vendredi , 23 août 2019
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Bibi Saida Jaulim

Bibi Saida Jaulim : «Le Qurbani est aujourd’hui un spectacle»

Saida, 70 ans, habite le village de Triolet depuis son enfance.  Elle  nous raconte comment à son époque on faisait le Qurbani.  «On  ressentait auparavant  une vive émotion chez la famille qui allait faire le Qurbani. Mais avec le temps,  l’attitude des gens a beaucoup changé. Le Qurbani est devenu aujourd’hui davantage un spectacle qu’un devoir sacré », dit la septuagénaire.

Bibi Saida  nous raconte  que durant son enfance les grands-parents parlaient du Qurbani avec respect et beaucoup d’humilité. « C’est dommage qu’aujourd’hui tel n’est plus le cas.  Aux yeux des jeunes d’aujourd’hui, le sacrifice n’a pas la meme signification et la même valeur qu’il avait jadis au temps de nos grands-parents. J’ai même l’impression  que le sacrifice  est devenu comme une sorte de compétition ou une famille achète le plus gros animal juste pour faire voir qu’il a les moyens d’acheter une part du Qurbani  jusqu’à Rs 20 000. C’est incroyable. Et on  invite même les autres à venir voir l’animal surtout s’il  est  gros. Auparavant l’important était de faire le sacrifice avec tout le respect dû à l’animal, » dit-elle.

Notre interlocutrice se rappelle aussi  que le jour de l’Eid-ul-Adha,  les proches et  amis venaient dire ‘Eid Mubarak’ et on leur servait le pudding au vermicelle  ou du vermicelle que l’on préparait avec du lait, le fameux ‘sirkouma’, selon les goûts de la personne. « Tous doivent déguster  du vermicelle ce jour-là », nous indique Babi Saida.

Elle fait ressortir que les filles et les dames ne pouvaient pas assister à l’abattage car seuls les hommes y étaient autorisés. Elle nous apprend aussi que les gens pauvres ne prenaient aucune part  à ce rite et que seuls les riches avaient ce privilège et cela même si à cette époque un bœuf se vendait  entre Rs. 300 ou Rs 350.

À une semaine du Qurbani, nous indique encore Bibi Saida on  emmenait  l’animal sur le lieu de l’abattage et  on lui donnait à manger et à boire. « C’est-à-dire qu’on le nourrissait  avant de faire le Zabah. Maintenant c’est le contraire. On  fait venir l’animal la veille, le matin ou  le soir », nous dit-elle encore.

Abdoolah Mandary, 75 ans

Depuis son enfance, Bhai Abdoollah, habite  Mon Fertile, un  village  qui se  trouve au sud-est de l’île. Tout enfant avec son frère aîné Djikiryah,  il allait voir l’abattage de l’animal chez des voisins ou des parents

« À cette époque le Qurbani ne se faisait pas partout  comme cela se fait aujourd’hui. Il faut aussi dire que le coût de la vie était cher et trouver  du travail était difficile et on n’avait pas suffisamment d’argent pour se permettre de prendre une part. Mais malgré cela, des familles arrivaient  à économiser pour pouvoir prendre une part du Qurbani.  Et c’est une semaine ou plus que l’on faisait venir le bœuf chez la famille  où aurait lieu le sacrifice. Le soir venu on allait voir l’animal pour s’assurer qu’il n’avait pas été volé », nous explique Abdoollah.

« Je  me souviens qu’il n’y avait pas de parc comme c’est le cas aujourd’hui. Beaucoup de personnes achetaient leur bœuf dans le parc car auparavant dans le village où j’habitais, la plupart des gens  faisaient de l’élevage  alors  on  allait acheter le bœuf directement à l’éleveur, et c’est à pied que l’éleveur lui-même  emmenait le  bœuf chez le  destinataire.  Pour nous les enfants, cela était une réel plaisir de  le suivre.  Mais  on faisait attention à ne pas faire peur à l’animal. Car si on rapportait à nos parents que nous avions  fait du désordre,  c’était punition sévère.  Il n’y avait pas de camion  pour transporter spécialement ces animaux », laisse-t-il entendre. « Et je dois faire ressortir que c’est vraiment triste de voir la façon  que l’on traite l’animal destiné pour le Qurbani », conclut-elle.

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