lundi , 17 juin 2019
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Isshaq Jowahir

Dr Isshaq Jowahir : «Les Mauriciens doivent développer une culture de santé»

Les Mauriciens doivent accorder plus de temps à leur bien-être et à leur santé. Ce sont des conseils du Dr Mohammad Isshaq Jowahir, vice-président de la Private Medical Practitioners Association(PMPA). Dans l’entretien qui suit, il nous parle de l’importance de bien surveiller notre alimentation. Selon lui, la prévalence du diabète à Maurice devient inquiétante. 

La journée mondiale de la santé avait pour thème cette année « La santé pour tous ». L’accent est mis sur l’accès à des services essentiels d’une santé de qualité sans trop de difficultés financières. Que peut-on en dire pour Maurice ?
À Maurice, nous sommes déjà un État providentiel et les services de santé sont gratuits. Que ce soit pour les vaccinations ou des opérations chirurgicales majeures, les Mauriciens n’ont rien à payer. Tout est gratuit. Ce que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) prône, nous l’avons déjà implémenté depuis des décennies à Maurice.

«Les Mauriciens doivent développer une culture de santé en misant sur une bonne alimentation»

À Maurice, quelles sont les maladies qui touchent le plus de personnes ?
Le diabète est devenu une véritable maladie-vedette à Maurice au cours de ces dernières années. La prévalence du diabète chez nous est devenue préoccupante. Cela, en raison d’un changement dans notre mode de vie et aussi dans la façon de nous alimenter. À titre d’exemple, prenons la nourriture que nous consommions il y a une vingtaine d’années et celle que nous mangeons aujourd’hui. Vous remarquerez qu’il y a un monde de différence. La nourriture de « grand-mère » a été substituée par la restauration rapide. Aussi, notre mode de vie a changé. Les enfants d’antan pratiquaient beaucoup d’activités. Ils jouaient au football après les heures d’école. De nos jours, ils sont scotchés à leurs tablettes, mangeant un burger et buvant du Coca Cola.

Les Mauriciens prennent-ils en compte leur santé ?
Dans l’île Maurice moderne, la ruée vers le matérialisme et l’argent facile ont pris une ampleur considérable. Tout le monde mise sur l’éducation de haut niveau et sur l’argent. On travaille d’arrache-pied pour avoir beaucoup d’argent mais ce faisant, on est en train de négliger notre santé. Auparavant, les gens avaient 7 ou 8 enfants à nourrir sans pour autant se lancer dans une course folle pour avoir beaucoup d’argent.

Le cancer prend de l’ampleur à Maurice. Qu’est-ce explique cette tendance ?
Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer cela. Primo, désormais avec les technologies modernes, les dépistages et les diagnostics sont plus faciles et accessibles, alors que dans le passé, il se peut que plusieurs personnes soient mortes du cancer sans qu’on ait su si elles en étaient atteintes faute d’un dépistage approprié. Maintenant, on arrive à détecter cette maladie. Secundo, le changement dans notre alimentation a favorisé le développement de plusieurs types de cancer. La consommation régulière des grillades est très nocive à notre santé. Aujourd’hui, je constate que c’est un mets qui se vend beaucoup et dans plusieurs endroits du pays. Un autre facteur concerne l’utilisation du plastique. Il faut éviter que conserver de la nourriture dans des récipients en plastique. Et puis, il ne faut pas non plus négliger les effets de la pollution sur notre santé.

«Le changement dans notre alimentation a favorisé plusieurs types de cancer»

Quelle est votre analyse du secteur de la santé à Maurice ?
Les services de santé publique à Maurice sont gratuits. Nous avons en parallèle les services du secteur privé. Or, il faut se demander pourquoi un bon nombre de gens préfèrent aller payer pour avoir des soins plutôt que d’en bénéficier gratuitement dans les hôpitaux et centres de santé publics. Les partis politiques au pouvoir ne cessent d’évoquer le concept « Family Doctor Scheme » dans leurs manifestes électoraux. Or, dans la pratique, rien n’est fait en ce sens. Par exemple, selon le manifeste des partis politiques, un médecin aurait dû être disponible pour prendre soin d’environ 200 personnes par région. Il aurait ainsi tissé des liens avec ces gens et connaîtrait leurs problèmes de santé et cela aurait facilité le suivi médical. Mais en réalité, tel n’est pas le cas. Aujourd’hui, une personne atteinte du diabète a un rendez-vous à l’hôpital chaque six mois et on ne fait que lui donner les mêmes médicaments à chaque fois. C’est pour cela que nous voyons autant de cas d’amputations liés au diabète.

Selon vous, dans quel(s) domaine(s) doit-on s’améliorer ?
Il faut avant tout une prise de conscience de la population sur la santé. Il existe des campagnes de conscientisation sur l’importance d’avoir une bonne hygiène de vie afin de rester en bonne santé. Les Mauriciens doivent développer une culture de la santé en misant sur une bonne alimentation entre autres mesures. C’est ainsi que nous pourrions éviter toutes sortes de maladies.

Pensez-vous qu’il est temps de mettre en place des systèmes de gestion de qualité dans nos hôpitaux ?
Cela aurait dû être le cas si on prend en considération les milliards de roupies injectées dans le secteur de santé. Un système de gestion de qualité est souhaitable dans les hôpitaux et cela aurait permis d’éviter plusieurs problèmes.

«Un système de gestion de la qualité est souhaitable dans nos hôpitaux»

Les cas de négligence médicale continuent à animer les débats. Comment y mettre un frein ?
Je ne voudrais pas entrer dans les polémiques mais j’aimerais attirer l’attention sur l’importance du recrutement des médecins. Il faut prendre en considération leurs qualifications et veiller à ce qu’ils soient bien formés.

Sinon, quels sont vos conseils pour rester en bonne santé ?
Il faut que nous revoyions notre façon de nous alimenter. La restauration rapide est devenue monnaie courante de nos jours. C’est vrai que dans plusieurs familles, les deux parents travaillent et n’ont pas beaucoup de temps. Mais il est important de bien manger pour rester en bonne santé. Aussi, il faut pratiquer une activité physique et faire 30 minutes de marche chaque jour. Aujourd’hui, on passe des heures au travail sans qu’on ait le temps de prendre soin de notre corps. Or, nous oublions que c’est notre corps qui nous permet de travailler. Il faut ainsi trouver du temps pour consacrer au bien-être de notre corps et à notre santé.

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