mercredi , 22 mai 2019
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Changements climatiques

Changements climatiques : hausse dans la fréquence des phénomènes extrêmes

Le rapport  ‘Summer Outlook’ émis par la station météorologique en octobre nous indique une hausse dans la fréquence des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans le sud-ouest de l’océan Indien. Faisant partie de cette région, Maurice ne sera pas épargné par les effets de ces changements.

De fortes précipitations ou pluies torrentielles provoquant des inondations soudaines et des violents orages, ainsi qu’une intensification explosive des cyclones pourraient se produire au cours de l’été 2018-2019. C’est ce que prévoit le rapport ‘Summer Outlook’. De janvier à mars 2019, les conditions atmosphériques seront propices à des événements météorologiques extrêmes tels que des pluies torrentielles, des éclairs, des vagues de chaleur et des orages violents. On craint également des vagues fortes qui pourraient atteindre les rives de l’île, car des cyclones tropicaux se développent à proximité des îles Mascareignes. Le Dr. Virasami, météorologue, recommande de nous mettre à l’abri en prenant des précautions nécessaires.

En ce qui concerne les températures, elles seront légèrement au-dessus de la normale durant les périodes estivales de 2018-2019. Durant certains jours, les températures dépasseront la moyenne mensuelle de plus de deux degrés Celsius dans certains endroits. Les températures maximales pourraient atteindre 36 ° C à Port Louis et le long de la côte ouest pendant les mois de pointe de l’été.

Des températures supérieures à la normale, associées à de longues périodes d’humidité élevée et à des vents légers, pourraient provoquer des conditions torrides, en particulier de janvier à mars 2019. Selon le météorologue ces conditions pourraient entraîner des irritations pour les groupes vulnérables notamment les enfants et les personnes âgées. Selon le rapport Summer Outlook, les pluies de l’été commenceront probablement au cours de la deuxième quinzaine de décembre 2018 dont les précipitations cumulées qui seraient proches de la normale avec environ 1400 mm au-dessus de Maurice.

Le nombre de tempêtes évoluant dans le bassin du sud-ouest de l’océan Indien pour l’été 2018-2019 sera légèrement inférieur à la normale ou proche de la normale, c’est-à-dire entre 7 et 9 formations de tempêtes tropicales ou cyclones. Toutefois, le Dr Virasami fait comprendre que cela est tout-à-fait normal car chaque année ces cyclones se forment dans l’océan mais des fois aucun d’eux ne touche notre île même si plusieurs pourraient nous frapper.

Catastrophes naturelles : les dangers qui menacent bâtiments et routes

Fouad Uteene, ingénieur de profession, nous apporte des éclaircissements concernant la conception des bâtiments et des routes pour faire face aux effets néfastes des catastrophes naturelles. « Les inondations sont de plus en plus fréquentes en raison des changements climatiques. Ainsi, les concepteurs accordent une attention particulière  aux systèmes de drainage des eaux pour tous les types de construction, qu’elle soit résidentielle, commerciale ou industrielle, » explique-t-il. L’ingénieur ajoute qu’un drainage adéquat du toit en pente, des ouvertures résistant à l’eau, de l’imperméabilisation des joints est prévu du toit vers le système de drainage des rues.

Toutefois, aucun système ne fonctionnera efficacement s’il n’est pas correctement entretenu par l’utilisateur et les autorités. « À  quoi sert une maison avec un bon système de drainage si les drains de la rue sont bloqués ou mal construits avec une pente dans la mauvaise direction, » s’interroge notre interlocuteur. Selon lui, les mesures sévères prises par le gouvernement contre ceux qui pratiquent des constructions illégales dans des égouts, des cours d’eau ou même des lits de rivières sont des actions positives. Fouad Uteene avance que les règlements ont été renforcés pour permettre de démolir de telles constructions illégales. Il appartient maintenant aux autorités de prendre des mesures pour minimiser les effets des fortes pluies.

Période de responsabilité

« En général, les bâtiments conçus par des professionnels respectent les normes établies. L’aspect relatif au drainage de l’eau est également respecté par les constructeurs professionnels, » souligne l’ingénieur. Il fait ressortir que dans la plupart des cas, les constructeurs doivent  se conformer à une période de responsabilité d’un an après l’achèvement d’un bâtiment. Pendant cette période, ils sont tenus de réparer à leurs frais tous les défauts, en particulier en cas de fuite, ce qui est très coûteux  lorsque le bâtiment est occupé.  « Tous les contractants porteront donc une attention particulière aux dessins de conception lors de la construction afin d’éviter des coûts élevés par la suite, » dit-il encore.

Toutefois, il soutient qu’on peut affirmer que les routes nouvellement construites sont conçues de manière adéquate pour le drainage de l’eau. Les concepteurs ont pris en compte de manière appropriée les fortes précipitations soudaines et abondantes. « Cependant, on ne doit pas oublier que le bitume nécessite une maintenance et les autorités locales doivent être sensibilisées à cette question » affirme-t-il. « Cependant, nous ne pouvons pas oublier que des ingénieurs ont également commis des erreurs de jugement dans certains cas. Par exemple, les failles du système routier Terre Rouge/Verdun et pour lesquelles le gouvernement dépense des sommes énormes pour remédier à la situation », poursuit-il.

