vendredi , 17 mai 2019
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Dégradation des mœurs : une situation alarmante

Vol, viol, incivisme, meurtre… La liste est bien trop longue. Maurice connaît ces derniers temps une recrudescence de la criminalité. La nature de certains de ces crimes est écœurante. Qu’est-ce qui explique cette dégradation des mœurs mauriciennes ? Éléments de réponse.

« Monn alé pou touyé ! » C’est ce qu’a déclaré Sachin Tetree aux enquêteurs. Ce trentenaire a avoué avoir égorgé Ritesh, un enfant âgé de 11 ans seulement. Ce meurtre, survenu dans la nuit du samedi 20 octobre sur un terrain en friche à Petite-Rivière, a jeté l’émoi au sein de la population. Qu’est-ce qui pousse un homme à  égorger de sang-froid un enfant? Bien qu’écœurant,  ce crime n’est qu’un cas parmi tant d’autres perpétrés au cours de ces derniers mois. Un sentiment d’insécurité mais aussi de frustration anime une bonne partie de la population par rapport à la hausse du taux de criminalité. Pour Pavi Ramhota, sociologue, ce phénomène d’insécurité est appelé à grandir au fil des années. Les trois raisons évoquées sont : des manquements dans la formation de notre force policière, un coût de la vie en constante hausse et le développement de différentes cultures au sein de notre société.

Pour le Dr Rukaya Kasenally, chargée de cours et membre fondatrice de la Mauritius Renewal Society, il est important de se demander si ce que nous entendons et lisons davantage sur les crimes dans les médias signifie qu’il y a eu une augmentation dans le taux de criminalité. Néanmoins, elle estime que la nature de certains de ces actes criminels laisse à réfléchir. « Cela démontre effectivement que quelque part tout ne tourne pas rond dans notre société », dit-elle. Selon elle, les raisons pouvant expliquer cela sont : la dégradation de l’ordre public, l’absence d’éthique et d’intégrité, la culture croissante d’impunité, l’absence de rigueur et de discipline et le fossé grandissant entre les riches et les pauvres. « La prolifération de la drogue menace également notre cohésion sociale. Il est grand temps de venir avec des décisions audacieuses. Je suis d’avis que le leadership – constant, rigoureux et sans faille – reste essentiel », souligne notre interlocutrice.


Dr Rukaya Kasenally, membre de la MRS : «Nous pourrions être confrontés à une société fracturée…»

Le Dr Rukaya Kasenally, membre fondatrice de la Mauritius Renewal Society (MRS), n’aime pas faire allusion à une « dégradation des mœurs » face à la hausse dans le taux de criminalité chez nous. Selon elle, c’est la cohésion sociale qui est dans le rouge. « Si nous ne faisons rien pour remédier à cela, nous pourrions être confrontés à une société extrêmement fracturée au sein de laquelle la tolérance, l’entente cordiale et la confiance disparaîtront », avance-t-elle.

La chargée de cours estime aussi qu’il est important d’œuvrer constamment pour consolider la nation mauricienne. « Nous avons célébré cette année les 50 ans de notre indépendance. Si nous regardons notre parcours depuis 1968, nous constatons que nous avons été en mesure de contrer les prédictions négatives des lauréats du prix Nobel comme Meade et Naipaul. Le mauricianisme et la nation arc-en-ciel ne sont pas uniquement des concepts à prendre à la légère. Il faut un travail constant mais malheureusement, depuis la dernière décennie, pratiquement rien n’est fait en ce sens », avance-t-elle.

Selon le Dr Rukaya Kasenally, plusieurs facteurs peuvent expliquer la situation à laquelle notre société est en train de faire face. « Un leadership défaillant, une culture d’impunité, la corruption, l’absence de la méritocratie, la cupidité, une politique à court terme axée sur la solution rapide des problèmes, l’opportunisme et la remise en question sont autant de facteurs qu’il ne faut en aucun cas prendre à la légère », explique-t-elle. Pour renverser la vapeur, la chargée de cours mise sur le développement de notre sens d’introspection. « En tant que pays, nous devons développer un sens de l’introspection et réaliser que le changement ne se produira que si nous agissons de manière collective. Le collectivisme et le patriotisme se raréfient de nos jours. Pour moi, un leadership axé sur l’éthique, l’intégrité et le service à la nation peut aider dans cette direction. Cela requiert du temps et du courage », avance-t-elle.

