mardi , 18 juin 2019
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Arshad Saroar

Arshad Saroar, président de la PAM : «L’automédication peut être une source importante de dangers»

Le nouveau président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), Arshad Muhamod Saroar, estime qu’il faut rendre ses lettres de noblesse à la profession de pharmacien. Dans l’entretien qui suit, il dit vouloir œuvrer à la revalorisation de la profession, souhaite l’introduction des honoraires aux pharmaciens pour les conseils prodigués aux clients et surtout la mise en place d’une législation pour protéger les nouveaux pharmaciens contre l’exploitation de certains propriétaires de pharmacies.

En tant que nouveau président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), quelles sont vos priorités ?
Une de mes priorités demeure la revalorisation de cette noble profession à Maurice en lui redonnant son statut social et ses lettres de noblesse. Je mise aussi sur la conscientisation du public eu égard au mode d’opération d’un établissement pharmaceutique. Les consommateurs doivent être plus avertis, ce qui va créer une clientèle fidélisée.

Comment voyez-vous l’évolution des pharmacies à Maurice ?
L’officine doit changer. Car son équilibre économique ne pourra plus reposer seulement sur la marge de profits réalisée sur la vente de produits pharmaceutiques standardisés. Pour y parvenir, elle doit pouvoir compter sur ses nombreux atouts comme sa proximité avec la clientèle, sa relation de confiance, son expertise exclusive et sa capacité de conseil notamment. La pharmacie a pour vocation d’être l’un des pivots essentiels de la médecine dite des 4P (prédictive, préventive, personnalisée et participative). La profession de pharmacien fait toujours face à d’importants défis. Le champ d’activités des pharmaciens s’est élargi. Ceux-ci ont un rôle étendu ayant trait à la promotion de la santé, à la prévention et au traitement des maladies. Pourquoi ne pas considérer l’introduction des honoraires aux pharmaciens pour les conseils prodigués aux patients ?

«En ce qu’il s’agit de la vente des psychotropes, pratiquement tous les pharmaciens respectent la loi.»

Des voix se sont élevées contre le non-respect des conditions de travail de plusieurs pharmaciens mettant en avant un nombre conséquent d’heures de travail. Que fait la PAM pour y remédier?
Il faut mettre en place une législation pour la protection des nouveaux pharmaciens contre l’exploitation de certains propriétaires de pharmacies. Cette pratique est reconnue comme une entorse et une infraction grave de la déontologie voire, l’éthique de la profession. Tout dérapage doit être communiqué au Conseil de l’ordre des pharmaciens (Pharmacy Council) ou au Pharmacy Board du ministère de la Santé.

Certaines pharmacies sont gérées pour la plupart du temps par des aide-pharmaciens au lieu des pharmaciens. Est-ce un délit ?
L’article 18 de la Pharmacy Act fait clairement ressortir qu’aucune personne ne peut gérer une pharmacie à moins qu’elle ait une licence y relative et qu’il y ait un pharmacien en charge de la pharmacie. L’article 18 (9) fait allusion au fait qu’aucune personne dans une pharmacie, autre que le pharmacien, ne peut prescrire des médicaments. Elle peut cependant le faire en présence d’un pharmacien ou d’un assistant-pharmacien.

Il existe aujourd’hui un grand nombre de pharmacies à Maurice. La demande est-elle aussi importante ?
C’est pour cette raison que le ministère de la Santé a récemment introduit de nouveaux paramètres pour l’ouverture d’une pharmacie à Maurice. Selon un récent communiqué, le ministère de la Santé a annoncé une pharmacie pour 2000 habitants et qu’il faut une distance d’au moins 200 m entre deux pharmacies.

«Tout dérapage doit être communiqué au Pharmacy Council…»

Pensez-vous qu’il faut revoir les critères pour l’octroi des permis ?
Au niveau de la PAM, nous pensons que les permis doivent être octroyés aux pharmaciens uniquement. Nous pensons aussi que l’autorisation pour implanter une pharmacie dans une région doit dépendre du nombre d’habitants. L’ouverture d’une pharmacie doit être autorisée dans les régions comptant plus de 2 500 habitants. Par ailleurs, nous pensons qu’un pharmacien qui exerce doit obligatoirement être le propriétaire de la pharmacie ou au moins être en partenariat avec le propriétaire de l’emplacement.

Le trafic de psychotropes dans les pharmacies a été décrié à plusieurs niveaux. Comment la PAM gère-t-elle ce problème ?
Il y a des brebis galeuses dans toutes les professions. En ce qu’il s’agit de la vente des psychotropes, pratiquement tous les pharmaciens respectent la loi. Une enquête menée par la PAM démontre que très peu de pharmacies à travers l’île font fi des règlements. La PAM a déjà approché les pharmaciens soupçonnés d’inconduite professionnelle dans le passé. Ces derniers n’ont pas voulu entendre raison. Au niveau de la PAM, nous ne pouvons pas assumer de telles responsabilités.

Est-il vrai que certains pharmaciens doivent se livrer à la vente de psychotropes afin d’assurer la survie de leurs pharmacies ?
Non. Je n’y crois pas.

«Il faut une législation pour protéger des nouveaux pharmaciens»

Outre les psychotropes, certains médicaments sont prescrits sans ordonnance. Cela ne constitue-t-il pas un danger pour la santé des clients ?
Bien sûr ! Cela constitue un danger pour la santé du patient surtout lorsqu’il s’agit d’antibiotiques ou d’anti-inflammatoires.

Quel est votre avis sur l’automédication qui est une pratique courante à Maurice ?
Certes, l’automédication est banalisée à Maurice. Tous les maux ne nécessitent pas une consultation médicale. On veut gagner du temps et économiser de l’argent en se soignant. C’est le principe même de l’automédication. Utilisée de façon judicieuse, l’automédication permet de soulager des symptômes simples. Malheureusement, lorsqu’elle n’est pas faite de manière responsable, l’automédication peut être une source importante de dangers. