samedi , 23 septembre 2017
Accueil / Interview / Bashir Khodabux : « Le MMM a perdu une bonne part de son âme »
bashir-khodabux

Bashir Khodabux : « Le MMM a perdu une bonne part de son âme »

Bashir Khodabux, ancien membre et ministre du MMM, porte un regard sévère sur son ancien parti qui fête ses 47 ans d’existence. Il n’est pas en faveur de l’accession de Pravind Jugnauth au poste du Premier ministre sans passer par les urnes et affirme que le PTr est en marche vers le pouvoir.

  • Le MMM continue d’être décimé. Après Ivan Collendavelloo, Alan Ganoo, Vishnu Lutchmeenaraidoo et d’autres, c’est maintenant au tour de Zouberr Joomaye de claquer la porte. Est-ce à rire ou à pleurer pour un ancien dirigeant du MMM ?

– Ni l’un, ni l’autre parce que le MMM fait quand même partie de l’histoire politique de Maurice. En tant que parti, il a beaucoup contribué à la lutte menée contre l’injustice, le communalisme, la discrimination et tout acte qui n’est pas considéré comme acceptable en politique ou dans la vie publique. Ceci dit, le MMM d’aujourd’hui a quand même perdu une bonne part de son âme. Très peu de militants qui ont participé à cette longue lutte se retrouvent dans le parti. J’ajouterai aussi que les défections qui ont eu lieu à partir de 2014, ne peuvent pas être comparées aux autres séparations ou conflits qu’il y a eu dans le passé, à l’exception de certains cas qu’on pourra facilement identifier.

  • Quelle est la source de ces conflits ?

– La plupart des conflits ou séparations entre des groupes de militants avaient pour origine des divergences d’opinion sur le plan des idées ou des stratégies ou d’options politiques et ce genre de séparations ou conflits est considérés comme étant partie intégrante d’un grand parti politique. Par contre, ce qui s’est passé autour des élections de 2014 et après sont loin d’être des séparations d’ordre idéologique ou même éthique. Je ne dirai pas de nom mais au moins un de ceux qui se sont distancés du parti à la veille des élections n’a jamais été considéré comme un militant de la première heure ou un grand combattant qui a fait de gros sacrifices. Pour conclure, le MMM aujourd’hui passe par une crise d’identité. Pour ce qui est des stratégies et des options, on entend parler de changement trop souvent et ce manque de consistance a certainement des conséquences.

  • Après une succession de déconvenues électorales, Paul Bérenger persiste et signe en se présentant comme candidat au poste de Premier ministre. Pourquoi cet entêtement selon vous ?

– Il croit personnellement qu’il mérite ce poste. Il en a certainement l’ambition et il a parfaitement le droit d’y aspirer. Cependant, qu’on le veuille ou non, les réalités mauriciennes sont telles que Paul Bérenger est difficile à se rendre acceptable à la grande majorité de la population en tant que Premier ministre. Je dois souligner et je le fais avec beaucoup d’emphase et de franchise et que ce n’est pas en raison de son appartenance ethnique comme certains le croient. C’est le personnage lui-même qui pose problème, non pas parce qu’il est incompétent, loin de là, mais un Premier ministre devrait pouvoir rassurer le plus grand nombre de par certains traits qui font malheureusement défaut à Paul Bérenger.

  • Est-ce que le MMM pourra devenir le plus grand parti comme c’était le cas dans le passé ?

– D’abord, je dirai que c’est quasi-impossible dans la conjoncture actuelle mais si quelqu’un voulait entreprendre cet exercice, on aura à recréer le MMM des années 70 et 80 avec tous ces militants activistes de base, syndicalistes et dirigeants qui étaient proches des masses et qui avaient un véritable sens de sacrifice, disons ces nombreux militants anonymes qui se sont sacrifiés pour leur parti. En l’absence de personnes de ce calibre, on ne pourra jamais recréer le MMM des grands jours.

  • Craignez-vous que le PMSD qui ratisse large sur le terrain fasse l’ombre au MMM ?

– Sur le plan politique, il faut le reconnaître que le MMM et le PMSD ont été perçus par une section de la population mauricienne comme étant leur plus apte porte-parole et défenseur. Ce qui fait que quand le MMM était en ascension, le PMSD était en régression. Cela a maintenant changé. Cependant, la perception de cet électoral va changer. Il bouge vers celui ou ceux qui sont plus aptes dans la conjoncture à satisfaire leur attente. Donc, l’avenir nous dira si le changement a été drastique ou peu significatif.

