dimanche , 21 janvier 2018
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Showkutally Soodhun
Avec le Prince Salman...

Crise d’approvisionnement en carburants : Showkutally Soodhun dans le rôle du sauveur

Showkutally Soodhun revient de l’Arabie saoudite en héros : les tankers saoudiens arrivent à toute vitesse dans les eaux mauriciennes pour conjurer la menace de la pénurie de carburants et éviter ainsi une grande catastrophe. Il nous raconte ce formidable tour de force.

Showkutally Soodhun, vous vous êtes rendu en Arabie saoudite surtout pour régler le problème  de l’enregistrement et la vérification biométrique des pèlerins pour l’umrah et pour négocier l’ouverture d’un consulat saoudien à Maurice. Tout est réglé?
Effectivement, c’était pour  ces raisons principalement que j’ai pris l’avion à mes propres frais pour l’Arabie saoudite le jeudi 28 novembre. Vendredi matin, j’ai accompli l’umrah et vendredi soir j’ai rencontré Son Altesse Royale le Prince Salman Bin Abdulaziz Bin Salman Al Saoud qui a eu l’extrême bienveillance d’accorder l’exemption  totale de l’obligation de l’enregistrement biométrique aux Mauriciens. En ce qu’il s’agit de ma requête pour l’ouverture d’un consulat saoudien à Maurice, le Prince m’a proposé plutôt l’idée de l’ouverture d’une mini-ambassade à Maurice.

Il m’a donné carte blanche pour choisir son emplacement et les membres de son personnel.   Samedi, j’ai rendu visite au ministre saoudien des Affaires étrangères, Son Excellence Adel al-Jubeir, à son domicile à la demande du Premier ministre, Pravind Jugnauth,  et de plusieurs personnalités musulmanes mauriciennes. Il a accordé  une bienveillante attention à ma requête  pour que soit enlevée la fameuse taxe de Rs 2000 frappant ceux accomplissant l’umrah plus d’une fois. Il m’a indiqué qu’en principe il ne voit aucun problème à ce que Maurice bénéficie d’une exemption mais qu’il reprendra la question avec le Prince Salman et me fera connaître sa réponse.

Quand avez-vous évoqué avec les hautes autorités saoudiennes le problème du pétrolier bloqué en Inde et nos maigres réserves de carburants?
Ce n’est que lundi que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, à son retour au pays, m’a donné un coup de fil pour m’informer que la Haute Cour de l’État de Karnataka en Inde avait émis une injonction contre la STC pour bloquer le départ  du pétrolier Pacific Diamond du port de Mangalore en Inde. Il m’a dit que le pays courait le risque de se retrouver en rupture de stock de carburants si le lundi 11 décembre la Haute cour de l’Inde ne revenait pas sur sa décision.

Pravind Jugnauth m’a dit qu’il était urgent de trouver d’autres marchés pour nous approvisionner et de chercher l’aide des pays exportateurs de pétrole du Golfe.  J’ai alors appelé le Prince Salman en toute urgence ainsi que le ministre du Pétrole, Khalid al Falih, le ministre des Affaires étrangères, Adel al Jubeir et le ministre des Finances, Mohammed Al-Jadaan.  Ma rencontre avec ces quatre hautes personnalités du royaume saoudien a eu lieu lundi à 23h00. Cette réunion a duré  au moins une heure et demie et j’ai plaidé avec succès la cause mauricienne.  Le Prince Salman a déclaré qu’il comprenait nos difficultés et a demandé qu’on nous offre le meilleur prix et de mettre en toute urgence deux pétroliers à notre disposition. Il a demandé qu’un pétrolier se trouvant en Égypte soit rappelé et rempli à ras bord avant de faire route vers Port-Louis.

Mardi à trois heures du matin j’ai pris l’avion pour Dubaï afin de me rendre à Abu Dhabi. J’y ai rencontré le Sheikh Tahnoun Bin Zayed Al Nahyan, ministre de l’intérieur des Émirats arabes unis. J’ai reçu un appel de Riyad pour me dire qu’il manquait une Lettre de crédit comme garantie financière. J’ai téléphoné au Premier ministre qui m’a demandé de faire le nécessaire moi-même. J’ai voyagé dans le jet privé du ministre de l’Intérieur pour retourner en Arabie saoudite pour offrir les garanties nécessaires. Mercredi, j’étais de retour à Abu Dhabi pour reprendre les discussions avec  le Sheikh Tahnoun.

