jeudi , 23 novembre 2017
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Centre Culturel Islamique : comment le redynamiser

Joyau architectural au cœur de Port-Louis, à la rue La Paix, l’Islamic Cultural Centre (ICC) se cantonne, depuis plusieurs années, à un rôle d’organisateur du grand pèlerinage – le hadj. Or, pour beaucoup, tel ne devrait pas être le cas car l’essence même du centre étant la promotion de la culture islamique à Maurice…

Quand on fait allusion au Centre culturel islamique, le mot « hadj » est sur toutes les lèvres. Depuis plusieurs années, le centre de la rue La Paix à Port-Louis consacre une grande partie de son agenda à l’organisation du grand pèlerinage annuel. Initiative louable certes, mais qui ne relève pas des fonctions prioritaires de l’organisme. Pour Raouf Bundhun, ancien vice-président de la République, l’ICC ne devrait pas faire de l’organisation du hadj son activité principale année après année. « Ce centre n’a pas été créé uniquement dans le but d’organiser le pèlerinage. Ce n’est d’ailleurs pas le rôle de l’institution d’assurer l’organisation du hadj. J’aimerais attirer l’attention qu’en 1976, quand j’étais alors ministre au sein du gouvernement, on était venu de l’avant avec le ‘Hadj Committee’ qui réunissait des dirigeants des principales mosquées du pays, des représentants des institutions et autres associations islamiques et aussi des représentants de la force policière. Je suis d’avis qu’il faut venir de l’avant à nouveau avec cela et ainsi l’ICC aurait plus de temps pour s’adonner à d’autres activités », souligne-t-il d’emblée.

Parallèlement, Bashir Taleb, directeur du collège Islamic à Vallée-des-Prêtres, indique également que l’organisation du hadj n’est « pas la vocation » d’un centre culturel. « Nous avons remarqué, au fil des années, que l’ICC consacre énormément de temps et d’énergie à l’organisation du pèlerinage. Cela demande beaucoup de technicité et de coopération à plusieurs niveaux et par la même occasion, l’organisation du hadj alourdit le fardeau administratif du centre », fait-il ressortir. Selon lui, dans un premier temps, l’ICC aurait dû se libérer de cet engagement et ainsi concentrer ses activités sur le plan culturel. « Ce serait souhaitable dans un proche avenir mais il faut aussi faire ressortir que l’ICC ne dispose pas d’un personnel adéquat. Beaucoup des membres de son personnel opèrent en outre sur une base bénévole. Ce n’est pas une mauvaise idée mais quand il s’agit de la transmission de la culture, c’est là où le bât blesse. Ces personnes ont leur emploi et n’auront pas toujours le temps pour participer à toutes les discussions y relatives », ajoute-t-il.

De son côté, Reza Issack, blâme la gestion du Centre culturel islamique. Pour rappel, en 2012, suite à une décision du Cabinet des ministres, un comité fut mis sur pied pour revoir l’organisation du hadj et les activités du Centre culturel islamique. Ainsi, Reza Issack, alors député du Parti Travailliste (PTr), avait soumis en conséquence un rapport intitulé « Rethinking the Mechanism of the Islamic Cultural Centre » en vue d’assainir et de redynamiser ledit centre.  « Aussi longtemps que l’institution n’est pas indépendante, donc autonome, elle sera sous le joug d’une camarilla politique. Ainsi engluée, elle loupe lamentablement ses objectifs. Ce centre, sous n’importe quel régime, a toujours manqué d’explosivité », avance-t-il.

Reza Issack est d’avis que l’ICC ne doit plus s’occuper de l’organisation du pèlerinage. « L’ICC doit tout simplement ne plus s’occuper du hadj qui, subséquemment, passera sous la coupole du Bureau du Premier ministre. La politique et l’affairisme sont aujourd’hui source de turbulences dans l’organisation du hadj chez nous. Dépolitisons et règlementons! Il y aura de l’ordre et de la tranquillité d’esprit », dit-il et d’ajouter : « je lance un appel à mon ami Prithiviraj Roopun, le ministre des Arts et de la Culture, pour qu’il dépoussière ce dossier et étudie sa mise en application.»

