mercredi , 22 mai 2019
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Barlen Vyapoory

Barlen Vyapoory, Président par intérim : «On ne peut pas dénigrer sous couvert de la liberté d’expression»

Le Président par intérim, Barlen Vyapoory, reste de marbre  face aux critiques qu’on lui reproche soit d’avoir donné son assentiment à un texte de loi qui limite le champ d’action des internautes. Il est convaincu d’avoir cautionné la bonne décision.

Les amendements à l’article 46 de l’ICT Act sous la Judicial and Legal Provisions Act  régissant les réseaux sociaux font l’objet de critiques.  Vous n’ êtes pas épargné non plus. Avez-vous apposé votre signature avec conviction?
J’’ai donné mon assentiment avec beaucoup de conviction. Nous avons un gouvernement dûment élu par le peuple et nos gouvernants ont trouvé que c’est nécessaire dans les circonstances actuelles de mettre de l’ordre dans le pays. Nous vivons dans un pays de droit où il y a la liberté d’expression. Cependant, il y a des limites à ne pas dépasser. On ne peut pas blesser, on ne peut pas humilier et dénigrer sous couvert de la liberté d’expression. On a le droit de s’exprimer certes, mais on n’a pas le droit de blesser ni d’humilier qui que ce soit. Il faut dire que du moment où l’intégrité d’une personne a été mise en doute, mille excuses et des millions de roupies ne suffiront pas pour rétablir l’honneur de cette personne. Il n’y a pas de prix pour cela. Alors il faut faire très très  attention.

Les internautes doivent savoir où commence et où s’arrête leur liberté d’expression. Nous vivons  dans un pays libre et nous respectons la liberté d’expression des gens»

Vous croyez ainsi qu’il faut limiter le champ d’action des internautes?
Vous savez comme moi que sur Facebook c’est la jungle. Il n’y a pas de loi qui peut gérer l’utilisation du Facebook. Je trouve que toutes ces dérives sont comme une trahison.  Certaines personnes se permettent de ternir l’image d’autrui et de dire n’importe quoi. Elles n’en ont pas le droit car il y a des lois qui ont été votées. Vous avez votre liberté de vous exprimer mais si vous blessez quelqu’un, celui-ci a aussi des droits. Et moi je suis le gardien de la Constitution. Au gouvernement on a eu des discussions. Après analyse, on a trouvé qu’il était nécessaire de venir de l’avant avec cette loi. Puisque le gouvernement dispose d’une majorité à l’assemblée, le projet de loi a été voté. Il n’est nullement question de limiter le champ d’action des internautes mais de mettre un frein aux atteintes à l’honneur et à la réputation des gens.

Vous n’êtes pas d’accord avec ceux qui pensent que le gouvernement passe directement à la surrèglementation, compte tenu de certaines dispositions de la loi comme causer de l’inconvenance, de l’anxiété?
Quand ma prédécesseure avait présenté le programme du gouvernement, elle avait utilisé les mots « My Government». Le président a le devoir de donner tout son support pour permettre au gouvernement de faire son travail. Maintenant cela ne veut pas dire que le président est automatiquement un «rubber stamp». Pas du tout et ce n’est pas le cas en ce qui me concerne. J’ai étudié, j’ai analysé et j’ai vu que c’était nécessaire de mettre de l’ordre. La question de surrèglementation ne se pose pas. Personne ne doit sentir qu’on est en train de limiter sa liberté d’expression. Quand on parle de condamnation de 10 ans, ce n’est pas tout le temps que cela va être la peine maximale. Il ne faut pas se presser. Attendons l’application de cette loi.

Nous vivons  dans un pays libre et nous respectons la liberté d’expression des gens»

Ne cherche-t-on pas à museler les internautes?
Mais non, pas du tout. Il y a une limite à toute chose et les internautes doivent savoir où commence et où s’arrête leur liberté d’expression. Nous vivons  dans un pays libre et nous respectons la liberté d’expression des gens. Mais la liberté d’expression ne donne pas le droit de blesser, de salir, de calomnier et  d’humilier.

Quel regard portez-vous sur la jeunesse?
Les jeunes doivent contribuer à participer au développement de notre société. Ils doivent se développer pour devenir des personnes responsables et intègres qui pensent aux autres. Mais j’ai constaté aussi qu’il y’a des jeunes qui par ignorance ont des comportements autodestructeurs. Ils gaspillent leur jeunesse à travers des activités malsaines, surtout en s’adonnant à la consommation de la drogue et de l’alcool. À part le fléau de la drogue, il y a le fléau de l’utilisation de l’internet sans réfléchir. Les jeunes qui utilisent l’internet sans penser aux conséquences  blessent les autres. Il faut mettre un frein à cela.

Passons au volet social de notre entretien. Est-ce que le taux de criminalité et de violence est alarmant?
Un crime, c’est un crime de trop. Ce qu’on  a vu tout récemment dépasse notre imagination. Trancher la gorge d’un petit innocent  est un crime abominable. Et il y a un autre cas à Quatre Bornes il y  a une semaine où un sexagénaire a été égorgé. Cela devient inquiétant.On n’a pas encore établi si ces crimes ont été commis sous l’influence de l’alcool ou de la drogue. Si c’est le cas cela nous donne à réfléchir.

Mais moi je ne suis pas en faveur de l’application de la peine de mort. Je suis un partisan de la réhabilitation»

Ne pensez-vous pas que la peine de mort est justifiée dans des cas de crimes ignobles?
R: Il y en a qui pensent que c’est nécessaire. Mais moi je ne suis pas en faveur de l’application de la peine de mort. Je suis un partisan de la réhabilitation.

À quoi attribuez-vous cette situation?
Je suis d’avis que peut-être le pays a progressé trop vite économiquement. Les gens pensent que pour vivre heureux il leur faut plus de confort matériel. Il y a cette course effrénée vers l’enrichissement personnel et on n’est jamais rassasié. Les gens veulent toujours plus et toujours plus vite.

Comment peut-on infléchir cette situation?
Il n’y a pas de doute que c’est à travers l’éducation qu’on peut amener les gens à réfléchir. Il faut se focaliser davantage sur les valeurs morales et la sensibilisation tous azimuts.

Y-a-t-il lieu de faire un recensement ethnique comme le réclame le leader de l’opposition ?
R: Je laisse le soin aux politiciens d’en débattre.

Comment incarnez-vous le rôle de président par intérim ?
Avec beaucoup de sérénité, avec beaucoup d’humilité et de sérieux. Je fais de mon mieux pour faire respecter cette institution. Je n’apprécie pas les attaques contre la présidence et surtout les commentaires contre l’action du président. Il faut laisser le président faire son travail en toute sérénité. Je demande à la population et surtout aux journalistes d’avoir confiance en moi. Je suis un vrai patriote qui aime son pays. J’ai la conviction que ce que je suis en train de faire est bon pour le pays.

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