’un système de rotation qui est opérationnel dans un pays, peut ne pas fonctionner à Maurice. Il faut peser le pour et le contre, consulter le personnel médical dans son ensemble et faire une évaluation. Dans le cas présent, l’avis des médecins n’a pas été sollicité.

Est-ce que le ministre Anwar Husnoo qui est également médecin n’a pas raison de dire qu’un médecin ne peut pas travailler 30 heures d’affilée ?
Le ministre est aussi médecin et il doit savoir que durant les années d’études à l’université, chaque aspirant médecin passe des heures à apprendre. Cela fait partie de notre mode de vie de travailler de longues heures. Mais ce que nous déplorons, ce sont les longues heures de travail où un médecin est appelé à voir les patients des «casualty wards» et aussi ceux admis dans les différentes salles de l’hôpital. Combien de fois avons-nous eu des cas où des patients dans les «casualty wards» doivent attendre des heures car le médecin de service est parti voir des patients dans les salles ?

Est-il vrai que la contestation des médecins ne se limite qu’à une question pécuniaire ?
Non. Au contraire. Nous voulons faire entendre notre voix pour avoir de meilleures conditions de travail. Chaque personne travaille pour les besoins de sa famille et de ses enfants. Mais avec le nouveau système mis en place, un médecin est appelé à travailler 27 jours sur 30 et n’aura qu’un dimanche libre sur chaque cinq semaines. Quand aura-t-il l’occasion de passer du temps avec ses enfants ? Au final, c’est la vie sociale et familiale des médecins qui en souffrira. Auparavant, on devait travailler 4 à 5 nuits par mois. Maintenant, c’est 8 nuits par mois. Et il est aussi faux de dire que les médecins veulent avoir plus d’argent. Ces arguments ne font que remonter la population contre les médecins.

Combien cela représente en termes de manque à gagner pour les médecins ?
On essaie de faire croire que ce système aura un effet important sur le manque à gagner pour les médecins. Au niveau des syndicats, nous avons fait nos calculs et nous avons constaté que le système de rotation va coûter plus cher à l’État. Avec l’ancien système, les médecins qui travaillaient la nuit percevaient une allocation fixe. Mais avec le nouveau système, un médecin qui travaillerait des heures supplémentaires va toucher 1,5 à 2 fois plus.

«Certains médecins ne sont pas prêts à sacrifier leur vie sociale et familiale de sitôt.»

Est-ce qu’une révision salariale réglera le problème ?
Avec ce nouveau système, une révision salariale n’apporterait pas grand-chose. Les médecins touchent déjà deux ‘increments’. Mais est-ce qu’une révision salariale va compenser notre vie sociale et familiale, ainsi que les nombreuses heures de sommeil que nous avons manquées ? Car avec ce système de rotation, nous sommes appelés à travailler 179 heures par mois.

N’est-ce pas une bonne chose d’utiliser l’argent des heures supplémentaires pour recruter des médecins ?
Nous voulons toujours recruter plus de médecins pour pouvoir répondre à la demande dans tous les hôpitaux ainsi que dans les centres de santé. Dans certains centres de santé à Maurice, les médecins auscultent les patients au rythme de deux fois par semaine. Avec le recrutement des nouveaux médecins, ces centres pourront avoir un médecin de service au quotidien et cela va ainsi des services contribuer à la décentralisation de nos hôpitaux. Le ministre parle de 350 nouveaux médecins, mais nous avons la possibilité d’en recruter jusqu’à 500. Mais nous déplorons le manque de planification à tous les niveaux.

Si la mise en application du système est maintenue, pensez-vous que des médecins d’expérience vont quitter les hôpitaux publics ?
Définitivement. Certains médecins ne sont pas prêts à sacrifier leur vie sociale et familiale de sitôt. C’est inadmissible de travailler 27 jours sur 30. C’est pour cette raison que nous avons sollicité une rencontre avec le ministre Husnoo en début de semaine pour avoir plus de détails sur ce système. Mais malheureusement, il n’a pas souhaité nous rencontrer.