Parlant du rôle des autorités, le Dr Rukaya Kasenally soutient que Maurice se classe souvent en tête du classement en matière de bonne gouvernance et est souvent plébiscité pour avoir des institutions censées jouer le rôle de « checks and balances ». « Malheureusement, nous avons vu plusieurs institutions et autorités telles que la police, les douanes, la prison et d’autres échouer lamentablement », fait-elle ressortir. Parallèlement, elle estime qu’il est impératif que les ONG et autres associations adoptent une approche coordonnée pour faire face au fléau de la drogue et autres maux de la société. « Ce sont des problèmes qui ne peuvent être abordés de manière isolée », conclut-elle.


Pavi Ramhota, sociologue : «Il faut une révision de la formation dispensée aux policiers»

Le sociologue Pavi Ramhota est d’avis que la dégradation des mœurs et le phénomène d’insécurité sont appelés à grandir au fil des années. Il fait ressortir que des manquements dans la formation de notre force policière, la hausse du coût de la vie et le développement de différentes cultures dans notre société en sont les causes.

En effet, le sociologue préconise une révision de la formation dispensée aux policiers. Cela, afin que ces derniers puissent résoudre efficacement le problème de l’insécurité à Maurice. « Les policiers doivent bénéficier d’une formation continue. Sans compter que le service actuel doit être amélioré (…). Le public a besoin de se sentir en sécurité. Si un peuple dispose de bons officiers, bien formés et sérieux, le pays sera prospère », indique notre le sociologue.

Pavi Ramhota considère que l’insécurité, elle-même directement liée à la criminalité, a aussi pour toile de fond une hausse dans le coût de la vie. « Vivre à Maurice coûte de plus en plus cher. Le pouvoir d’achat est en hausse, du coup tout a augmenté. Même les prix des denrées alimentaires sont élevés. Les gens doivent s’efforcer pour obtenir de quoi se mettre sous la dent. C’est ce qui pourrait expliquer les nombreux cas de vols qui tournent parfois au meurtre dans le pays », soutient le sociologue.

Pavi Ramhota explique les dérives chez la jeune génération par une utilisation grandissante des réseaux sociaux, de l’internet et autres gadgets. Une culture qui les affecte et qui, selon le sociologue, constitue une cause de dégradation dans la société. « Sans compter la consommation de drogue qui les pousse à commettre des délits : agression, vols, etc », dit-il.  La déresponsabilisation des parents dans l’éducation de leurs enfants serait aussi en cause. « Il y a, de toute évidence, un manque de conseil de la part des parents à leurs enfants. D’où l’importance, si nous souhaitons avoir une société responsable, d’inculquer les bonnes valeurs à nos jeunes et ce, dès leur jeune âge », conclut-il.


Ammeer Jilani, de la Brigade des mineurs : «Les parents jouent un rôle crucial dans l’éducation des enfants»

L’officier de policer affecté à la Brigade des mineurs, Ammeer Syed Kalim Mohammad Jilani, dit constater un rajeunissement de la criminalité à Maurice. Selon lui, lorsqu’on parle de dégradation des mœurs, il est essentiel de prendre en considération les jeunes qui sont parfois livrés à eux-mêmes. Il estime que les jeunes tombent dans la délinquance pour trois raisons : la séparation des parents, la pression des pairs (peer pressure) et l’orgueil négatif.

« Bien souvent lorsque les parents se séparent, ce sont les enfants qui en paient le plus lourd conséquence. C’est un cas très commun que nous traitons presque au quotidien. Lorsque l’enfant se retrouve déchiré entre la mère et le père, il devient vulnérable. Aussi, il y a des cas où les parents se dédouanent de leurs responsabilités », fait-il ressortir. Il ajoute que le manque de dialogue entre parents et enfants peut déboucher sur de nombreux problèmes. « Les parents jouent un rôle crucial dans l’éducation des enfants. Il est de ce fait important qu’il y a ait une bonne communication au sein de la famille », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Ammeer Jilani estime que la Brigade des mineurs est souvent confrontée à des cas comme le mauvais comportement des enfants, la prise de drogue par les mineurs ou encore les enfants qui décident de vivre librement et n’obéissent plus à leurs parents. « Nous essayons toujours de communiquer avec ces enfants et leur expliquer l’importance de l’éducation pour avoir un emploi décent à l’avenir. Le dialogue doit primer dans tous les cas lorsqu’on travaille avec des mineurs », soutient notre interlocuteur.

Durant ses moments libres, Ammeer Jilani se rend dans des mosquées, des écoles coraniques et dans des centres communautaires pour s’adresser aux jeunes sur les défis de la société et les fléaux qui touchent de plus en plus la jeunesse mauricienne.

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