jeudi , 22 août 2019
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Averses et inondations

Averses et inondations : la goutte d’eau de trop

Dimanche dernier, des pluies diluviennes se sont abattues sur l’île. Port-Louis ainsi que  d’autres régions avoisinantes, en particulier Terre-Rouge, ont connu de graves accumulations d’eau. Les scènes de désolation dans de nombreuses maisons démontrent à quel point nous sommes à la merci du climat. Une situation presque identique à celle vécue par les Mauriciens en mars 2013.

Depuis le « flash flood » du fatidique 31 mars 2013 qui avait fait 11 victimes, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Mais la situation dans la capitale est semble-t-il restée la même. Le dimanche 17 février 2019, Port-Louis et ses environs ont à nouveau été sous les eaux. Des régions telles que Terre-Rouge, Le Hochet et Riche-Terre, entre autres, ont été très affectées par les accumulations d’eau. Des maisons ont été envahies par l’eau boueuse et de nombreuses familles ont presque tout perdu après seulement trois heures de pluie. Face à la presse à son bureau, le lundi 18 février, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a déclaré qu’il faut «établir les causes des inondations» surtout après l’investissement de plusieurs millions de roupies dans l’aménagement des drains.

Après une réunion d’urgence avec le National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC), le chef du gouvernement a annoncé une étude par des techniciens comprenant des ingénieurs, des hydrologues, des météorologues et des experts en topographie et construction urbaine. Pravind Jugnauth devait indiquer que le dernier budget a alloué un milliard de roupies à la National Development Unit (NDU) et le même montant aux collectivités locales pour la construction de drains et d’autres travaux d’infrastructure. « Certes, la capitale n’a pas été épargnée car l’eau des régions avoisinantes y afflue en raison de la topographie », a-t-il laissé entendre.

Par ailleurs, le Premier ministre a annoncé la préparation d’un Master Plan par les consultants de la Land Drainage Authority concernant la topographie et la construction de drains. Les officier du NDRRMC ont également procédé à une analyse pour essayer d’établir les raisons des accumulations d’eau à Port-Louis. Se disant satisfait des services météorologiques, Pravind Jugnauth a aussi fait comprendre que Maurice n’est plus que jamais à la merci du climat et des phénomènes engendrés par le changement climatique.

Fouad Uteene, ingénieur civil : «Il faut revoir les lois régissant l’octroi des permis de construction»

Fouad UteeneFouad Uteene, ingénieur civil qui compte plus de 35 ans d’expérience dans le domaine de la construction, tire la sonnette d’alarme sur les constructions de maisons et de bâtiments dans des endroits inappropriés. Selon lui, il « faut revoir les lois régissant l’octroi des permis de construction » car avec les averses qui deviennent de plus en plus fréquentes, la situation dans les endroits à risque pourrait s’aggraver. « Dimanche dernier, on a enregistré plus de 100 mm de pluie et nous avons vu que Port-Louis ainsi que d’autres régions ont été inondés comme c’était le cas en 2013. Le gouvernement a certes fait construire des drains mais il faut se demander pourquoi ceux-ci n’ont pas fonctionné correctement», déclare notre interlocuteur.

Selon l’ingénieur, à plusieurs endroits, des travaux d’entretien ont été effectués sur les drains mais ils n’ont pas été agrandis pour faciliter l’évacuation des eaux lors des grosses averses. « C’est un fait que Maurice fait face à des ‘flash floods’ plus fréquemment depuis quelques années. Il est donc impératif de faire comprendre aux gens qu’il faut revoir les méthodes de construction des maisons. Par exemple, à Terre-Rouge, des maisons sont construites à même le niveau des routes. C’est logique qu’elles vont être inondées s’il pleut abondamment. Je conseille donc aux gens d’envisager la construction d’une maison surélevée et de faire construire un, voire deux, puits d’absorption d’une profondeur d’environ 8 pieds et d’un largueur de 3 pieds et demi dans la cour. La construction d’un ‘cut-off drain’ connectée au puits d’absorption est également recommandée », avance-t-il.

