lundi , 17 février 2020
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Conflit entre les États-Unis et l’Iran : quel impact sur Maurice ?

Maurice pourrait bien être empêtré dans les mailles du filet de la crise actuelle entre les États-Unis d’Amérique et l’Iran. Hausse du prix du pétrole, baisse des arrivées touristiques, baisse de la confiance des investisseurs…autant de facteurs qui pourraient jouer contre notre pays.

Assad Bhuglah : « Maurice est vulnérable face à un tel conflit »

Ancien directeur de la Trade Policy Unit au ministère des Affaires étrangères, Assad Bhuglah soutient qu’en 2018, les exportations de Maurice vers l’Iran se chiffraient à environ 401 000 dollars américains. Ces exportations concernaient principalement des appareils et autres dispositifs médicaux. « Durant la même période, nos importations de l’Iran étaient de USD 217 000. Ces marchandises comprenaient principalement des combustibles minéraux, des fruits secs et du café. Ces transactions doivent évidemment avoir eu lieu avant que les États-Unis ne rétablissent les sanctions économiques contre l’Iran après que le président Donald Trump ait annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire historique en mai 2018 », dit-il.

Ainsi, selon Assad Bhuglah, le commerce entre Maurice et l’Iran est au point mort durant la période qui a suivi l’embargo contre l’Iran. Cela dit, il estime que l’absence de transactions commerciales entre Maurice et l’Iran n’épargne pas notre pays des conséquences désastreuses en cas de guerre. « La guerre a toujours des effets désastreux et a un impact négatif sur l’économie mondiale, que vous faites partie ou non du conflit. La guerre ne profite à personne, sauf aux marchands de guerre et aux fabricants d’armes. La guerre engendre des incertitudes et l’idée qu’elle peut facilement être contenue une fois qu’un conflit éclate est au mieux naïve et au pire ridicule », avance l’ancien diplomate.

Commerce extérieur

Par ailleurs, selon Assad Bhuglah, le conflit États-Unis/Iran continuera et donnera lieu à des confrontations par procuration régionale ou par des affrontements militaires directs. « Il y aura certainement des efforts pour saboter les installations pétrolières saoudiennes et autres du Golfe, entraver la navigation dans le Golfe sans parler du terrorisme international, des cyber-attaques ainsi que de la prolifération nucléaire, entre autres. N’importe lequel de ces éléments pourrait conduire à une escalade involontaire du conflit », souligne notre interlocuteur. En ce qui concerne l’aspect géopolitique, Assad Bhuglah avance que l’Iran est allié de la Russie et de la Chine et estime que peu de gens savent comment ces grandes puissances pourraient réagir si une guerre éclatait. « Des alliés clés des États-Unis comme Israël et l’Arabie saoudite, qui sont des adversaires de l’Iran et se situent à deux pas de celui-ci, risquent également d’être entraînés dans une guerre américano-iranienne », poursuit notre interlocuteur.

Parallèlement, Assad Bhuglah fait ressortir que Maurice, étant une petite économie vulnérable, dépend fortement du commerce extérieur pour sa survie et doit importer presque tout (denrées alimentaires, pétrole, gaz, produits manufacturés et matières premières). « Pour régler ses factures d’importation, Maurice doit exporter autant que possible. Même, en termes de services, notre pays dépend fortement de sources externes avec l’arrivée des touristes et l’afflux de produits financiers. Le conflit américano-iranien pourrait entraîner un ralentissement de la croissance mondiale, voire une récession, affectant ainsi à la fois l’importation et l’exportation de Maurice. Une guerre avec l’Iran pourrait également être extrêmement perturbatrice sur le plan économique étant donné que l’Iran borde le détroit d’Ormuz, une route étroite traversée par environ un tiers du trafic mondial de pétroliers », soutient l’ancien directeur de la Trade Policy Unit.

Selon notre interlocuteur, des experts ont prédit que si la route du détroit d’Ormuz était bloquée, cela entraînerait rapidement une baisse de 30% des exportations mondiales quotidiennes de pétrole et les prix augmenteraient rapidement. « Le pétrole et le gaz sont des intrants destinés à l’industrie manufacturière, au transport aérien et maritime, à la production d’électricité et aux activités domestiques. Une perturbation de l’approvisionnement en pétrole et en gaz entraînera une hausse des prix ayant un effet multiplicateur. Déjà, les incendies en Australie auront un impact négatif sur notre approvisionnement en denrées alimentaires comme le lait, le beurre et la viande. Cela pourrait encore s’aggraver si une guerre américano-iranienne se déclenche », souligne Assad Bhuglah. Il ajoute que le conflit entre l’Iran et les États-Unis entraînera des fluctuations des devises et des marchés boursiers et une hausse immédiate du prix du pétrole et de l’or. Selon lui, cela aurait un impact négatif sur la confiance des investisseurs et incitera ceux-ci à détenir des actifs à faible risque et à faire grimper le prix de l’or. « Des répercussions se feraient sentir dans toutes les économies, car les tensions incessantes toucheraient des domaines autres que l’énergie et les banques, tels que les transports, le fret et le tourisme », conclut Assad Bhuglah.

