dimanche , 21 janvier 2018
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Bashir Taleb

Bashir Taleb sur le PSAC : «La formation des enseignants a été complètement négligée»

Le président de la Fédération des managers des collèges privés et le directeur du collège Islamic de Vallée-des-Prêtres, Bashir Taleb, est d’avis que la formation des enseignants dans le cadre du Nine-Year Schooling est un aspect qui a été totalement négligé. Selon lui, plusieurs interrogations subsistent après la première édition du Primary School Achievement Certificate (PSAC).

Quelle est votre lecture de la première édition du PSAC ?
Cette première édition vient de prendre fin et il nous faut savoir si les objectifs qu’on s’est fixés au départ ont été atteints. On disait que chaque enfant se verrait attribuer un collège, qu’il allait y avoir moins de compétition, parmi tant d’autres objectifs. Mais j’ai pu constater que de nombreux parents semblaient ne pas être satisfaits lorsque leurs enfants ont reçu leurs résultats cette semaine. Certains élèves qui ont décroché quatre unités n’ont pas eu le collège souhaité alors que d’autres qui ont également eu quatre unités ont eu ce même collège. De ce fait, on serait tenté de dire qu’il y a bel et bien un élément de classement (Ndlr : ranking) dans ce système. Alors, comment expliquer l’attribution des collèges ?

Le taux de réussite aux examens de fin de cycle du primaire a néanmoins connu une amélioration. Qu’est-ce qui explique cela ?
Sur la qualité, on ne peut pas dire grand-chose. Il y a certes eu une légère amélioration des résultats par rapport à l’année dernière. Mais le plus important, c’est de suivre et de connaître la performance des élèves jusqu’en Grade 9. On ne sait pas s’il y a eu une uniformisation ou d’autres ajustements du niveau pour que tous les élèves se sentent à l’aise pour la transition de Grade 6 à Grade 7. Le 21 décembre, des examens de ‘resit’ sont prévus et il y a aussi l’Extented Programme. Les élèves sous ce programme vont-ils avoir des papiers différents lors des examens nationaux ? On ne peut se réjouir d’une sensible amélioration des résultats si tant d’interrogations subsistent.

«Aussi longtemps que la compétition existera, il y aura toujours les leçons particulières»

Plusieurs questionnaires ont été amendés afin que les élèves puissent obtenir davantage de points. Est-ce un nivellement vers le bas du système éducatif à Maurice ?
Si les papiers d’examens ont été amendés avec cet objectif, c’est certainement un nivellement vers le bas. Mais au départ, plusieurs partenaires étaient tous d’accord que le CPE était beaucoup trop compétitif pour des enfants de cet âge. L’idéal serait de ne pas avoir des examens au niveau de Grade 6 mais uniquement après les 9 années d’études, soit en Grade 9. Les enfants continueraient ainsi leur apprentissage dans le même établissement de Grade 1 à Grade 9. Mais comme tel n’est pas le cas, il est essentiel de savoir si tous les élèves ont le niveau requis pour passer d’une classe à une autre sans qu’il n’y ait de bourrage de crâne à chaque étape de l’apprentissage.

La continuité entre le primaire et le secondaire est l’un des points forts du Nine Year Schooling. En quoi est-ce une bonne chose ?
En faisant allusion à la continuité, j’aurais souhaité que les élèves puissent rester dans la même école et que les enseignants soient formés pour assurer l’apprentissage correctement. Mais on a calqué et adapté notre approche sur un système qui se situe entre deux extrémités pour assurer la continuité tout au long du Nine-Year School. Pour avoir des résultats probants, il faut la coopération de tout un chacun à tous les niveaux du système.

Pensez-vous que les enseignants ont été suffisamment formés pour ce nouveau système d’éducation ?
Non. Pas du tout. Les enseignants n’ont pas reçu la formation nécessaire pour cette nouvelle réforme éducative. Je peux dire que la formation des enseignants a été complètement négligée. Les autorités ont concentré leurs efforts sur les changements structurels mais ont en parallèle négligé la formation des enseignants. Ces derniers ne sont pas encore prêts pour le nouveau curriculum des Grades 7, 8 et 9. Idem pour les enseignants qui vont devoir travailler avec les élèves de l’Extented Programme. Là-dessus également, il y a une certaine confusion et des appréhensions quant aux sessions de formation. J’ai pu prendre connaissance des doléances de certains enseignants qui se disent ne plus comprendre dont la façon se déroule la formation. Il faut comprendre que c’est un processus de longue haleine et pas un exercice qui dure de deux à trois mois.

Le nouveau système éducatif avait aussi pour objectif de réduire les leçons particulières. Mais cet onjectif semble être loin d’être atteint…
Certainement. Le PSAC n’a nullement diminué les leçons particulières. Mais il faut comprendre que dans ce cas de figure, il existe l’offre et la demande. Il faut prendre en considération les deux extrémités. Je suis d’avis qu’aussi longtemps que la compétition existera dans nos écoles, il y aura toujours de leçons particulières. Même avec ce nouveau système, la compétition continue tout comme les leçons privées.

«On serait tenté de dire qu’il y a un élément de ‘ranking’ dans ce système»

Sinon, êtes-vous satisfait de la manière dont les collèges sont attribués aux élèves ?
Franchement, je suis dans l’incapacité de répondre car il n’y a pas eu de transparence lors de cet exercice. On a annoncé que trois critères allaient être pris en compte dont le choix des parents, la proximité et le résultat. Or, c’est l’opacité totale d’où la frustration de plusieurs parents.

La régionalisation de l’éducation comprend plusieurs avantages mais apporte également son lot de désavantages. N’est-ce pas ?
La proximité et le ‘mapping’ peuvent apporter une certaine incompréhension dans la mesure où, par exemple, un élève qui habite Baie du Cap peut avoir un collège à Quatre-Bornes car cela fait partie d’une même zone désignée. Mais pour que la régionalisation puisse être efficace, il faut que tous les collèges des différentes régions soient du même niveau. Mais ce n’est pas le cas. Il existe encore le ‘Star pupil’, issu des parents d’un certain niveau de vie et cet élève a ses propres ambitions. Il faut que le collège qui lui est attribué puisse lui fournir le minimum car ce genre d’élève va ensuite faire ses propres effeorts pour grimper. A-t-on pris en compte tous ces facteurs ?

C’était la confusion chez plusieurs parents, mardi, en prenant connaissance des collèges attribués à leurs enfants. Y-a-t-il eu un manque de communication de la part des autorités ?
Effectivement. À un moment ou à un autre, il y a eu un manque de communication. Les parents n’ont pas eu toutes les informations de la part des autorités car certains estiment que ce n’est que lorsqu’ils ont reçu les résultats de leurs enfants qu’ils ont su les critères d’attribution des collèges. D’autres estiment n’avoir jamais entendu parler de tel ou tel critère.

Comment s’annonce la rentrée 2018 ?
Il faut attendre le 19 décembre pour savoir ce qu’il en est car il y a plusieurs demandes de transfert des collèges dans les différents établissements du pays. Ce n’est qu’après cet exercice que nous auront une idée précise de la direction à prendre. Mais dans les collèges privés, le travail a déjà commencé. Pour 2018, la matière Food Studies sera introduite pour les garçons  alors que ‘Design and Technology’ sera accessible aux filles. Mais on ne sait pas encore comment les classes vont être réparties et comment les enseignants de ces deux matières travailleront. Je lance de ce fait un appel aux autorités concernées pour que toutes les parties prenantes puissent s’assoir autour d’une table pour des discussions y relatives.

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