mercredi , 29 janvier 2020
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Dr Huda Totonji

Dr Huda Totonji, d’Harvard : «La femme musulmane n’est pas limitée à certaines professions»

Le Dr Huda Totonji, une Saoudienne qui enseigne la calligraphie islamique à Harvard, était à Maurice cette semaine. Lors de l’entretien qu’elle nous a accordé lors de son séjour au pays, la chargée de cours revient sur le rôle de la femme musulmane ainsi que sur ses travaux.

Quel est le but de votre visite à Maurice?
Je voulais partager mes connaissances ainsi que mon expérience avec les Mauriciens. Il y a tant de choses à partager et faire connaître aux autres. Aussi, j’avais vraiment envie de faire le tour de l’île, de nager avec les dauphins et les tortues. J’ai eu l’occasion de marcher avec des lions et de nourrir des girafes.

Quelle est votre appréciation de l’île Maurice?
Je dois dire que j’ai vraiment aimé mon expérience à Maurice. J’ai reçu un accueil chaleureux à chaque endroit que j’ai visité. Le pays est tout aussi merveilleux que les gens qui y vivent. J’ai apprécié chaque minute que j’ai passé dans cette belle île. Je fais toujours des recherches avant de choisir un endroit à visiter. Quand ma famille et moi avons vu le nombre d’activités offertes à Maurice, nous avons immédiatement décidé d’y séjourner. C’est aussi un lieu avec un parfait équilibre pour avoir une tranquillité spirituelle avec toutes les créations de Dieu. Je saisis l’occasion pour remercier Riad Hullemuth qui est un ami de la famille.

Vous êtes maître-calligraphe. D’où est venue cette passion pour la calligraphie?
J’ai commencé à développer une réelle passion pour la calligraphie lorsque mes chargés de cours à l’université, aux États-Unis, m’ont demandé de montrer mon identité à travers mes travaux artistiques. Donc, je suis partie en Jordanie et j’ai étudié la calligraphie sous la supervision d’un maître-calligraphe tout en poursuivant des études en vue d’obtenir une maîtrise à la George Mason University. Après avoir étudié ce merveilleux style d’art traditionnel, j’ai voulu l’inclure dans mes travaux en ajoutant des textes et des images.

Vous êtes la première femme saoudienne à enseigner à l’université de Harvard aux États-Unis. Diriez-vous que cela a permis de changer le regard et même l’attitude envers la femme musulmane ?
Oui, certainement. Personnellement, j’avais cette volonté d’apporter un changement dans la mentalité des gens. Je voulais changer le regard des gens sur la femme musulmane en général mais aussi sur la femme saoudienne en particulier et ce, dans le domaine académique. J’espère en tout cas que j’ai pu inspirer d’autres femmes musulmanes à poursuivre leurs études et aussi celles qui sont en train d’étudier en Occident.

Vous êtes aussi connue pour vos combats en faveur des femmes musulmanes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, c’est vrai. Je considère que la femme musulmane n’est pas limitée à un certain nombre de professions ou de tâches. La femme a toujours été performante dans tout ce qu’elle entreprend et ce, depuis le temps du Prophète Muhammad (pssl). Il faut aussi comprendre que l’islam a donné tous ses droits à la femme. L’histoire nous a démontré que deux des épouses du Prophète (pssl), Aisha (r.a.) et Khadijah (r.a.), ont été des femmes qui ont réussi. Aisha (r.a.) est un exemple de femmes érudites pour avoir rapporté autant de hadiths. Khadijah (r.a.) était, elle, une femme d’affaires accomplie.