Ouverture sur d’autres communautés

131117_populationDans un même ordre d’idées, afin de donner une nouvelle impulsion au Centre culturel islamique, nos interlocuteurs sont tous unanimes à dire qu’il est essentiel de s’ouvrir aux autres communautés car la culture islamique ne se limite pas nécessairement aux musulmans. Bashir Taleb est, lui, d’avis que la culture islamique est omniprésente dans plusieurs autres cultures à travers le monde. « Il faut avant tout qu’on fasse la distinction entre la religion et la culture. Bien souvent, à Maurice, on confond les deux. Or, la religion, qui est un ensemble de rituels et de croyance, est très fermée et intime. Dans le cas contraire, la culture a un sens beaucoup plus large. Cela englobe plusieurs aspects de la vie allant de la façon de préparer à manger, la façon de vivre, de s’habiller, de se divertir entre autres aspects », dit-il. Selon lui, la culture islamique est très méconnue à Maurice. « Il faut que l’ICC puisse s’ouvrir à d’autres communautés afin aussi d’informer et de dissiper toute mésinformation sur l’islam et sa culture », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Raouf Bundhun indique aussi qu’il faut impérativement que l’ICC ait une ouverture sur d’autres communautés. « L’islam est une religion de paix et de tolérance. Il faut que le centre vienne de l’avant avec des activités interculturelles que ce soit dans les domaines artistique, culinaire ou autres », dit-il. Reza Issack prône, lui, une meilleure organisation au sein du centre culturel.  « L’ICC doit impérativement mieux s’organiser au niveau de la communauté musulmane et simultanément, s’ouvrir aux autres communautés, car la culture est transcendantale », avance-t-il.

Promouvoir la Culture Islamique

ICCSi le rôle de l’ICC en tant qu’organisateur du hadj est décrié, par contre celui de promouvoir la culture islamique à Maurice est accueilli favorablement. Bashir Taleb estime que le centre doit se donner les moyens pour venir de l’avant avec plusieurs projets d’envergure qui touchent à la culture islamique. « Avec l’aide des bénévoles, le centre peut réaliser plusieurs gros projets. Il est important de comprendre que la mission d’un centre culturel, c’est avant tout de disséminer la culture à tout le monde et pas uniquement aux musulmans. La culture islamique ne se limite pas qu’à l’organisation de l’Eid-ul-Fitr, l’Eid-ul-Adha et le Yaum-un-Nabi (saw) », indique notre interlocuteur. Il est d’avis que l’institution doit pouvoir exploiter plusieurs créneaux allant de l’histoire, l’anthropologie et les sciences entre autres.

Même son de cloche du côté de l’ancien Lord-maire, Reza Issack, qui nous dresse une liste des activités que pourrait organiser le centre. « Il y a tellement de choses que nous pouvons organiser à longueur d’année: forums, expositions, salons culinaires, activités littéraires, films-débats, les arts islamiques, le théâtre, rencontres intercommunautaires, échanges culturels, même quelques activités liées au bien-être physique et mental », dit-il. Pour sa part, Raouf Bundhun prône la promotion d’échanges culturels. « Nous pouvons faire venir des artistes peintres, des calligraphes et bien d’autres encore. Maurice a de bonnes relations avec l’Inde et nous pouvons profiter de l’expertise du centre culturel islamique de Delhi. Ce centre est une pure merveille », indique-t-il. Selon lui, l’ICC peut aussi travailler en collaboration avec l’Indian Council for Culture Relations (ICCR).