Les routes sont souvent endommagées après des fortes pluies en raison d’une mauvaise construction, d’un compactage insuffisant de l’assise ou de l’utilisation de matériaux de remplissage inappropriés ou d’une épaisseur de bitume insuffisante. « Une pente insuffisante peut provoquer une accumulation d’eau et des dommages à la base. Un autre problème récurrent : la réparation des routes après la pose de canalisations ou d’assainissement », estime Fouad Uteene.

Très souvent, ces travaux ne sont pas réalisés conformément au cahier des charges, mais consistent simplement à combler des nids-de-poule sans compactage ni même du bitume. Résultat : ces zones ainsi réparées s’ouvrent sous la circulation et provoquent l’affaissement et la défaillance de la sous-structure de la route.

Rapport des Nations Unies sur le changement climatique

Dans les « Third National Communications » du dernier rapport de l’United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), les météorologues avaient fait ressortir que les effets néfastes des changements climatiques se font déjà sentir à savoir hausse de la température, diminution du nombre de précipitations, élévation du niveau de la mer, érosion accrue des plages et augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes tels que des crues soudaines.

Les enregistrements climatiques sur la période 1951-2014 montrent une tendance significative au réchauffement d’environ 1,2 °C et une tendance à la baisse des précipitations d’environ 8 %. Au cours de la même période, le plateau central, la principale zone de recharge de l’île, a enregistré une diminution des précipitations annuelles d’un maximum de 4 000 mm par an à 3 800 mm par an et l’assèchement étant plus prononcé au nord et à l’ouest. L’élévation du niveau de la mer s’est aussi accélérée à un rythme moyen de 5,6 mm par an au cours de la dernière décennie. Maurice est également situé dans la ceinture de cyclones tropicaux du sud-ouest de l’océan Indien (SWIO), où des formations rapides de cyclones tropicaux et de super-cyclones de haute intensité ont été observées. On est donc fortement exposé à des phénomènes climatiques aussi extrêmes avec des risques graves pour la vie et un développement durement acquis, qui inclut des équipements de base

Les mesures prises par le gouvernement

Selon le World Risk Report 2017, Maurice est le septième pays le plus exposé aux catastrophes naturelles sur 171 pays. Le 30 octobre 2018, la Private Notice Question (PNQ) de Xavier-Luc Duval, leader de l’opposition, était axée sur les mesures prises par le gouvernement depuis le 1er janvier de cette année pour protéger notre population des catastrophes naturelles. Étienne Sinatambou, ministre de la Sécurité sociale, de la Solidarité nationale, de l’Environnement et du Développement durable, a énuméré une série des mesures prises.

La stratégie relative aux catastrophes naturelles comporte huit régimes: les cyclones; les fortes pluies, les pluies torrentielles et les inondations, les tsunamis, les hautes vagues, la crise de l’eau; le tremblement de terre, le glissement de terrain et un en particulier le plan d’urgence d’intervention à Port Louis.

Les mesures

Selon le ministre Étienne Sinatambou, un National Multi-Hazard Emergency Alert System est en cours de mise en place afin d’alerter le public avant et pendant une catastrophe. Ainsi, deux applications mobiles ont été développées pour envoyer des messages d’alerte aux abonnés avant, pendant et après les catastrophes.  « Afin d’améliorer encore notre système d’alerte actuel, le radar Doppler, qui sera bientôt opérationnel, fournira des informations en temps quasi réel sur le sinistre imminent pour la sécurité du public », a révélé le ministre.

De plus, depuis janvier 2018, poursuit le ministre, 38 exercices de simulation ont été menés aux niveaux national et régional afin de préparer les premiers intervenants, les communautés locales vulnérables et la population en général à une meilleure réaction aux catastrophes. « Une unité d’intervention en cas de catastrophe a été créée cette année. Elle comprend également une unité spécialisée de la Force mobile spéciale chargée d’assister les opérations d’intervention en cas de catastrophe dans le cadre des opérations nationales d’urgence », explique-t-il.

De nombreuses zones vulnérables ont déjà été identifiées et des plans d’urgence ont été préparés et sont régulièrement testés lors d’exercices de simulation. « Depuis janvier 2018, de tels plans d’urgence ont été développés pour les régions de Baie du Tombeau, Résidence La Cure, Camp Manna, Bambous et d’autres qui existaient déjà au cours des années précédentes, » dit-il. En outre, un protocole relatif aux fortes précipitations pour le secteur public a déjà été mis en œuvre et un protocole similaire pour le secteur privé est en cours de finalisation et sera bientôt mis en œuvre. Deux censeurs d’inondation sans fil ont été installés dans la région de Port Louis en octobre 2018 en collaboration avec l’Université de Maurice.

D’autre part, depuis janvier 2018, son ministère a formé des équipes communautaires d’intervention en cas de catastrophe dans les régions de résidence La Cure, Rivière du Poste, l’Amitié, Gokoola et Rivière des Galets et sept équipes communautaires d’intervention en cas de catastrophe ont été formées en 2017. Maurice a également participé à l’IOWave 2018, un exercice régional organisé tous les deux ans pour les pays de l’océan Indien afin de vérifier leur état de préparation aux tsunamis.

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