Est-ce que vous pourriez compter sur le soutien des pays arabes amis à l’avenir ou est-ce une assistance temporaire de dépannage?
On m’a donné l’assurance que si le besoin se fait sentir, on approvisionnera notre pays en fioul jusqu’en février et même jusqu’en mars ou au-delà. Nos discussions ont porté sur un certain nombre de sujets d’intérêt commun, dont la sécurité. L’Arabie saoudite est intéressée à investir massivement dans notre pays. Jeudi matin, j’ai eu une rencontre avec le Général Ahmed, responsable du port et de l’aéroport à Dubaï. Il se dit disposé à faire venir ses techniciens à Maurice pour la formation du personnel aéroportuaire surtout en matière de sécurité. D’autres pistes de coopération ont fait l’objet de discussions.

«Je ne laisserai jamais tomber mon pays»

Lesquelles ?
Lors des négociations avec le Prince Salman, il a été convenu qu’en janvier une équipe d’oulémas se rendra en Arabie saoudite tous frais payés pour assister à des conférences et pour visiter les sites historiques. De même en  février, une quinzaine d’hommes d’affaires mauriciens se rendront en Arabie saoudite pour rencontrer  leurs homologues saoudiens afin de prospecter les opportunités de partenariat. Au mois de mars, ce sera au tour des journalistes et des  leaders d’opinion de se rendre en Arabie saoudite  pour visiter ce pays. Le prince Salman m’a fait part de son souhait de travailler à tous les niveaux avec les îles de l’océan Indien, dont Madagascar, les Comores, la Réunion, les Seychelles et Maurice.

M. Soodhun, avez-vous noté un quelconque changement d’attitude à votre égard parce que vous n’êtes plus ministre ?
Pas un seul instant ! Mes liens d’amitié profonds avec les dirigeants des pays arabes amis dépassent amplement le cadre politique et ne datent pas d’hier. Depuis le temps que je me rends en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis entre autres pays du Golfe, j’ai pu tisser des liens d’amitié avec les hauts dignitaires de ces pays. Sans vouloir me flatter, je peux dire que je suis le seul Mauricien à disposer d’un si vaste réseau de contacts dans la région. Quoiqu’en disent mes détracteurs, le carnet d’adresses que je me suis constitué avec le temps s’avère utile pour mon pays à un moment crucial.

Avoir été contraint à la démission  vous laisse un goût amer n’est-ce pas ?
Écoutez, je ne voudrais pas revenir sur ce qui s’est passé mais je puis dire que le Premier ministre et Sir Anerood sont toujours très proches de moi. D’ailleurs, le Premier ministre a été en contact permanent avec moi lors des négociations dans le Golfe. Il m’a donné toutes les facilités pour que ma mission soit couronnée de succès. Pravind Jugnauth est un homme sincère qui veut que Maurice devienne un pays moderne et prospère où nous pouvons vivre dans la paix, la sécurité et la dignité. Mes relations avec SAJ sont comme elles l’ont toujours été : cordiales et chaleureuses.

Je n’oublierai jamais que c’est grâce à Sir Anerood que nous avons aujourd’hui une ambassade en Arabie saoudite. Il avait fait cette promesse en 2014. Navin Ramgoolam trouvait  toujours des prétextes pour éviter de l’ouvrir. Il avait même refusé de rencontrer  le roi Abdallah entre 2010-2011 tandis que Bérenger n’avait même pas remué le petit doigt quand il était Premier ministre. Que n’a-t-on pas dit sur l’Arabie saoudite ? Des inconscients appelaient même à la rupture des relations diplomatiques avec elle. Aujourd’hui, c’est grâce à ce même pays ami que nous avons pu éviter une catastrophe.

Le « goût amer » dans ma  bouche c’est d’avoir été accusé d’être un « communaliste » par tous mes adversaires politiques. Dieu sait que j’ai toujours travaillé pour tous les Mauriciens sans distinction. Aujourd’hui encore quand mon pays a eu besoin de moi pour éviter qu’elle connaisse une pénurie de produits pétroliers pendant la période des fêtes, j’ai répondu présent. Nous avons pu éviter une catastrophe qui aurait gâché l’image du pays auprès des touristes.  Je suis un vrai patriote. Je ne laisserai jamais tomber mon pays.

Moostapha Cadersaib

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