dimanche , 22 octobre 2017
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Dr Bhavish Jugurnath

Dr Bhavish Jugurnath, économiste : «La diversification du commerce aiderait à stabiliser la roupie»

MaLa roupie mauricienne est particulièrement vulnérable sur le marché international. Mais selon le Dr Bhavish Jugurnath, économiste, la diversification du commerce apporterait une certaine stabilité de notre roupie. Entretien.

Vu la conjoncture économique actuelle, Maurice peut-elle se permettre une roupie forte ?
Il est clair que la roupie s’est appréciée et cela démontre une évolution de la robustesse de l’économie mauricienne. Cependant, cela est susceptible de changer par rapport à l’évolution de l’économie mondiale aussi bien que vis-à-vis du marché européen. Car, faut-il le rappeler, notre économie est principalement axée sur l’exportation et est « Euro-centric » dans plusieurs aspects. Depuis la crise financière en 2007, c’est un véritable défi pour la Banque de Maurice (BoM) de gérer la valeur externe de la roupie. La bonne nouvelle est que cette appréciation profite aux importateurs et également aux consommateurs qui connaîtront une baisse des prix de plusieurs produits – pharmaceutiques, automobiles et appareils électroniques. N’empêche que la roupie forte est préjudiciable aux exportateurs. La baisse dans les recettes de nos exportations pourrait s’aggraver avec le déclin des arrivées touristiques en provenance d’Europe.

«Toute manœuvre en vue de stabiliser la devise va être profitable pour les uns et préjudiciable pour d’autres.»

Dans ce cas, quelles sont les mesures à adopter ?
Une telle appréciation de la roupie rend nos exportations plus chères sur le marché international. Il nous faut adopter des mesures concrètes afin de rétablir la profitabilité et le niveau de l’emploi car au cas contraire, cela pourrait avoir des effets contagieux sur les finances publiques à travers une baisse des revenus fiscaux. Il faut également protéger les firmes locales et les exportateurs et empêcher que nos revenus baissent à nouveau encore cette année.

La Banque de Maurice a décidé de revoir le taux directeur à la baisse (de 4% à 3,5%). Quelles en seront les implications ?
C’est un choix rationnel car une hausse du taux directeur aurait pu avoir des effets compromettants sur notre économie étant donné que la croissance de l’économie mondiale connaît un ralentissement. Avec cette baisse du « Repo Rate », l’effet immédiat pourrait être une hausse du taux de l’inflation. La BoM semble maîtriser la situation quant à la stabilisation des prix qui est d’ailleurs l’une de ses priorités. Aussi, l’écart entre l’épargne et l’investissement a grandi et une hausse de l’inflation va encore réduire le taux d’épargne. Conséquence : il serait plus difficile de rassembler les ressources pour financer les projets d’investissement privé dans le long terme. Mais une baisse du taux directeur est souvent perçue comme une mesure de courte durée qui n’a pas de grosse incidence en raison du climat économique mondial peu convaincant.

Est-ce qu’une dépréciation de la roupie contribuerait à réduire le déficit commercial dans le court terme ?
Dans une certaine mesure, oui. Je pense que la BoM a opté pour des mesures pouvant aider à stabiliser la valeur externe de la roupie et ainsi protéger les exportateurs d’une baisse de leurs profits. N’empêche que gérer les taux d’échanges implique des incertitudes en raison de leur volatilité. Maurice et sa roupie sont particulièrement vulnérables car la majorité de nos exportations sont en euros alors que les importations sont en grande partie facturées en dollars. Toute manœuvre en vue de stabiliser la devise va être profitable pour les uns et préjudiciable pour les autres.

La diversification du commerce apporterait une certaine stabilité de la roupie. Une diversification de nos marchés d’exportation en Afrique ou en Asie pourrait être la clé mais faut-il avant tout trouver un bon terrain d’entente et non seulement se focaliser sur les « win-win situations ». La Chine laisse transparaître de grands espoirs mais elle attache des conditions lorsqu’elle investit à Maurice ou en Afrique. Mais le déficit du compte courant du pays devrait rester inférieur aux précédentes années, ce qui correspond à un ralentissement de l’économie mauricienne, couplé à des revenus touristiques importants et à des prix favorables de l’énergie sur le marché international.

Qu’est-ce qui explique la faiblesse prononcée du dollar sur les marchés internationaux ?
Le faible taux du dollar en 2017 a été une déception pour les États-Unis quant à leurs capacités de venir de l’avant avec une réforme fiscale ou des mesures de relance budgétaire. Si les États-Unis parviennent à réguler la réforme fiscale et le taux d’inflation, le dollar pourrait se stabiliser. Mais malgré sa faiblesse, le dollar américain est toujours la devise la plus importante sur le marché. D’importantes transactions sur le marché se font en dollar. Aussi, si on note un changement vers des dépôts bancaires internationaux libellés en euros, un grand pourcentage de ces dépôts est toujours en dollars américains.

«Qui peut-on qualifier de « unskilled worker» ? La loi n’en fait pas mention.»

Avec la baisse du taux directeur et la faiblesse du dollar américain, doit-on s’attendre à une baisse des activités sur le marché des changes ?
La baisse des indices de confiance sur le plan international, la baisse des investissements privés, une croissance ralentie, le manque de création d’emplois sont autant de facteurs qui auront un impact sur les mouvements de devises. L’économie mondiale se heurte à des perspectives de croissance inadaptées. Maurice n’est pas épargné, étant fortement lié aux pays de l’Europe criblés de dettes. Nos principaux marchés ont déjà du mal à résoudre leurs problèmes et ceux-ci ont une répercussion directe sur Maurice.

Le salaire minimal se fait attendre. Selon vous, en moyenne, quelle devrait être la somme en prenant en considération les conditions économiques ?
Le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a déjà fait un pas en venant de l’avant avec le Negative Income Tax pour ceux touchant un salaire moins de Rs 10,000 par mois. Il est désormais essentiel de venir de l’avant avec le salaire minimal. Je suis d’avis que cette somme doit être calculée en se basant sur Household Budget Survey publié par Statistics Mauritius. Il faut prendre en considération, selon les derniers chiffres, les 20,000 employés touchant moins de Rs 3,500 mensuellement. Le même nombre de travailleurs touchent moins de Rs 5,000 et plus de 100,000 employés touchent moins de Rs 8,000 par mois.

Ce sont ceux se trouvant au bas de l’échelle sociale qui sont les plus affectés. Je pense sincèrement que le salaire minimal doit rétablir la justice sociale. Selon Statistics Mauritius, il y a deux salariés par famille et basé sur le l’indice des prix (CPI), une famille a besoin de Rs 26,000 pour répondre à ses besoins fondamentaux. Si on divise cette somme par deux, cela revient à Rs 13,000 par personne. Cependant, les effets potentiels que cette mesure puisse avoir sur l’économie, le taux de l’emploi, l’inflation et la pauvreté sont encore à déterminer.

Le salaire minimal doit-il s’étendre à tous les secteurs, y compris les PME ?
Je pense que pour rétablir l’équilibre social, il faut étendre le salaire minimal à tous les secteurs. Cependant, j’aimerais attirer l’attention sur la définition du terme « unskilled ». Qui peut-on qualifier de « unskilled worker» ? La loi n’en fait pas mention. Cela pourrait ainsi donner lieu à des cas d’abus par des employeurs. Bien souvent, on voit des cas où des femmes sont très mal payées car elles sont considérées  comme « unskilled ». Le ministère du Travail doit se pencher sur cet aspect.

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