vendredi , 20 octobre 2017
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Z.N.

Dans un Cabinet de recrutement: le port du hijab provoque le licenciement de Z.N.

Z.N., une employée d’un cabinet de recrutement international dans les Plaines-Wilhems, a été licenciée, le jeudi 16 juin, pour le port du voile (hijab). On lui
reproche d’une « faute grave » d’avoir utilisé le terme « racisme » dans un courriel adressé à un supérieur.

Frustrée, choquée et accablée. C’est en ces termes que Z.N., nous décrit son état d’âme après avoir été licenciée par la société où elle travaille depuis bientôt deux ans. Cette société travaille principalement avec des clients européens.

Le calvaire de cette mère de famille a débuté le 7 juin quand elle a décidé de porter le voile pour aller travailler. « C’était le premier jour du ramadan et j’ai décidé de porter le hijab. Dès mon arrivée au bureau, j’avais constaté que la responsable des opérations à Maurice et un client, tous les deux étrangers, étaient stupéfiés en me voyant. J’ai ressenti tout de suite que cela ne les a pas plu », relate la jeune femme. Z.N. nous dit qu’elle a enlevé le voile le lendemain. « J’étais très triste de devoir le faire », ajoute-t-elle.

Toutefois, le 14 juin, Z.N. informe la responsable des opérations qu’elle porterait désormais un voile pour venir travailler. « Elle en a aussitôt informé ledit client qui était déjà de retour en Europe. Ce dernier a répondu en disant qu’il était contre le port du voile dans les centres de recherches. Elle a mis au courant le prestataire qui a dit qu’il allait se pencher sur mon cas. On ne m’a rien informé ce jour-là », poursuit-elle.

Le 15 juin, Z.N., porte son hijab sur son lieu de travail et est convoquée par la responsable. Celle-ci lui demande pourquoi elle a porté le voile sans l’autorisation du prestataire. « Elle avait avancé que le client de la société était contre cela. J’étais profondément blessée et frustrée.  Dans l’après-midi, j’ai adressé un courriel privé au consultant avec qui je travaille car nous sommes très proches et je lui ai informé de ma situation. Le client européen a reçu une copie de cet e-mail à caractère privé et n’a nullement apprécié. Dans la soirée, une réunion a été organisée pour décider de mon sort », fait-elle savoir.

« Licenciement pour faute grave »

Le 16 juin, Z.N. est convoquée par la responsable et le prestataire pour lui remettre sa lettre de licenciement. La société reproche à la jeune femme d’avoir insulté son client en utilisant le terme « racisme » dans le courriel adressé au consultant et que cela constitue une faute grave. « J’ai utilisé ce terme dans ce courriel privé car j’étais frustrée. J’ai toujours estimé faire partie de la famille au sein de cette société où je suis considérée comme une des meilleurs éléments. Or, quand j’ai été traitée de cette façon à cause de ma volonté de porter le hijab, j’ai été profondément blessée. On m’a demandé de partir aussitôt et que mon salaire pour le mois de juin sera crédité sur mon compte bancaire. Je n’arrive pas à comprendre cette décision car quelques jours auparavant, ce même client avait tenu un discours sur la discrimination en affirmant que la société ne devait, en aucun cas, discriminer les gens quant à leurs races », soutient notre interlocutrice.

Dans un état dépressif

Ce licenciement tombe au mauvais moment pour la jeune femme. Mère d’un bébé de 8 mois, Z.N., nous apprend qu’elle avait contracté un emprunt bancaire récemment et qu’elle doit travailler pour le rembourser. Depuis qu’elle a été licenciée, elle nous dit ne plus pouvoir trouver le sommeil. D’ailleurs, elle a commencé à faire montre des signes de dépression et a dû consulter un médecin. « Cela m’a complètement bouleversée. Nous vivons sur une île arc-en-ciel où chacun a le droit de vivre sa foi et où il existe une tolérance entre les différentes communautés. C’est inacceptable que des sociétés étrangères implantées à Maurice viennent nous dicter notre mode de vie et leur conception de la laïcité.  Maurice doit garder sa souveraineté sur son territoire et ne pas céder à ces pressions au nom de quelques emplois », souligne-t-elle.

Z.N a vécu pendant cinq années à Paris pour ses études. Habitante de Triolet, elle a déposé une plainte au bureau du travail de la localité le vendredi 17 juin. Elle compte également porter cette affaire devant l’Equal Opportunity Commission (EOC).  « J’espère que d’autres femmes mauriciennes ne subissent pas le même sort et que la liberté de pratiquer sa religion ne soit pas bafouée dans notre pays multiculturel », laisse-t-elle entendre.

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