vendredi , 24 mai 2019
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Cinq ‘Credits’ pour passer en HSC : une décision qui fait polémique

Les nouveaux critères pour passer en Higher School Certificate (HSC) suscitent de nombreuses controverses. En 2020, un élève ayant pris part aux examens du School Certificate (SC) devra obtenir cinq ‘Credits’ pour être admis en HSC. Quelles seront les implications d’une telle décision ? Des pédagogues émérites se penchent sur la question..

Les résultats du SC, rendus publics depuis la semaine dernière, continuent à faire polémique parmi les acteurs du secteur de l’éducation. Les nouveaux critères d’éligibilité de quatre ‘Credits’ pour être admis en HSC suscitent une vague d’indignation parmi les élèves et les parents d’élèves. Si certains affirment que les quatre ‘Credits’ sont difficiles à obtenir, d’autres estiment que c’est une bonne décision en vue de rehausser le niveau de l’éducation secondaire et subséquemment tertiaire à Maurice. Pour l’année 2018, le taux de réussite aux examens du SC est de 72,23%. Des 14599 candidats qui ont pris part à ces examens, 10545 ont réussi. En 2017, le pourcentage de réussite était de 71,59% alors qu’en 2016, il était de 72,01%.

Avec la décision du ministère de l’Éducation de revoir le nombre de ‘Credits’ requis pour passer en HSC (5 ‘Credits’ requis en 2020), nombreux sont ceux qui affichent leur scepticisme. Le pédagogue Faizal Jeerooburkhan est d’avis qu’il ne faut, en aucun cas, oublier les élèves qui n’ont pas la capacité d’obtenir cinq ‘Credits’. Selon lui, notre système éducatif doit être revu et calqué sur le modèle singapourien. De son côté, Rashid Baganee, recteur du collège Islamic de Vallée-des-Prêtres, affiche ses craintes pour 2020. Il est d’avis qu’il pourrait se retrouver dans une situation de sureffectif d’autant que les chiffres démontrent une baisse dans les admissions en HSC avec les nouveaux critères.

Des parents d’élèves ayant obtenu moins de quatre ‘credits’ aux derniers examens du SC veulent se faire entendre. Mercredi matin, une manifestation pacifique s’est tenue devant le Parlement et d’autres rencontres se tiendront à travers le pays. Certains parents envisagent également de porter l’affaire en Cour. Ils estiment que  le ministère de l’Éducation aurait dû trouver une solution pour les enfants qui n’ont pas été en mesure de satisfaire les conditions imposées. Les membres de deux ONG, Debout Citoyen et Habitat Concern, vont sillonner l’île pour rencontrer les parents et élèves concernés.


Rashid Baganee, recteur : «Les méthodes d’évaluation des élèves n’ont pas évolué»

Rashid BaganeeRashid Baganee, recteur du collège Islamic de Vallée-des-Prêtres et pédagogue de carrière, est d’avis que les nouveaux critères d’admission en Lower VI pourraient apporter son  lot de confusion et de problèmes l’année prochaine lorsque le nombre de ‘Credits’ passera de 4 à 5 pour l’accès en HSC. « Nous avons déjà une idée à présent avec le nouveau critère de 4 ‘Credits’. Malheureusement, plusieurs élèves n’ont pas été en mesure de satisfaire les conditions requises pour passer en HSC. Imaginons le cas où un élève n’ayant pas obtenu les quatre ‘Credits’ alors qu’il en est à sa deuxième tentative aux examens du SC et qu’il a déjà atteint l’âge de 19 ans. Ce genre de situation ouvre indirectement la voie aux écoles privées payantes », souligne-t-il.

Selon Rashid Baganee, plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. S’il concède qu’à l’époque les élèves n’avaient aucune difficulté à obtenir cinq ‘Credits’ aux examens du SC, notre interlocuteur avance qu’on ne peut « comparer les anciens élèves avec ceux d’aujourd’hui ». « Nous vivons à une époque où tout tourne autour de la technologie. Dans le domaine de l’éducation, on a noté une modernisation de la pédagogie et les méthodes d’enseignement ont également évolué. Au fil des années, le ministère de l’Éducation a mis beaucoup d’emphase sur la modernité avec, par exemple, l’utilisation des tablettes dans les écoles. Mais le problème, c’est que les méthodes d’évaluation des élèves n’ont pas évolué. Les examens se font encore de manière traditionnelle », fait-il ressortir.

