dimanche , 21 janvier 2018
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Dr Shafick Osman : «Réconfortant de voir que les pays arabes n’ont pas délaissé les Palestiniens»

Docteur en géopolitique et chercheur associé à la Florida International University, Shafick Osman se dit soulagé de voir que les pays arabes ont fait bloc contre Trump sur la question de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Aussi, il laisse entendre que Maurice a adopté la posture européenne et indienne lors des votes sur la résolution cette semaine.

Êtes-vous surpris de la position de Maurice qui a voté contre la décision des États-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ?
Non, même si on pouvait penser que Maurice aurait pu s’abstenir eu égard des différents votes onusiens de Maurice, dans le passé, sur les questions israéliennes et palestiniennes. Cela dit, il est clair que Maurice a adopté la posture européenne et indienne et non pas celle des États-Unis.

Donald Trump a brandi des menaces de sanctions contre les pays qui ont voté contre. Notre prise de position pourrait-elle avoir des répercussions sur le dossier des Chagos ?
Non, car le dossier Chagos, après l’adoption de la résolution mauricienne en juin dernier, est désormais entre les mains de la Cour internationale de justice (CIJ). C’est vrai que le verdict de la CIJ n’aura pas force de loi mais si Maurice gagne, c’est le Royaume-Uni et non pas les États-Unis qui sera visé. Cela, vu la très importante et stratégique base militaire étasunienne de Diego Garcia, l’administration Trump pourrait éventuellement penser à des mesures contre Maurice mais je pense que l’Inde ferait de sorte qu’il n’y ait pas de sanctions mais sait-on jamais…

De toute façon, il est grand temps – surtout à la veille de nos 50 ans d’indépendance – que l’État mauricien travaille pour qu’il y ait de moins en moins de dépendance vis-à-vis des puissances étrangères traditionnelles. Il faut aller vers d’autres marchés, vers d’autres sources, et ne pas se faire prisonnier de ces puissances. Maurice doit absolument bâtir sa force politique et c’est même une priorité… Sur le plan économique, je connais, par exemple, une usine de textile haut de gamme, à Maurice, qui commence sérieusement à délaisser la Grande-Bretagne pour se concentrer, entre autres, sur le Japon et ça commence à marcher ! Il faut penser à l’Amérique latine et il est grand temps de faire usage de toutes nos terres au Mozambique, à Madagascar, mais aussi en Afrique centrale et en Afrique de l’ouest !

«Maurice doit absolument bâtir sa force politique»

Connu comme un allié des États-Unis, le Royaume-Uni a pourtant voté contre Donald Trump. Cela vous surprend ?
Oui, cela m’a un peu surpris car a priori, le Royaume-Uni se serait abstenu, comme l’Australie, par exemple, mais la conservatrice Theresa May m’a agréablement surpris sur ce vote et c’est bon signe.

Quel est votre lecture du fait que tous ces pays arabes ont décidé de ne pas soutenir les États-Unis ?
C’est réconfortant de voir que les pays arabes ont fait bloc et n’ont pas délaissé leurs sœurs et frères palestiniens, comme on voulait faire croire concernant l’Arabie Saoudite, particulièrement. C’est un signe positif que les pays du Golfe et que le roi Salman bin Abdulaziz Al Saud n’ont pas suivi Donald Trump aveuglement.

128 pays ont voté en faveur de la résolution, 9 contre. C’est en quelque sorte une véritable humiliation pour le président républicain, n’est-ce pas ?
Oui, c’est un sérieux revers, une déconvenue même ! Mais c’est bon que Trump réalise que la grande majorité des pays dans le monde ne suit pas sa politique étrangère. Souhaitons qu’il tire les leçons qui s’imposent même si j’ai des doutes à ce sujet…

La France a voté pour la résolution mais en même temps, son président, Emmanuel Macron, dit qu’il ne reconnaîtra pas un État palestinien. Que doit-on y comprendre ?
Il faut faire attention : Macron a dit que la France ne va reconnaître un État palestinien « sous pression », une situation « extérieure au choix de la diplomatie française » mais que cela se fera en « temps opportun ». C’est flou et il y a là un manque de précisions, voire d’indicateurs. Ce n’est pas rassurant mais j’ai l’impression que le jeune président français ne maîtrise pas totalement la question ou alors il privilégie une position très nuancée pour maintenir le statu quo. Mais espérons que j’ai tort !

«Theresa May m’a agréablement surpris sur ce vote et c’est un bon signe»

Emmanuel Macron a estimé que la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël marginalisait les États-Unis dans le dossier israélo-palestinien. Dans quelle mesure est-ce vrai ?
Macron n’a pas tort même si Trump avait dit quand il avait fait sa déclaration voici un peu plus de deux semaines que sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ne l’empêchera pas de travailler pour une Two States solution et qu’il avait subtilement laissé une porte ouverte aux Palestiniens car il n’a jamais mentionné et spécifié qu’il reconnaît Jérusalem comme une undivided capital d’Israël. Dans la pratique, Trump a perdu toute crédibilité dans la résolution du conflit qui dure maintenant depuis 70 ans et si  l’on en croit Emmanuel Macron, c’est justement pour ne pas être dans la même situation que les États-Unis que la France s’est démarquée au moment du vote, aux Nations-Unies…

Pensez-vous que les États-Unis se sont disqualifiés pour jouer un quelconque rôle dans le processus de paix dans le conflit israélo-palestinien ?
Disqualifiés me paraît un peu exagéré mais ils ne sont plus crédibles, pour le peu de crédibilité qui leur était restée sur ce conflit, engendré, je vous le rappelle, par le président étasunien Truman lui-même, juste après la Deuxième Guerre mondiale !

Redoutez-vous une riposte de la part de Donald Trump ?
Difficile à dire vu l’ampleur de la déconvenue et les dégâts subséquents mais je suis sûr que beaucoup à la Maison-Blanche y réfléchissent après cette défaite honteuse des États-Unis…

Sinon, le président turc, Recep Erdogan, peut-il agir comme un rassembleur des pays arabes ?
Je n’en suis pas sûr. En tout cas, s’il veut le faire, il lui faudra énormément d’énergie et de force diplomatique au vu de la situation en Syrie et eu égard à la nouvelle géopolitique du Golfe (Arabie saoudite v. Qatar). Ce n’est pas impossible mais si jamais il le réussissait – il a déjà annoncé qu’il bougerait l’ambassade turque à Jérusalem Est, dans un État palestinien indépendant – sur la question de Jérusalem et sur la Palestine de manière générale, ce serait peut-être le début de la reconstruction d’un nouvel « empire » ottoman, avec le monde arabo-musulman…

En tout cas, Erdogan a récemment grandement réussi à l’Organisation de la conférence islamique (OCI) sur la résolution de la reconnaissance de Jérusalem Est comme capitale de l’État palestinien et il est conséquemment monté en grade dans la sphère arabo-musulmane. Mais avant qu’il arrive à fédérer les pays arabes et musulmans autour de lui, les forces occidentales, particulièrement, vont tout faire pour l’en empêcher et des Lawrence d’Arabie des temps modernes seront à l’œuvre…

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