De nos jours, est-il difficile pour un médecin de gagner sa vie dans le privé ?
Je ne le pense pas car c’est un marché assez important. Il y a plusieurs facteurs qu’on doit prendre en considération quand on parle d’un médecin qui exerce dans le privé. Il y a en premier lieu sa réputation, les soins prodigués, son charisme entre autres. Si un patient est satisfait des services d’un médecin du privé, il retournera chez lui très certainement.

Selon vous, le système de rotation n’est pas la solution pour l’amélioration des services de santé. Quelle doit être la bonne formule ?
La MHOA et l’association des spécialistes travaillent sur un plan de réforme qui a pour but d’améliorer les services de santé. Nous avons fait une demande au ministère pour avoir des informations sur le personnel et aussi sur les patients dans les hôpitaux pour une période spécifique. Malheureusement notre demande reste en attente. Pourtant ces statistiques seront rendues publiques dans les mois à venir.

Jusqu’où les syndicats sont-ils prêts à aller dans ce bras de fer ?
Les médecins souhaitent avoir des informations sur le nouveau système de rotation. Mais nous, au niveau du syndicat, nous n’avons aucune information à leur donner car premièrement, ce système a été mis en place sans aucune consultation. L’idéal serait de mettre un frein à ce système immédiatement et que nous ayons une rencontre avec le ministre pour le partage des idées et l’on espère déboucher sur un éventuel consensus.

Shift System : l’association des médecins devant la Cour Suprême ce lundi

Il n’y a pas eu de confrontation. Hier, le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, était attendu à une réunion de la Medical Health Officers Association (MHOA), pour fournir des explications sur l’introduction du système de rotation et répondre aux questions des médecins. Ram Nowzadick, président de la Nursing Association et Narendranath Gopee, président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), étaient aussi présents.

Ce lundi, le représentant légal de la MHOA, l’avocat Zaheed Nazurally sera en Cour Suprême dans le cadre d’une demande de révision judiciaire. Cette demande est axée sur l’illégalité de l’imposition du shift system. Il fait ressortir que la constitution souligne que le «forced labour» est contraire aux droits humains. Toutes les lois qui sont contraires à cette clause devront passer par un jugement de la Cour Suprême. De plus, un dossier a été déposé à la Equal Opportunity Commission de même qu’à la Human Rights Commission (HRC). Narendranath Gopee songe également saisir les instances internationales s’il le faut.

Pour le président de la MHOA, le Dr Vinesh Sewsurn, il a fallu descendre dans la rue pour que le ministre décide de leur parler. «Lors du projet pilote nous n’étions pas satisfaits. On ne nous a jamais demandé si nous étions satisfaits ou pas avant de venir dire dans un rapport que nous sommes satisfaits. Qui a rédigé ce rapport?»  se demande Vinesh Sewsurn.

Pour Ram Nowzadick, le ministre met  la charrue devant les bœufs. «Nous défendons aussi le public. C’est une honte que le ministre ne connaisse pas les rouages du ministère.» Il a ajouté que les heures d’ouverture des  laboratoires, de la cuisine, entre autres, doivent coïncider avec les heures de travail des médecins et des infirmiers pour ne pas engendrer de cafouillage. Le syndicaliste a souligné, qu’il faudra, dans ce cas, changer le système de rotation des infirmiers et des autres employés pour tout harmoniser.

Commentaires

A propos de Nuur-Uddin Jandanee

Ceci peut vous intéresser

210817_rashidally

Rashid Soobadar, nouveau Haut-commissaire au Pakistan : «Maurice, un tremplin vers l’Afrique pour le Pakistan»

Fort de son expérience dans le domaine diplomatique, le nouveau Haut-commissaire de Maurice au Pakistan, …