Un plan directeur

Parlant de la situation catastrophique de dimanche dernier, Fouad Uteene estime que plusieurs facteurs peuvent expliquer les accumulations d’eau dans différents endroits de la capitale. « Plusieurs travaux de construction et d’autres projets sont en cours à Port-Louis surtout aux alentours de Caudan. C’est un facteur qui aurait pu influencer la capacité d’évacuation des drains dans cette zone. Sur l’autoroute à Pailles, la construction des parapets en béton pour séparer les deux voies opposées pourraient être une des causes des accumulations d’eau. Le problème est resté entier depuis la fois dernière car les drains n’ont pas servi à grand-chose cette fois encore. Il faut au plus vite trouver une solution à ce problème même s’il faut avoir recours à l’expertise étrangère », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Fouad Uteene estime que plusieurs zones d’évacuation naturelle des eaux ont servi pour la construction de bâtiments en béton.  « Si les drains ne fonctionnent pas et que les zones d’évacuation commencent à disparaître, nous devons nous attendre à faire face à des situations encore plus catastrophiques à l’avenir. Il nous faut développer un plan directeur avec la collaboration de plusieurs experts dans des domaines tels que la géologie, l’hydrologie, le climat et la morphologie entre autres. Aussi, l’institut des ingénieurs de Maurice compte plusieurs membres très compétents qui peuvent collaborer avec le gouvernement », fait comprendre Fouad Uteene. Il ajoute qu’à Terre-Rouge, le sol majoritairement composé d’argile mais qu’avec les fréquentes inondations, l’argile « devient imperméable comme du plastique ».

Construction de drains à Port-Louis

Le maire de Port-Louis, Daniel Laurent, a confirmé cette semaine que le ministère de l’Environnement a octroyé une enveloppe de plus de Rs 8 millions à la mairie pour la construction de drains dans différents endroits des quatre circonscriptions de la capitale. Il avance que certains de ces travaux ont déjà démarré notamment dans les faubourgs. Une attention est accordée aux régions telles que Vallée-des-Prêtres, Vallée-Pitot, Plaine-Verte et Pailles. Selon Daniel Laurent, ces travaux concernent les routes non classifiées car les principales artères tombent sous la tutelle de la Road Development Authority (RDA). Le lord-maire soutient que la municipalité a également déboursé plus de Rs 30 millions dans la construction de drains durant les deux dernières années. « Nous suivons la situation de près. Notre priorité est de nous assurer que les drains et les cours d’eau sont bien entretenus pour prévenir tout risque d’accumulation de déchets », assure-t-il.

Dr Zaheer Allam, urbaniste : «On ne peut pas blâmer l’urbanisation»

Dr Zaheer AllamLe Dr Zaheer Allam, urbaniste, juge inapproprié le fait que plusieurs personnes ont évoqué l’urbanisation comme étant la seule responsable des inondations et accumulations d’eau dans différentes régions du pays. « On ne peut pas toujours blâmer l’urbanisation. C’est un phénomène global et d’ici 2050, environ 70% de la population mondiale vivra dans des villes. À Maurice, nous avons vu que l’espace urbain s’agrandit avec 40% des Mauriciens vivant sur 8% des terres », souligne-t-il. Le Dr Allam soutient que l’homme a toujours été attiré par la ville urbaine car « il y fait bon vivre ». « Singapour et la Malaisie ont connu une importante urbanisation mais ces deux pays ne connaissent pas de problèmes d’accumulation d’eau. Je pense qu’à Maurice, il y a une mauvaise planification couplée aux phénomènes de changements climatiques », avance l’urbaniste. Selon lui, il faut revoir les normes et les directives pour les constructions dans la capitale. « Il ne faut pas oublier que Port-Louis ainsi que d’autres régions du pays comptent des infrastructures publiques saturées », dit-il.


Météo : pluies et accumulations d’eau attendues

Des averses modérées, devenant par moments fortes et accompagnées d’orages. C’est ce que prévoit la station météo de Vacoas pour ce dimanche après-midi.  Des averses qui provoqueront, bien que temporaires, encore des accumulations d’eau dans certains endroits. En cause, des développements nuageux à l’Ouest, au Sud-Ouest et sur le Plateau Central avec des averses localisées. Le temps sera cependant ensoleillé sur les autres parties de l’île. La température maximale sera entre 28 et 30 degrés Celsius sur les hauts et entre 32 et 35 degrés Celsius ailleurs. Un vent léger et variable soufflera de l’Est-Nord-est de 15 km/h. La mer sera agitée au-delà des récifs avec des houles du Sud-ouest. Dans un communiqué spécial émis vendredi, la station météorologique de Vacoas indique que notre région se trouve sous l’influence d’un courant d’air chaud et humide en provenance du Nord et les conditions atmosphériques vont demeurer instables sur notre région, ce qui est propice pour des développements nuageux actifs sur l’Ile. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué les averses nuageuses ce vendredi 22 février principalement dans le sud et le Plateau central. Selon la météo, la situation devrait rester inchangée en début de semaine et n’écarte pas la possibilité d’émettre un avis de fortes pluies lundi et mardi. Ce n’est que dans l’après-midi du mercredi 27 février qu’une amélioration du temps est attendue.

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