Peu d’emphase sur la filière vocationnelle

Parallèlement, le pédagogue soutient que les jeunes sont « victimes d’une société numérique ». « La télévision avec les nombreuses chaînes satellitaires, les smartphones et autres gadgets sont des distracteurs qui n’existaient pas auparavant », ajoute Rashid Baganee. Néanmoins, il attire l’attention sur le fait que le système éducatif n’a jamais empêché à un élève d’obtenir cinq ‘Credits’, voire plus. « Nous ne disposons cependant d’aucune base de données pour pouvoir affirmer que les candidats vont faire plus d’efforts pour obtenir cinq ‘Credits’ en 2020. Avec ces données, nous aurions pu travailleur en vue d’améliorer leur performance », fait comprendre Rashid Baganee. Le recteur du collège Islamic de Vallée-des-Prêtre dit ainsi craindre le pire pour son collège en 2020. «  Au vu de la tendance qui se dessine au niveau des résultats et des admissions en Lower 6, nous pourrions nous retrouver en sureffectif avec le faible taux d’admission en HSC », dit-il.

Par ailleurs, il trouve « injuste » le fait que certains élèves obtiennent des « Pass results » dans toutes les matières mais ne peuvent être admis en HSC car n’ayant pas eu de « Credits ». « Ces élèves n’ont pas échoué à leurs examens. Alors, comment leur expliquer qu’ils ont réussi mais qu’ils ne peuvent pas poursuivre leur parcours jusqu’en HSC ? Il y a clairement quelque chose qui cloche au niveau des politiques. C’est à nos décideurs de trouver la bonne formule », laisse-t-il entendre. Rashid Baganee soutient aussi que notre système éducatif met très peu d’emphase sur la filière vocationnelle. Selon lui, plusieurs élèves ainsi que leurs parents se concentrent uniquement sur l’aspect académique. « Il se peut qu’ils n’ont également que très peu d’informations sur la filière technique », conclut-il.


Rechad Sayfoo, directeur de VTI Mauritius : «Les élèves vont aux écoles polytechniques par défaut»

Rechad SayfooRechad Sayfoo, directeur du Vocational Training Institute (VTI) et ancien-chairman de la Mauritius Qualifications Authority (MQA), nous fait comprendre qu’il y a beaucoup de choses à considérer avant de rentrer dans le débat de 3 ou 5 ‘credits’. Il ajoute que partout ailleurs dans le monde, on exige 5 ‘credits’ pour HSC, sauf Maurice. Selon  lui, les 3 ‘credits’ auraient  été  acceptables s’il y avait eu en parallèle un changement à tous les niveaux. « Pourquoi cherchons-nous 5 ‘credits’ popr l’accès  a l’université et pour obtenir un emploi alors que le gouvernement a autorisé 3 ‘credits’ au niveau SC pour avoir accès en HSC? Pourquoi le gouvernement n’a pas apporté des changements à tous les niveaux? Cela nous amène à penser qu’on a penché pour une solution facile avec les ‘3 credits’ sans en considérer tous les aspects. On ne peut pas continuer à produire des chômeurs intellectuels,» déclare-t-il. Pour lui, c’est le même système que prévoit le gouvernement pour les 5 ‘credits’.

Toutefois, poursuit Rechad Sayfoo, le gouvernement devrait mettre en place un système approprié définissant ce qui va arriver aux étudiants qui n’obtiennent pas 5 ‘credits’. « Si on n’offre pas d’autres options pour ceux qui n’obtiennent pas 5 ‘credits’, notre système éducatif va échouer, » met-il en garde.  Selon lui, contrairement à d’autres pays, le gouvernement exerce une pression excessive pour le succès académique et les moins doués vont vers la filière vocationnelle par défaut. Le directeur de VTI ajoute qu’ils n’ont pas d’alternative et c’est la raison pour laquelle l’école polytechnique demeure leur seule option. « Le gouvernement annonce le couperet de 5 ‘credits’ sans prendre des mesures concrètes pour orienter les étudiants vers les emplois techniques,» dit-il encore.  Notre interlocuteur fait ressortir que la MQA est une entité importante dans la le domaine de certification technique mais que le gouvernement ne lui accorde aucun budget. « Les écoles de formation ne reçoivent aucune subvention du gouvernement pour dispenser des cours, contrairement à la PSEA qui subventionne les collèges.  La MQA doit devenir une entité séparée chargée de promouvoir les écoles vocationnelles, » conclut-il.

