vendredi , 15 novembre 2019
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Adil Baubooa (à dr.) et Ishtihaq Caunhye
Adil Baubooa (à dr.) et Ishtihaq Caunhye ont porté plainte contre Anil Gayan

En associant Crime d’honneur aux musulmans : faux pas d’Anil Gayan

Anil Gayan a été rattrapé par un discours tenu en 2016 dans lequel, il associe le crime d’honneur à la communauté musulmane. Le clip du discours fait, depuis cette semaine, le buzz sur la Toile.

« Nous ne devons pas accepter ce type de barbarie », a-t-il dit dans ce discours pour expliquer que dans la communauté musulmane, on pratique le crime d’honneur.

« Lorsqu’une fille va épouser un garçon sans le consentement de, ses parents, ceux-ci vont la tuer. Dans certains pays, comme le Pakistan et d’autres, cela est accepté comme un fait normal», expliquait-il.

Des chefs religieux montent au créneau

Depuis la publication en ligne de la vidéo-montage dans laquelle Anil Gayan fait allusion au « honor killing » au sein de la communauté musulmane, des chefs religieux sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils qualifient « d’incitation à la haine raciale ».

L’imam et éducateur, Adil Baubooa, ainsi que deux autres personnes se sont rendus aux Casernes centrales, le vendredi 24 mai, pour porter plainte contre Anil Gayan. « Les propos tenus par le ministre Gayan ont blessé la communauté musulmane. Il a attribué des faussetés à l’islam », a déclaré Adil Baubooa. Également présent aux Casernes centrales, Ishtihaq Caunhye a dit connaître l’identité de la personne qui a publié la vidéo en ligne.

Par ailleurs, le Sunniy ‘Ulamâ & Aïmmah Council, par la voix de son président le Maulana Shamim Khodadin, condamne les propos d’Anil Gayan. « Bien que cette vidéo date de 2016, nous ne pouvons rester insensibles à son contenu. La gravité est la même quelle que soit la date de publication de la vidéo en ligne. Bien qu’Anil Gayan ait présenté ses excuses, on maintient que le Premier ministre doit prendre des sanctions contre lui. Pravind Jugnauth doit lui demander de ‘step down’ tout comme il l’avait fait pour Showkutally Soodhun qui avait lui aussi tenu des propos communautaristes. C’est le moment idéal pour le PM de faire montre de fermeté», avance Maulana Khodadin. Il déplore le silence des députés du gouvernement depuis que l’affaire a éclaté cette semaine.

Selon le chef religieux, la communauté musulmane a tout le temps su garder son calme dans de telles situations. Néanmoins, il avance que le ministre Gayan a commis une grave erreur en disant que l’islam autorise le crime d’honneur.

« Anil Gayan aurait dû faire ses recherches avant de tenir de tels propos. L’islam est contre la pratique du ‘honor killing’ et condamne aussi toute personne qui s’adonne à cette pratique », rappelle-t-il.

De son côté, Riad Hullemuth, éducateur islamique, se dit révolté par les propos du ministre du Tourisme. « Ces propos sont insultants et dénigrants. Cela pourrait nuire à l’harmonie du pays.

Comment est-ce qu’un ministre peut tenir de tels propos?» demande-t-il. Selon lui, le Premier ministre doit le révoquer. « Quel exemple donne t-il à la nation mauricienne ? Ne sommes-nous pas un peuple arc-en-ciel? D’ailleurs, Maurice est réputé pour être un pays de tolérance. Quel message est-il en train d’envoyer?» poursuit-il.


Des députés réclament sa démission

Shakeel Mohamed, Reza Uteem, Aadil Ameer Meea et Osman Mohamed s’insurgent contre Anil Gayan, allant jusqu’à demander sa démission.

