vendredi , 26 mai 2017
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Bibi Rookeea Abdoola, éducatrice : « Le niveau de l’éducation est en baisse »

Au début de mai cette année, Rookeea Abdoola a pris sa retraite comme maîtresse d’école de la Jean Lebrun Government School. Elle nous brosse un tableau du niveau de l’éducation à Maurice, de l’attitude des élèves et du système éducatif en général.D’emblée, Rookeea Abdoola nous dit que le niveau de l’éducation à Maurice est en baisse. Durant ces 44 dernières années, elle a vécu l’évolution du système éducationnel et peut donc jauger du niveau des élèves. « Le niveau actuel de l’éducation est très bas. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse. Premièrement, le niveau des manuels scolaires pour le primaire a été revu à la baisse afin de donner plus de chance aux élèves pour passer leur examen. Car, certains n’arrivent pas à suivre le pas des plus doués. Cela pénalise donc les ‘high-flyers’. Avec le système de 9-year-schooling, je pense que l’élite sera désavantagée dû à un nivellement par le bas. Cela dit, ceux qui sont moins doués pourront se rattraper à travers les différentes matières extracurriculaires proposées », souligne l’ancienne maîtresse d’école.

Des élèves indisciplinés

Rookeea Abdoola ajoute que l’indiscipline qui a gagné du terrain dans les écoles, est aussi responsable du niveau de l’éducation. « Quand j’ai débuté dans les années 70, la discipline était un maître-mot. Les enfants avaient peur de leurs enseignants. Et plus important, ils faisaient montre de respect que ce soit en classe ou hors de la classe. Mais, au fil des années, la situation s’est aggravée. Les punitions corporelles ont été interdites dans les écoles et les enfants savent que quoi qu’ils fassent, ils ne seront pas punis. On dit qu’il faut mettre l’accent sur la psychologie, mais cela ne sert à rien. Les enfants deviennent incontrôlables et il est de plus en plus difficile pour les enseignants de faire leur travail », nous explique-t-elle.

Selon Rookeea, la réussite des élèves passe aussi par la discipline. « Quand j’étais enseignante, j’avais toujours mis l’accent sur la discipline. Nous ne pourrons pas avoir de bons résultats sans des élèves disciplinés. Je ne dis pas qu’il faut tout le temps être sévère. Mais, il faut trouver le juste équilibre et savoir quand gâter les enfants et quand les mener avec fermeté », fait-elle ressortir.

Absence de valeurs morales

Rookeea Abdoola s’attriste de la dégradation du comportement des enfants dès le cycle primaire. À ses débuts elle a connu des élèves plus disciplinés. Toutefois, elle estime que tel n’est plus le cas et que les enfants font montre d’un manque flagrant de valeurs morales.

« Aujourd’hui, lorsqu’un enfant vous voit dans la cour de l’école, il ne vous dit pas bonjour. Les enfants ne savent même pas quand utiliser les formules de politesse. Zot mem pas dire s’il vous plait ou merci. Zot pas tape la porte avant rentre dans ene classe ou dans biro maitre d’école. J’ai vécu plus de 40 ans dans le domaine et je constate que la situation devient de plus en plus inquiétante au fil des années », se désole-t-elle.

Ingérence des parents

L’éducation d’un enfant débute à la maison et les parents ont un rôle clé à jouer. Toutefois, notre interlocutrice estime que la situation n’est plus la même que celle d’autrefois. « Aujourd’hui, les parents s’ingèrent dans le fonctionnement de l’école et le déroulement des classes. Auparavant, quand on rappelait un enfant à l’ordre, il n’allait jamais dire à ses parents qu’il a été puni. Il avait même peur d’être grondé par ces derniers. Mais de nos jours, les enfants vont tout raconter aux parents. J’ai travaillé dans plusieurs écoles à travers le pays mais ce sont dans les écoles de Plaine-Verte que j’ai rencontré le plus de difficultés avec les parents. Toutes les raisons étaient bonnes pour venir à l’école et faire du bruit. Cela ne fait qu’empirer la situation. ‘Zenfan la gagne pied lor nou et vin pli malelevé », explique-t-elle.

Un riche parcours professionnel

C’est en 1972 que Rookeea Abdoola a fait ses débuts dans le domaine de l’éducation. Elle a suivi les cours au Teachers’ Training College à Beau-Bassin où les aspi-rants enseignants devaient obligatoirement se rendre et décrocher leur ‘Teachers’ Certificate’ avant de pou­voir enseigner dans les écoles primaires. Elle se souvi­ent encore des bons moments passés au sein de cet établissement de formation. Peu de temps après, elle rejoint l’école de Plaine des Papayes où elle avait passé trois ans. « J’étais encore toute jeune à l’époque et il fallait voyager beaucoup. Mais j’ai toujours aimé cette profession et c’est la passion qui a fait que j’ai passé 44 ans de ma vie au service de l’éducation à Maurice », souligne-t-elle.

Mme Abdoola est transférée à l’école de Terre Rouge pour une année et s’occupe de la classe de troisième. Ensuite, elle a rejoint l’école primaire de Brisée-Verdière où elle est chargée d’une classe de seconde pour une année. « J’ai beaucoup appris et acquis de l’expérience grâce à ces différentes mutations. J’ai également cô­toyé des élèves et des parents de différentes couches sociales », se réjouit-elle. Après, Rookeea retourne à Port-Louis et passe sept longues années à l’école Ab­dool Raman Abdool à Plaine-Verte. Habitante de Cité Martial, elle n’avait désormais plus de souci à se faire au niveau du transport pour aller travailler. « Je me sou­viens qu’on m’avait confié les classes de quatrième, cinquième et sixième. Le niveau était faible à l’époque et il a fallu mettre les bouchées doubles pour pouvoir le rehausser et encadrer les élèves », fait-elle ressortir.

Par la suite, l’enseignante allait mettre ses compétences au service de l’école du gouvernement d’Arsenal pour six années avant de rejoindre l’école Raoul Rivet en début des années 90 pour les classes de première, sec­onde, troisième et quatrième. Après un passage fruc­tueux dans cette école, Rookeea est transférée à Cité La Cure comme ‘Teaching Deputy Head Master’ pour quatre ans. En 2005, elle rejoint l’école Surtee Sunnee à Vallée-Pitot. « Les deux établissements étaient clas­sifiés comme ZEP et c’était un véritable défi pour tout le corps enseignant », ajoute notre interlocutrice. En 2010, elle rejoint une fois encore l’école Raoul Rivet. En fin de 2010, elle est promue ‘Head-Master’ à l’école de Cap Malheureux et a occupé ce même poste à l’école Goomany et finalement à Jean Lebrun où elle a pris sa retraite cette année.

Soulignons qu’elle a aussi travaillé à la Eastern Suburb Govt School et D.Sewraz G.S à Triolet. « J’ai eu une très longue carrière mais je garde les meilleurs souvenirs de mes deux passages à Raoul Rivet », nous dit-elle.

Vie personnelle

Rookeea Abdoola est née et a grandi à Rose Hill. Elle a fréquenté l’école primaire de Beau-Séjour et ensuite le collège de Lorette. Elle rend grâce à ses parents qui lui ont inculqué les bonnes valeurs depuis sa tendre enfance. Elle a eu le malheur de perdre son époux en 2001. Aujourd’hui, elle vit aux côtés de sa fille, son gendre et son petit-fils à Cité Martial. Elle passe ses moments libres à faire des recherches sur le net et visionner les vidéos islamiques sur Youtube.

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