  • Contre vents et marées, Navin Ramgoolam tente de redorer son blason dans le public. Est-ce que l’enthousiasme à Triolet dimanche dernier en est un signe précurseur ?

– Je suis avec le PTr depuis l’an 2000. J’ai été aux côtés de Navin Ramgoolam jusqu’à ce jour et pour les années à venir jusqu’à preuve du contraire. J’ai vu Navin Ramgoolam dans les deux situations, celle de la liesse de la victoire et aussi celle du deuil de la débâcle électorale. Chaque fois qu’on s’est rencontré pour analyser les raisons des défaites, que ce soit en 2000 ou en 2014, j’ai constaté que Navin Ramgoolam est très honnête envers lui-même, en admettant les erreurs commises et en même temps en s’engageant à ne pas commettre les mêmes erreurs . La première chose que nous avons constaté c’est que l’arrangement au sein de l’alliance MMM-PTr en décembre 2014, n’était pas accepté par la grande majorité de la population. Navin Ramgoolam comme Président et Paul Bérenger comme Premier ministre pour cinq ans était loin d’être la formule idéale que cherche la majorité de la population mauricienne. Par contre, si l’alliance PTr- MMM avait présenté Navin Ramgoolam comme Premier ministre et Paul Bérenger comme Premier ministre adjoint, je suis confiant que l’alliance mauve-rouge aurait remporté les élections. Ceci nous mène au constat suivant : que Navin Ramgoolam n’était pas le seul responsable de la défaite. Mais au moins lui, il a à maintes reprises, assumé sa part de responsabilité. Et à partir de là, en tant que leader, il se fait le devoir de regagner la confiance de la population en s’adressant à elle plus régulièrement et en s’engageant à reconstruire la force de son parti. De Kewal Nagar en 2015 à Triolet en 2016, le parcours a été parsemé de beaucoup de difficultés mais il a quand même prouvé que le PTr a retrouvé la force pour lequelle il était reconnu. Je suis convaincu que Navin Ramgoolam et le PTr sont en marche vers un retour vers le pouvoir.

  • Navin Ramgoolam souhaite un maximum de dix ans au poste de Premier ministre. Cette déclaration n’est-elle en contradiction avec son entêtement pour se présenter à nouveau comme candidat au poste du Premier ministre ?

– C’est tout à son crédit de déclarer qu’il est pour la limitation de mandat. Quelqu’un d’autre aurait souhaité être Premier ministre éternellement. Cependant, je n’ai jamais discuté de cette question avec Navin Ramgoolam. Mais, personnellement je ne suis pas grand partisan de la limitation de mandat pour des raisons évidentes. Ce n’est pas avec une limitation de mandat qu’on aura un bon Président ou un excellent Premier ministre !

  • Comment accueillez-vous la succession de Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre ?

– Je ne suis pas d’accord, non pas parce que Pravind Jugnauth n’a pas le droit de devenir Premier ministre ou aspirer à devenir Premier ministre. Comme je l’ai dit dans le cas de Paul Bérenger, il a le droit. Cependant, au nom de la moralité et de l’éthique, et pour sa dignité personnelle, la meilleure façon de devenir Premier ministre serait de passer par les élections générales. Il serait alors présenté comme candidat au poste du Premier ministre et leader de son parti ou d’une alliance et s’il remporte la majorité, il serait non seulement légalement acceptable mais aussi moralement. Par contre, quand le père, sir Anerood Jugnauth, décide par lui-même de se retirer et de mettre son fils à sa place, ça passe terriblement mal.

  • Mais c’est tout à fait légal…

– La question de la légalité, de la constitutionalité est secondaire. Légalement, il peut devenir Premier ministre par le fait que la Constitution prévoit que le Président, au cas où le poste du Premier ministre est “vacant, shall appoint the member who in the eyes of the president commands the majority”. Pour conclure, je dirai que Pravind Jugnauth est une personne correcte mais il n’est pas prêt pour ce poste.

Commentaires

A propos de Nasreen Mungroo-Keramuth

Ceci peut vous intéresser

Dr Bhavish Jugurnath

Dr Bhavish Jugurnath, économiste : «La diversification du commerce aiderait à stabiliser la roupie»

MaLa roupie mauricienne est particulièrement vulnérable sur le marché international. Mais selon le Dr Bhavish …