Pierre Dinan, économiste : «L’investissement et le tourisme peuvent être affectés»

Pour l’économiste Pierre Dinan, il est indéniable qu’une guerre est mauvaise pour l’économie, sauf pour les pays qui produisent et vendent des armements. « C’est davantage mauvais pour Maurice qui a une économie ouverte avec l’exportation de nos services et produits et l’importation de nos besoins – alimentaires ou autres », dit-il d’emblée.

Selon Pierre Dinan, la crise entre les États-Unis et l’Iran peut avoir des répercussions sur le commerce international mais aussi sur celui de Maurice. « Une guerre, ça crée des risques à deux niveaux. Primo, elle affecte l’investissement et secundo, le tourisme. Le tourisme est un secteur important pour Maurice et une guerre n’augure rien de bon. Faut-il aussi le rappeler que notre pays fait depuis quelque temps un clin d’œil aux touristes du Moyen-Orient. Dans ce cas, cette crise pourrait nous affecter en ce sens », fait-il ressortir. Eu égard à l’investissement, l’économiste soutient qu’en période de crise ou de guerre, aucun investisseur ne va s’aventurer à mettre son argent dans un quelconque placement. « Avec les risques qui existent durant ce genre de crise, les gens préfèrent attendre », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Pierre Dinan soutient qu’il faut également s’attendre à une hausse du prix du pétrole qui subséquemment affectera notre économie. « Nous avons un besoin impérieux d’importer du pétrole pour faire tourner nos usines, faire rouler nos véhicules et produire de l’énergie. Tout ce qui se passe et qui pourrait se passer dans les prochains jours, voire les prochaines semaines, dans la région du Moyen-Orient n’est pas bon signe pour notre pays. Je ne veux pas exagérer mais après le tir sur l’avion de ligne ukrainien, je pense qu’il va falloir s’attendre à d’autres événements malheureux », conclut-il.

Arzina Abdoola Cassim en Iran : «Je me sens bien et bien protégée»

L’assassinat du général iranien, Qassem Soleimani, par les Américains provoque une vive tension dans le Golfe. L’hypothèse d’une troisième guerre mondiale est évoquée et la peur s’est installée partout dans le monde.

Malgré les appels de tous côtés à la retenue, les tensions restent relevées. Pour savoir comment ils vivent cette situation, nous avons pris contact avec notre compatriote, Arzina Abdoola Cassim, qui étudie en Iran. Cette habitante de Terre-Rouge se trouve dans la ville de Qom depuis 2018. Elle étudie l’Islamic Studies à l’université Jameah-al-Zahrah.

Arzina nous confirme que la vie en Iran se déroule normalement et à aucun moment la population ne se sent menacée par une guerre. « Banne Iraniens pas senti ki pou éna menace de guerre et tout kitchose gagner », nous dit-elle. Arzina fait ressortir que les étudiants coulent des jours tranquilles en Iran. « Tout est gratuit et les étudiants n’ont aucun problème. Sauf qu’il n’y a aucune banque internationale pour les transactions bancaires », affirme-t-elle.

Arzina suit l’évolution de la situation de près et elle indique que l’assassinat du général Qassem Soleimani par les Américains a soulevé la colère et l’indignation du peuple iranien. « À tout moment kitchose capave arriver mais pas conner cotte sa pou commencé. Mais mo pas senti moi en danger à aucun moment et mo pas trouve ki pou éna la guerre», dit-elle.

De fausses informations

Partout dans la ville de Qom, les rues grouillent de soldats. Vu que Qom est considérée comme une ville sainte par les Iraniens – car l’imam Khomeini y a résidé très longtemps – elle est très bien protégée. Selon elle, les Iraniens sont de vrais patriotes et feront tout pour protéger leur pays contre toute attaque. « Iraniens content zot pays et zot capave donne zot la vie pou protège zot pays », soligne Arzina. Elle nous indique aussi que la situation à Qom est retourné à la normale, que les gens vaquent à leurs occupations habituelles et que les universités sont ouvertes partout en Iran. « Mo pas trouve ni la peur ni la frayeur dans lizié banne Iraniens », avance-t-elle.

Arzina trouve que beaucoup de faussetés circulent dans les médias sur la situation en Iran. « Éna boucoup de faussetés ki pe raconté et ki pas vrai et media pe déforme banne informations. Arzina est catégorique : « l’Iran pas peur personne et économiquement et militairement li puissant », laisse-t-elle entendre. Elle tient à préciser cependant que l’Iran ne commencera jamais une guerre pour tuer des innocents car pour les Iraniens la vie est sacrée. Elle se réjouit de la désescalade en cours. « Donald Trump fine change langage et li fine arrête menacé », dit-elle. Elle rassure sa famille « qu’elle se sent bien et qu’elle est bien protégée dans une cité qui respire la joie ». Elle donne aussi l’assurance aux Mauriciens que tout est normal en Iran malgré les menaces verbales. « Personne ne veut la confrontation », dit-elle.

Soulignons qu’Arzina a fréquenté le collège GMD Atchia et après avoir eu de bons résultats en HSC, elle a mis le cap sur l’Iran pour ses études universitaires. « L’Iran est un bon pays pour étudier et je m’y sens en sécurité. Vu que c’est un pays islamique, le port du foulard est obligatoire et les filles n’ont pas le droit de se rendre dans certains endroits sans tuteur (Mehram) », conclut-elle.

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