Les cours les plus prisés chez VTI ces dernières années sont l’automobile, l’électrique et l’électronique et l’hôtellerie. La durée des cours est de deux ans si les étudiants optent pour les examens City and Guilds et MITD, et s’ils ne recherchent que City et Guilds, cela peut se faire en une année.


Faizal Jeerooburkhan, pédagogue : «Il faut penser également aux élèves qui n’obtiennent pas leurs 5 ‘credits’»

Faizal JeerooburkhanFaizal Jeerooburkhan, pédagogue et membre fondateur de Think Mauritius, considère que la réintroduction de 5 ‘credits’ est une démarche fort louable. Toutefois, il regrette que le système éducatif à Maurice reste toujours à désirer.  «Nous  avons toujours le système britannique. Ce qui est une mauvaise chose. Des pays comme Singapour, la Corée du Sud, le Japon et la Finlande ont des systèmes qui ont fait leurs preuves et nous devons nous en inspirer, » estime-t-il.  Considérant l’exemple de la Finlande,  Faizal Jeerooburkhan explique qu’un enfant entre à l’école primaire à l’âge de 7 ans et termine le cycle secondaire à l’âge de 16 ans avec un seul examen national. Ce sont les enseignants qualifiés qui évaluent les élèves au cours de ces années. « Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans qu’ils doivent passer un examen national. Si les étudiants ne sont pas très doués académiquement, ils sont automatiquement dirigés vers des écoles polytechniques. À Singapour, plus de 50% d’étudiants fréquentent les écoles polytechniques, mais vous pouvez vous attendre à une formation de haut niveau en raison de leurs infrastructures et des leurs équipements sophistiqués. A Maurice, on ne peut pas s’attendre à des résultats semblables si les choses n’évoluent pas, » dit-il.

D’autre part, notre interlocuteur est d’avis que la HSC est conçu uniquement pour les étudiants qui iront à l’université plus tard alors que pour ceux qui n’ont pas de telles competences, c’est une perte de temps. Il conseille à ceux qui n’ont pas obtenu 5 ‘credits’ au SC, de rejoindre une école polytechnique. « Il est préférable pour eux d’apprendre un métier et de le maîtriser au lieu de monter en HSC, » conseille-t-il. Toutefois, il demande au gouvernement de moderniser les écoles polytechniques en offrant des sujets plus intéressants tels que la robotique et l’intelligence artificielle qui vont révolutionner notre quotidien dans les années à venir. Pour lui, le MITD à l’heure actuelle ne suffira pas pour accueillir la quantité d’étudiants qui n’iront pas à l’université avec le système de 5 ‘credits’. « Toutes ces choses doivent changer en parallèle si on veut le progrès du pays. Aussi le gouvernement doit entreprendre des recherches pour anticiper l’évolution du domaine de l’emploi dans les décennies à venir avant de prendre des décisions majeures, » conclut-il.


Dr Nirmal Betchoo de l’UdM : «Obtenir 5 ‘Credits’ offre plus de choix d’études»

Dr Nirmal BetchooLe Dr Nirmal Kumar Betchoo, doyen de la faculté de l’économie et de la gestion à l’université des Mascareignes, avance que le secteur tertiaire peut s’avérer très compétitif. Ainsi, il estime que le nombre de ‘Credits’ obtenus par un élève peut être un avantage lorsque celui-ci passe en HSC. « Obtenir cinq ‘Credits’ offre plus de choix d’études au niveau du HSC et subséquemment à l’université. Un élève qui a obtenu ses cinq ‘Credits’ peut également avoir plus de choix au niveau des combinaisons des matières pour le HSC », souligne-t-il. Selon le Dr Betchoo, il n’y a « aucun mal » à redoubler une classe dans le but d’obtenir le nombre de ‘Credits’ requis pour passer en HSC. « Il est vrai que l’élève va perdre une année mais il sera en mesure de se rattraper en redoublant d’efforts. D’ailleurs, au niveau du HSC, on voit que plusieurs candidats qui concourent pour une bourse n’hésitent pas à redoubler d’une année s’ils n’ont pas été lauréats », fait-il ressortir.

Nuur-Uddin Jandanee/Ahmad Fakuddeen Jilani

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