mercredi , 20 septembre 2017
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Les confidences d’un ex-toxicomane atteint du Sida – Nageem: « La drogue m’a séparé de mes enfants »

Toxicomane depuis l’âge de 16 ans, Nageem K. ne touche plus à la drogue depuis 5 ans. Atteint du VIH/sida, il a été rejeté par ses proches. À la mos­quée, on évite de lui serrer la main et de se mettre à côté de lui. Nageem sou­haite de tout coeur sa réinsertion dans la société.L’histoire de Nageem K., 43 ans, est bouleversante. En nous racontant son parcours de toxicomane, il nous fait découvrir les conséquences désastreuses de la consommation de la drogue. C’est un homme brisé qui se confie à nous dans sa maison sur la colline à Vallée Pitot.

Nageem avait 16 ans et était encore au collège quand il a touché à sa première cigarette. Voulant connaître d’autres sensations de plaisir, il a goûté aux comprimés. À l’âge de 17 ans, il consomme du Brown Sugar pour augmenter sa libido. Nageem travaillait dans une usine à cette époque et touchait un salaire chaque semaine. Ses parents ne savaient rien de ses fréquentations ni de son accoutumance à la drogue. À l’âge de 20 ans, Nageem tombe amoureux d’une jeune fille et se marie avec elle. Son épouse aussi ne savait pas qu’il était toxicomane et qu’il dépensait son argent dans la consommation du Brown Sugar.

Promesse non-tenue

Un beau jour son épouse le surprend dans la cuisine avec une seringue remplie de drogue. Elle menace de le dénoncer à ses parents et jette la seringue par la fenêtre. Nageem supplie son épouse de ne pas le dénoncer et promet qu’il va arrêter. Comme pour tout toxicomane, ce n’étaient que des promesse en l’air et il continue à se droguer. « Mo dormi dans la rue jusqu’à 2 heures du matin pou marchand la drogue vine fer livraison », dit-il. Nageem gagne sa vie en faisant de petits boulots à droite et à gauche et arnaque des gens pour acheter sa dose. « Mo fine vanne fausse portable avec dimoune pou gagne casse », avoue-t-il.

En 1995, Nageem est arrêté et est condamné à une amende. Il n’a pas d’argent pour payer l’amende et fait de la prison. Le 31 décembre 2005 il est arrêté de nouveau pour vente de CD piratés. En prison la drogue est en circulation libre. Les gardes-chiourmes n’y voient que du feu. « 300 détenus mette la queue dans toilette pou pique avec ene seul seringue », poursuit-il. Lors d’un test de dépistage du VIH, Nageem apprend qu’il est séropositif. Affecté moralement il pense à la mort. Il est libéré sous caution et retrouve son épouse et ses 2 enfants. Il encourage son épouse à faire un test de dépistage et cette dernière apprend avec soulagement qu’elle n’est pas infectée. « Mo ti prend précautions. Zamais mo pas ti pou laisse mo femme infecter parski mo content li. Ena camarade fine infecté zotte femme volontairement », indique-t-il.

Quelques jours après son épouse quitte sa maison avec ses 2 enfants. Nageem ne bénéficie pas d’un droit de visite car son épouse l’a dénoncé pour violation de « protection order ». Nageem prend la décision de tuer son épouse qui l’empêche de voir ses enfants. Condamné pour agression, Nageem sombre dans le monde ténébreux de la drogue en prison.

Vie de clochard

En 2012, quand Nageem est libéré, il vit alors comme une épave à la dérive. Il pleure à chaudes larmes quand il nous raconte les péripéties de sa vie. « Mo ti pe fouille dans poubelle pou manger. Mo ramasse fruit gâté cotte bazar mo couper mo manger. Mo demande charité dans mois ramadan et mo trace mo la vie pou améliore mo lakaze », ajoite-t-il.

Un beau jour, las de cette vie d’errance, il décide de se reprendre en main. « Mo fine décider pou change mo la vie », dit-il. Il part à la rencontre de Imran Dhanoo, responsable du Centre Idrice Goomany. Ce dernier l’encourage à réintégrer la société et le place sur le programme de méthadone. Il fait la rencontre de Nicolas Ritter, directeur de PILS qui lui fait suivre un stage de formation en « Life skills management » et « empowerment ». Il reprend goût à la vie et suit son traitement à base de médicaments.

Le plus dur pour Nageem est le jour où dans une mosquée de sa région un fidèle a refusé de se mettre à ses côtés pour accomplir ses prières. Quand il sort de la mosquée les gens ont refusé de lui serrer la main. Blessé au plus profond de lui-même, il n’en tient rigueur à personne même s’il aurait aimé que les hommes religieux soient mieux formés pour intervenir sur les sujets qui touchent la société. « Banne imam dire ki ceki gagne sida li ene malédiction d’Allah », fait-il ressortir.

Nageem ne souhaite pas que son pire ennemi sombre dans l’enfer de la drogue. Il est au courant qu’un volcan risque d’exploser à Vallée Pitot où la drogue synthétique fait rage. « Mo regretter ki la drogue fine détruire mo la vie. Mo fine perdi mo banne zenfants la cause sa », souligne-t-il. Nageem n’a pas peur de mourir ,mais appréhende plutôt sa comparution devant le tribunal d’Allah après sa mort. Mais il sait que la porte du pardon n’est jamais fermée et qu’il a demandé pardon avec sincérité. Il lance un appel à ses coreligionnaires pour une approche humaine par rapport aux victimes de la drogue. « Mo faire en appel à banne frères et soeurs pou donne moi en chance pou réintégrer la société et traite moi couma ene humain », supplie-t-il. Le toxicomane repenti ne touche qu’une pension de Rs 1600 chaque mois, ce qui est bien insuffisant pour ses médicaments.

Personne n’est à l’abri

Imran Dhanoo, responsable du Centre Idrice Goomany, fait ressortir que le cas de Nageem compte parmi les dizaines de cas de malades qui ont des problèmes pour ré­intégrer la société. « Il y a le rejet familial, l’absence d’indépendance économique et le rejet sociétal. Il est très important que la communauté dans son ensemble ne reste pas insensible devant des cas semblables. La maladie du sida ne se transmet pas par simple contact. Sa capavé arrive ou famille oussi », dit-il.

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