Enseigner la calligraphie islamique aux États-Unis peut sembler surréaliste pour beaucoup de gens. Comment cela s’est-il produit ?
Avant tout, j’aimerai souligner que dans le cadre de l’Islam Awareness Week et aussi pour le besoin des cours d’histoire, j’ai animé plusieurs ateliers de travail et enseigné dans plusieurs universités reconnues à travers les États-Unis pendant 8 ans. Mais la calligraphie islamique n’était pas considérée uniquement comme une « elective course ». Cependant, lorsque ma famille et moi avions emménagé à Boston, j’ai postulé pour animer un cours de niveau supérieur sur la calligraphie arabe à Harvard. Ma demande a été acceptée et c’est ainsi que la calligraphie arabe est devenue un « graduate course » avec crédits. Mes étudiants à Harvard sont issus de différentes cultures et la majorité d’entre eux ne sont pas Arabes.

Quel est le retour eu égard au cours de calligraphie arabe aux États-Unis ?
Je dois dire que les étudiants ont pu grandement bénéficier de ce cours. Ils sont venus de l’avant avec des œuvres artistiques en utilisant différentes techniques de calligraphie tels que Al Naskh, Al Riqaa, Al Dewani, Al Thuluth. Aussi, après que mes étudiants aient complété leurs projets, on a pu organiser une exposition dans la galerie d’art de Harvard. Les visiteurs ont été impressionnés par les œuvres exposées et les professeurs qui ont participé au vernissage ont exprimé leur intention d’étendre le cours de calligraphie au cours des prochains semestres.

En termes de culture, pensez-vous que cette forme d’art pourrait être un pont entre l’Orient et l’Occident ?
Oui, en effet. La calligraphie arabe agit bel et bien comme un pont entre l’Orient et l’Occident. L’arabe est une langue très riche et c’est aussi la langue du saint Coran. Il existe, à travers le monde, plus d’un milliard de musulmans de différents nations et tribus. Et le Coran est récité dans de nombreuses langues pour être compris pour tous ces gens. Cela est aussi une forme de communication entre l’Orient et l’Occident. La calligraphie arabe est une forme d’art islamique appréciée par tous ceux qui comprennent la culture. Les calligraphes apprennent la calligraphie afin de pouvoir écrire les alphabets arabes et les versets en arabe dans le Coran. Au fil des années, c’est une forme d’art qui a transcendé les frontières et les cultures.

Sinon, existe-t-il des possibilités d’échange entre Maurice et l’Arabie saoudite en termes d’art et de culture ?
Lors de mon séjour à Maurice, j’ai pu visiter de nombreux centres islamiques ainsi que des mosquées. Je pense que certains de ces bâtiments et leur intérieur peuvent être décorés avec la calligraphie pour attirer des visiteurs non-musulmans. Ils pourront ainsi découvrir toute la splendeur de l’art islamique. Aussi, nos deux pays peuvent se concerter pour des travaux ayant trait à l’art, la culture et le tourisme également. L’on pourrait songer à des échanges culturels à travers la visite d’étudiants saoudiens à Maurice et vice-versa. Cela permettrait de mieux étudier la culture et l’art de nos deux pays.

Quels sont vos projets à venir ?
Je vais créer de nouvelles œuvres basées sur mon expérience à Maurice lors de mon séjour. J’ai été très inspiré par la Vallée des couleurs ainsi que les fleurs que j’ai découvertes au Jardin botanique. J’essaieraiQ aussi je refléter à travers mes pinceaux le goût exquis des litchis et des ananas. Donc, pour vous dire, ma visite à Maurice a été tellement riche que je compte créer une œuvre pour décrire chaque souvenir.

Quick bio

Dr Huda Totonji est consultante en matière d’art, calligraphe, artiste, chargée de cours et chercheuse. Elle compte plus de dix ans d’expérience dans le domaine de l’art et de la culture. La Saoudienne propose aussi des services en gestion d’art et ses travaux incluent le graphic design en anglais et en arabe. Chargée de cours à Havard, Dr Totonji a également eu l’occasion d’enseigner dans de nombreuses universités à travers le monde. Récemment, ses œuvres ont été exposée au siège des Nations unies.

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