Bashir Taleb fait, lui, ressortir que l’ICC pourrait travailler en collaboration avec d’autres centres culturels à travers le monde. Il cite ceux d’Europe, des pays arabes et orientaux. « Il faut établir des contacts avec ces centres et travailler en collaboration avec eux sur plusieurs projets. Tout est en place, il faut tout simplement prendre l’initiative. Aussi, il n’est pas nécessaire de tenir toutes les activités au siège de l’ICC à la rue La Paix. En organisant certaines activités dans des centres plus grands, on peut toucher un plus grand nombre de personnes »,  avance-t-il.


Cassam Uteem : «Il faut délocaliser et dépolitiser l’ICC»

Cassam UteemAncien président de la République, Cassam Uteem jette toujours un regard avisé sur tout ce qui touche à la communauté musulmane. Et le Centre culturel islamique n’échappe pas à cette règle.
« Le Centre culturel islamique devrait être un lieu de partage: partage de la richesse culturelle et spirituelle de l’islam aux Mauriciens de confessions religieuses autre que musulmane. Partager pour mieux faire connaître l’Islam, son apport à la civilisation humaine dans les disciplines aussi diverses que l’art, l’architecture et la littérature, la science y compris l’astronomie, la médecine et les mathématiques de même que la philosophie, la sociologie », indique-t-il. Selon lui, on doit mieux faire connaître les savants musulmans qui ont été les précurseurs de la science moderne et qui ont permis à faire avancer la connaissance dans ces disciplines susmentionnées.

«Mieux apprécier et se respecter»

« Il faut aussi mieux faire connaître les préceptes de la morale et de la religion islamique afin de faire tomber les préjugés, et dans certains cas la méfiance, dus à la méconnaissance du crédo islamique qui existe encore chez nous. Mieux connaître et mieux comprendre pour pouvoir mieux apprécier et se respecter. Le Centre culturel islamique semble avoir jusqu’ici raté sa vocation qui devrait être celle de la préservation et la promotion de la culture islamique, avec pour cibles non seulement les adeptes de l’Islam mais l’ensemble de la population mauricienne », fait-il ressortir.
Parallèlement, selon Cassam Uteem, le site de l’ICC a été mal choisi. « Ce fut un choix politique catastrophique. Même si le bâtiment imposant qui abrite le centre est le reflet de l’art islamique, son emplacement à la périphérie de la cité de Port-Louis avec son agglomération d’habitations, ajouté au nombre de parkings de véhicules restreint, n’encourage guère les gens, même les plus intéressés, à s’y rendre », constate l’ancien président de la République. Il ajoute qu’à défaut de pouvoir délocaliser, l’ICC ne devrait pas limiter ses activités dans ses locaux mais de trouver les moyens d’organiser ailleurs conférences, ateliers de travail, expositions ou autres activités. « Autrement, l’objectif d’ouverture et de partage aux autres ne sera pas atteint et restera un vœu pieux! Il devrait être possible à l’ICC d’inviter périodiquement, des experts en études islamiques, des historiens et des chercheurs, pour faire et parfaire nos connaissances et les partager autour de nous. Le centre ferait alors œuvre utile », dit-il.

Une surpolitisation

Par ailleurs, Cassam Uteem laisse entendre que le mal dont souffre l’ICC « a pour nom la surpolitisation ». « Même les membres du Conseil d’administration du centre, certains certes compétents, sont choisis sur des critères politiques tandis que ceux des autres bords en sont exclus. Il est affligeant de constater comment certains intellectuels se font mener par le bout du nez et acceptent sans broncher les ordres téléguidés, venus d’ailleurs. Ce faisant, ils se dévalorisent tout en dépréciant l’Institution qu’ils sont censés administrer en toute indépendance et en accord avec les termes de sa Constitution », poursuit-il.

S’agissant de l’organisation du hadj par l’ICC, Cassam Uteem indique que c’est une décision politique que les membres « acceptent sans broncher ». « Il n’appartient pas au Centre culturel islamique d’agir comme organisateur du hadj, ni même, de mon point de vue, comme facilitateur », dit-il.

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