Le chef de file du PTr au Parlement, Shakeel Mohamed, trouve inélégant que le ministre du Tourisme critique le Pakistan qui, selon lui, pratique le crime d’honneur. « Anil Gayan ne fait pas honneur à la République. Ce n’est pas seulement la communauté musulmane qui se sent blessée mais tous les Mauriciens qui adore le quadricolore », dit-il. Le député de la circonscription No 3 trouve injuste qu’il a été expulsé du Parlement lorsqu’il voulait dévoiler la vérité. « Kan mo coze la vérité mo expulsé tandis qui Gayan insulté enn communauté li encore pe occupe le poste de ministre», dit-il.

Le député du MMM, Reza Uteem, trouve indigne qu’un ministre puisse tenir des propos blessants et insultants à l’égard d’une communauté. « Il n’y a pas de ‘honor killing’ en Islam. J’ai honte pour Ivan Collendaveloo qui jadis au MMM n’aurait jamais toléré cette ignominie. Si Pravind Jugnauth avait poussé Showkutally Soodhun à démissionner, il doit faire de même pour Anil Gayan. Il ne peut pas avoir deux approches différentes », considère-t-il.

Aadil Ameer Meea, députe du MMM, condamne « les propos incendiaire d’Anil Gayan qui aurait agi comme un pyromane dans une société multiraciale où le tissu social est fragile. » Le Premier ministre, Pravind Jugnauth,  poursuit-il, n’a d’autre choix que de demander à Anil Gayan de démissionner. « Si Anil Gayan lui tient tête, Pravind Jugnauth doit avoir le courage de lui révoquer. Comme dans le cas de Showkutally Soodhun, il doit envoyer un signal très fort à tous les pyromanes de ne pas tenter de mettre en péril notre pays», souligne-t-il.

Le député travailliste, Osman Mohamed, considère que c’est un « test de leadership » pour le Premier ministre, Pravind Jugnauth. « Il est important de savoir comment le Premier ministre va réagir contre ces propos dénigrants contre une communauté », dit-il.


Anil Gayan : «Ce n’était pas mon intention de blesser qui que ce soit»

Anil GayanLe ministre Anil Gayan a réagi après la publication en ligne de la vidéo. « J’ai appris qu’il y a une vidéo-montage qui circule sur les réseaux sociaux et dans laquelle on m’attribue des propos relatifs au crime d’honneur. Je dois faire ressortir que selon mes renseignements cette vidéo date de 2016 et les propos sur le ‘honor killing’ étaient tenus dans un cadre spécifique lors d’un débat axé sur le sexe, la religion et le rôle de la femme. Ce n’était pas mon intention de blesser qui que ce soit et en particulier, la communauté musulmane. Si tel est le cas, alors c’est regrettable. Je n’ai aucun problème avec aucune religion et d’ailleurs nous vivons dans un pays multiracial et je demande aux Mauriciens de toujours continuer à vivre en paix », a-t-il déclaré.

Aussi, Anil Gayan s’interroge sur le « timing » de la publication de la vidéo-montage. « Je trouve surprenant que cette vidéo-montage ait fait son apparition en ligne en 2019 alors que les propos avaient été tenus en 2016. La coïncidence veut que la vidéo est apparue le jour (Ndlr : mercredi 22 mai 2019) où Maurice a célébré sa grande victoire aux Nations Unies en ce qui concerne les Chagos. Selon moi, c’est un acte délibéré de la part de certains politiciens pour semer la zizanie dans le pays », a-t-il fait ressortir.


Al-Aqsa : «Ne liez pas les musulmans de Maurice à ceux du Pakistan»

Les dirigeants de la mosquée Al-Aqsa, à Plaine-Verte, dans un communiqué envoyé à STAR, disent condamner sans réserve l’association indigne, malhonnête et ignorante de l’islam au crime d’honneur. Ils pensent que la stigmatisation d’une religion et d’un pays en particulier face à un acte exécrable dit « honor killing » est une maladresse impardonnable pour un ministre dans une société plurielle comme la nôtre.

« Quoique nous partageons la même foi, en mentionnant ‘la communauté musulmane’ pour dénoncer ce crime, nous ne pouvons en aucun cas lier les musulmans de Maurice à ceux du Pakistan. La communauté musulmane à Maurice a ses spécificités propres à elle, tout comme les autres communautés musulmanes à travers le monde », disent-ils.

