mardi , 18 juin 2019
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Nazia Begum Jaffoo KhaN

Dr Nazia Begum Jaffoo Khan : première Mauricienne à détenir un doctorat en ourdou

Nazia Begum Jaffoo Khan, 31 ans, chargée de cours au Mahatma Gandhi Institute (MGI), à Moka, est la première Mauricienne à détenir un doctorat en langue ourdoue.

Pour bon nombre de Mauriciens, avoir un diplôme de premier cycle universitaire (BA) en langue ourdoue constitue déjà une sacrée réalisation. Décrocher un doctorat en cette langue dite de poètes est impensable pour beaucoup. Mais Nazia Begum Jaffoo Khan, qui cultive un amour incommensurable pour l’ourdou depuis son plus jeune âge, a décidé de repousser ses limites pour relever un formidable défi. Déjà à l’école du gouvernement Maheshwarnath, à Triolet, elle avait laissé entrevoir son énorme potentiel en surclassant tout le temps ses camarades de classe dans toutes les matières. « J’étais tout le temps attirée par la beauté de la langue ourdoue mais j’avais aussi de très bons résultats dans toutes les autres matières », nous dit-elle. Confirmation de son penchant pour l’ourdou, elle s’était classée 7e à Maurice dans cette langue lors des examens du CPE en 1998.

Au collège d’État Droopnath Ramphul où Nazia a fait tout le cycle secondaire, elle a développé une passion plus profonde pour la langue d’Iqbal. Mais elle était tout aussi bien attirée par la comptabilité, une matière dans laquelle elle était pour la plupart du temps première de sa promotion. « Lors de mes leçons particulières, mon enseignant m’encourageait pour que je continue mes études dans la filière de la comptabilité mais je me souviens de lui avoir dit que j’opterais pour l’ourdou. Il me taquinait tout le temps en m’appelant ‘Miss Urdu’ », se souvient-elle. En HSC, son choix des matières était assez surprenant. « J’avais opté pour les mathématiques, la comptabilité et l’ourdou comme matières principales et l’Islamic Studies comme matière subsidiaire. Mon père s’était opposé à l’idée que j’aille faire mes études tertiaires en ourdou en Inde. Elle ne voulait pas que je sois loin de la famille. Mais je lui avais promis que j’allais obtenir une bourse », relate notre interlocutrice. Et comme elle s’y attendait, Nazia s’était classée première en ourdou à Maurice en HSC et avait décroché une bourse pour aller étudier dans la Grande péninsule.

Études en Inde

Avec sa bourse en poche, Nazia avait le choix pour aller étudier dans deux prestigieuses universités de l’Inde : l’Osmania University, à Hyderabad ou la Jamia Millia Islamia University, à New Delhi. Elle a opté finalement pour cette dernière université. En 2006, elle met ainsi le cap sur l’Inde, seule, car son père qui devait l’accompagner, était tombé malade. « Plusieurs Mauriciens qui étudiaient dans cette université étaient venus m’accueillir à l’aéroport et m’avaient beaucoup aidée au cours des premiers mois », se souvient-elle. Si elle avait l’habitude de parler couramment l’ourdou à Maurice, Nazia nous dit qu’elle s’était étonnée du haut niveau de cette langue en Inde. « Le niveau de l’ourdou est très élevé en Inde. Au cours des trois premiers mois de mes études, je n’arrivais pas comprendre ce que les chargés de cours disaient en classe. Mais heureusement que mes amis m’ont aidée pour que je puisse me rattraper », fait-elle ressortir.

En 2009, après avoir réussi à décrocher son diplôme (B.A) et alors que ses parents et proches s’attendent à ce qu’elle rentre au pays, Nazia décide de poursuivre ses études. « À Maurice, on n’avait pas encore commencé à dispenser des cours pour l’octroi des diplômes d’enseignement (Ndlr : Bachelor in Education – B.Ed). J’avais alors décidé de rester à l’université pour une année supplémentaire. Les frais d’admission pour ces cours sont exorbitants et j’avais opté pour les examens d’entrée afin de payer moins », nous raconte cette habitante de Triolet. Mais sa soif inextinguible du savoir était loin d’être apaisée car au même moment qu’elle faisait son BEd, elle suivait également des cours en privé à l’université Jamia Millia Islamia en vue d’obtenir une maîtrise en ourdou (M.A). « Le soir, je suivais des cours de diplôme en langue persane. Avec trois cours différents à la fois, je n’avais plus le temps pour mes activités personnelles », avance le Dr Jaffoo Khan.

