vendredi , 15 décembre 2017
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Dr Roukaya Kasenally

Dr Roukaya Kasenally, chargée de cours à l’UoM : «Une baisse de l’intégrité et de l’éthique des politiciens»

Chargée de cours à l’UoM. Roukaya Kasenally, pose un regard critique sur les politiciens et les médias. Elle est d’avis que ceux-là doivent se défaire de leur image négative et se réinventer,  tandis que ceux-ci, selon elle, devraient s’assurer du professionnalisme de leurs journalistes et se prémunir contre l’impact des entités commerciales.

Un politicien peut-il dire n’importe quoi n’importe où ?
Bien sûr que non ! Un politicien est une figure publique qui a de grandes responsabilités et doit de par son attitude, son comportement et ses pensées arriver à donner l’exemple. Le rôle principal d’un politicien, surtout lorsqu’il est élu, est de servir les intérêts du peuple. Mais malheureusement, au fil des années, à travers le monde et aussi à Maurice, nous avons vu une baisse dans la noblesse, l’intégrité et l’éthique d’être un politicien. Nous entendons souvent dire que « la politique, c’est sale », dégradante et dépourvue de moralité. Il faut impérativement inverser cette tendance et redonner ses lettres de noblesse à la politique. Comment ? En cultivant une classe de politiciens qui fera de l’éthique, la pratique d’une politique propre et neutre et l’intérêt du peuple leur cheval de bataille. Cela semble difficile mais pas impossible.

«Que les parlementaires apprennent à devenir des représentants du peuple»

Suite à l’écart de langage de Ravi Rutnah en début de semaine, peut-on dire que les relations entre la presse et le pouvoir sont plus que jamais tendues ?
En principe, les médias indépendants doivent agir comme des chiens de garde par rapport à ceux au pouvoir. Ce rôle de chien de garde consiste ainsi à garder un œil sur ceux au pouvoir et assurer que le sens de responsabilité et de la transparence prévalent. Au cours des dix dernières années, nous avons constaté une tension accrue entre une certaine section de la presse et ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. Cette tendance a été notée par les institutions médiatiques internationales comme Journalistes sans Frontières et la Media Sustainability Index. En fait, Maurice a chuté dans ce classement et est désormais à la 56e place sur le plan mondial et ce, derrière un bon nombre de pays d’Afrique. Cela dit, il faut prendre en considération le rôle et la responsabilité des médias dans notre pays. On ne peut pas blâmer une seule partie. J’aimerais faire allusion à un rapport intitulé ‘Media Capture’ par Anya Schiffrin de l’université de Colombie dans lequel elle parle de l’impact des entités commerciales sur les médias. À Maurice, il est malheureux de constater que ce phénomène est en train de redéfinir le paysage médiatique.

Quelles devraient être, selon vous, les relations entre les médias et l’État ?
Il doit y avoir avant tout l’espace requis pour le dialogue et les échanges d’idées. Les médias doivent s’assurer de maintenir toujours le professionnalisme de leurs journalistes que ce soit pour la vérification des informations, l’éthique en rapportant une nouvelle ou encore à assurer la crédibilité. Pour ce qui de l’État, celui-ci doit veiller à promouvoir un écosystème où l’accès à l’information est rendu facile. D’où l’importance de venir de l’avant avec la « Freedom of Information Act ».

Comment voyez-vous le niveau de communication des politiciens à Maurice ?
Assez faible! Je constate qu’il n’y a pas de réelle volonté de la part des politiciens d’écouter et aussi de s’engager avec les citoyens, si ce n’est qu’en période électorale. Nous savons tous que chaque cinq ans, ils frapperont à notre porte et puis, ils disparaîtront une fois élus. Aussi, ces derniers temps, on constate que plusieurs politiciens utilisent les réseaux sociaux pour leur propre image. Cela dit, cette pratique n’est qu’un échange substantif vu la plateforme utilisée. Avoir une poignée de ‘Likes’ ne reflète pas grand-chose ! Mais ce qu’il nous faut, c’est un retour aux engagements fondamentaux comme les réunions face-à-face, des assemblées où les politiciens peuvent être questionnés sur leurs idées. Cela se passe dans plusieurs pays à travers le monde. J’ajouterai aussi qu’il faut promouvoir une utilisation plus « intelligente » des réseaux sociaux.

«Les médias doivent s’assurer de maintenir toujours le professionnalisme de leurs journalistes»

Peut-on dire que l’art de bien communiquer fait défaut à quelques-uns de nos parlementaires ?
L’avènement de la Parliament TV sur nos chaînes locales a contribué à apporter un lot de changements. Nous, en tant que citoyens, nous sommes désormais en mesure de voir en direct les images de l’Assemblée nationale et aussi le comportement de certains de nos parlementaires. Un membre élu par le peuple et ce, payé par les fonds publics, doit au minimum avoir de la tenue et il est impératif que les parlementaires apprennent à devenir des représentants du peuple. C’est l’image de la démocratie parlementaire que Maurice tente de véhiculer. Personnellement, je ne pense pas que cela se réduit à améliorer seulement la façon de bien communiquer mais d’agir en chien de garde et veiller aux excès de l’exécutif et aussi d’assurer que des idées progressistes trouvent leur place dans à l’hémicycle.

«Il faut éduquer et conscientiser la population à demander une manière différente de faire de la politique»

Année après année, les politiciens se servent des campagnes électorales et autres meetings pour faire des sorties contres leurs adversaires. Est-ce la plateforme appropriée ?
Il est malheureux de voir que les campagnes électorales sont devenues des champs de bataille où la médisance et les attaques personnelles des adversaires priment sur les débats et le partage des idées. Il n’y a au fait plus de débat et c’est vraiment dommage. Comment y remédier ? Je crois fermement qu’il faut éduquer et conscientiser la population à demander une manière différente de faire de la politique. Il faut aussi assurer que les médias promeuvent une politique basée sur le principe des échanges des idées contrairement à la politique axée sur la personnalité.

Sinon, vous faites partie de la Mauritius Society Renewal dont le but est de susciter  un réveil citoyen face aux dérives de la classe politique. L’objectif est-il atteint ?
La Mauritius Society Renewal (MSR) a été officiellement lancée en mars de cette année. Fondée par   Sheila Bunwaree, Manisha Dookhony et moi-même, MSR a pour objectifs de placer le citoyen au cœur du processus de prise de décision et mettre de l’avant un concept de leadership basé sur l’éthique, l’intégrité et l’absence de corruption. Nous avons constaté que les Mauriciens sont essentiellement sollicités en période électorale. Et c’est pourquoi nous sommes en train de venir de l’avant avec un projet visant à encadrer les citoyens et les former à comprendre tous les aspects importants du modèle démocratique de notre pays – la constitution, le parlement, la République entre autres. Nous avons organisé une série de débats visant à comprendre la constitution mauricienne et nous avons réalisé plusieurs vidéos de courte durée sur les aspects de quelques-unes de nos principales institutions. Nous songeons à démocratiser les débats et ainsi amener tous les citoyens à y participer pour qu’ils puissent comprendre leurs rôles et leurs responsabilités dans le l’avènement d’un nouveau pacte politique et social.

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