Par ailleurs, poursuivent les dirigeants d’Al-Aqsa, il est bien de rappeler au ministre du Tourisme qu’en Indonésie, le pays considéré comme ayant la plus grande population musulmane au monde, les crimes d’honneur n’existent pas, tout comme dans certaines régions de l’Afrique de l’Ouest, dont la majorité de la population est musulmane, et dans bien d’autres pays musulmans comme le Bangladesh.

Selon les écrits de la grande majorité des savants musulmans, il n’y aurait aucune mention de crimes d’honneur dans le Coran ou les Hadiths et les autorités religieuses internationales désapprouvent et condamnent les châtiments extrajudiciaires tels que les crimes d’honneur. En effet, les lois de la religion prévoient des peines sévères pour punir les relations sexuelles extraconjugales, mais en aucun cas elles ne permettent les crimes d’honneur.

En conclusion, comme toutes les autres religions, l’Islam interdit formellement le meurtre sans justification légale. Allah dit dans le verset 93 de la sourate An-Nisâ’: « Quiconque tue intentionnellement un croyant, Sa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. Allah l’a frappé de Son châtiment, l’a maudit et lui a préparé une énorme punition ». Ce que l’on appelle « honor killing » découle de l’ignorance et fait fi de la morale et des lois islamiques, lesquelles ne peuvent être abolies, sauf par un travail de propagation de la bonne croyance à travers une éducation transmise par des gens digne de confiance.


Salim Muthy réclame une National Religious Complaint Authority

La date à laquelle la vidéo avait été faite de même que le contexte dans lequel cette déclaration avait été faite n’excusent en rien les propos du ministre Anil Gayan. Tel est l’avis du travailleur social, Salim Muthy. Il demande une rencontre « cordiale » avec le Premier ministre pour, dit-il, lui faire prendre conscience du danger de tels propos. « Nou ki lor terrain ! » fait-il ressortir. Au cas contraire, Salim Muthy indique qu’une descente au Bureau du Premier ministre n’est pas écartée. « Mais nous pas pe mett couto emba lagorz, nous bann dimoune de dialogue », souligne-t-il. Le travailleur social réclame aussi la mise sur pied d’une National Religious Complaint Authority qui, dit-il, pourra enquêter sur des complaintes ayant trait à la religion pour soumettre ensuite leur recommandations au Commissaire de Police ou au Directeur des Poursuites Publiques (DPP) pour d’éventuelles actions. Enfin, Salim Muthy demande qu’aucun amalgame ne soit fait entre la politique et la religion.


Anwar Husnoo : «Anil Gayan bizin conner ki ditort li fine fer à la communauté musulmane»

anwar husnooLe ministre de la Santé et de la Qualité de la vie, Anwar Husnoo, a réagi aux propos du ministre du Tourisme, Anil Gayan, tenus dans une vidéo diffusée en ligne cette semaine.

« Aussitôt que je suis rentré au pays, jeudi, j’ai pris connaissance des propos blessants d’Anil Gayan à l’encontre de la communauté musulmane dans une vidéo en circulation sur les réseaux sociaux »,  a-t-il déclaré à STAR.

Selon Anwar Husnoo, son collègue aurait dû savoir faire la distinction entre la culture et la religion. « Anil Gayan a affirmé que le crime d’honneur existe dans la communauté musulmane. Il ne faut pas faire des déclarations intempestives pour blesser une communauté. Nous sommes dans un pays multiethnique et nous devons savoir respecter toutes les religions. Notre tissu social est notre force mais il peut aussi être très fragile. Il faut bien peser ses mots avant de dire n’importe quoi et ne pas faire l’amalgame entre la culture et la
religion », ajoute le ministre de la Santé.

Pour Anwar Husnoo, « Anil Gayan fine blesse ène communauté ». « Anil Gayan bizin conner ki ditort li fine fer à la communauté musulmane», dit-il.

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