Retour à Maurice

Après ses études, Nazia rentre au pays avec un CV qui s’est substantiellement allongé après quatre années passées dans la Grande péninsule. Elle ne tarde pas à trouver de l’emploi au collège Droopnath Ramphul comme enseignante suppléante. Avec ses qualifications, elle est embauchée sur une base permanente comme enseignante de langue ourdoue au collège. Entre temps, elle dispense aussi des cours en méthodologie de l’enseignement au MGI à temps partiel. En juillet 2012, elle devient chargée de cours sur une base permanente au sein de cet institut. « C’est avec une maîtrise en ourdou que je dispensais des cours de premier cycle universitaire au MGI. Mais quand j’ai appris qu’on y allait offrir des cours de master, je me suis dit qu’il fallait améliorer mes compétences. On ne cesse jamais d’apprendre et d’évoluer », fait ressortir la chargée de cours.

C’est ainsi qu’en 2014 elle se résout à faire son doctorat en langue ourdoue. « Mon père qui ne voulait pas que j’aille apprendre l’ourdou en Inde au début, m’a cette fois-ci encouragée pour que je fasse mon doctorat. C’est grâce à son soutien que j’ai pu réussir », avance-t-elle. Nazia a pris trois ans seulement pour compléter son PhD à la Jamia Millia Islamia University. Sa thèse s’intitule « Qurratul Ain Haider Ki Afsana Nigari: Ek Tanqidi Mutalea ». Comme Nazia n’aime jamais faire qu’une chose à la fois, elle suivait en parallèle avec son doctorat des cours en vue d’obtenir un diplôme en Journalism & Mass Communication à la Maulana Azad National Urdu University. Parlant de l’évolution de la langue ourdoue à Maurice, elle estime que nous avons beaucoup progressé à l’instar des cours de maîtrise qui sont désormais offerts. « Nous devons cependant continuer à avancer », dit-elle.

Un site web consacré à la langue ourdoue

Afin de promouvoir la langue ourdoue à Maurice et sur le plan international, le Dr Nazia Begum Jaffoo Khan a lancé depuis quelque temps son propre site web (www.nahidinternational.com). Les contenus sont en ourdoue mais des traductions en anglais, arabe, persan et hindi sont aussi disponibles. Le site web comprend plusieurs sections : livres électroniques (E-books), poèmes, événements, entre autres.

« J’ai décidé de lancer ce site web pour que les gens qui aiment la langue ourdoue puissent avoir une plateforme pour partager des contenus et aussi d’en bénéficier gratuitement. C’est mon époux qui a créé ce site et il m’aide à le maintenir », nous dit-elle. Aussi, plusieurs contributeurs internationaux apportent leur soutien à travers des publications qui sont téléchargées sur le site.

Dr Nazia Begum Jaffoo Khan travaille actuellement sur un projet de E-Journals pour le site. « J’attends la confirmation de mon Numéro international normalisé des publications en série (ISSN) de la bibliothèque nationale pour passer à l’étape suivante. Je compte y apporter une touche très professionnelle », ajoute-t-elle.

Les personnes qui souhaitent contribuer aux contenus du site web peuvent envoyer leurs articles de recherches ou des poèmes, prose entre autres à l’adresse email : [email protected]


Participation à plusieurs séminaires en Inde

Au cours de son séjour en Inde, Dr Nazia Begum Jaffoo Khan a pu participer à plusieurs séminaires ayant trait à la langue ourdoue et persane. Elle compte ainsi plusieurs participations au National Seminar à l’Urdu Academy, à New Delhi. Elle a également participé à la World Urdu Conference en 2016. Par ailleurs, Dr Nazia Begum Jaffoo Khan a publié plusieurs articles ainsi que des commentaires, dans plusieurs magazines et journaux en Inde, dont le Wall Magazine de l’université Jamia Millia Islamia. Elle a, par ailleurs, participé à plusieurs programmes audiovisuels et radiophoniques en Inde (Zee Salaam TV) et à Maurice (MBC Radio). Elle agit régulièrement comme maîtresse de cérémonie lors de plusieurs événements culturels. Il est bon de souligner qu’un dîner avait été organisé en l’honneur du Dr Nazia Begum Jaffoo Khan, le vendredi 9 mars 2018, au siège de l’Urdu Speaking Union. Un trophée lui avait été remis à cette occasion. Cet événement s’est déroulé en présence de plusieurs personnalités dont Raouf Bundhun, ancien vice-président de la République, Shehzad Abdulla Ahmed, président de l’Urdu Speaking Union, Faisal Idris du Haut-commissariat du Pakistan, entre autres.

Vie personnelle

Nazia Begum Jaffoo Khan a grandi à Triolet. Son père, Asraff, est gérant d’un atelier de réparation de voitures, et sa mère, Bibi Taslim, femme au foyer. Son petit frère, Mohammad Salman Jaffoo, travaille dans le secteur du marketing. Nazia est mariée à Mohammad Tauhid Khan, un Software Developer, qui est originaire du Ghazipur, en Inde. En dehors du cadre professionnel, Nazia aime écrire des Inshaiya, qui sont des nouvelles satiriques et humoristiques, ainsi que des critiques. Elle aime aussi voyager et lorsqu’elle était en Inde pour ses études, elle a pu découvrir plusieurs endroits.

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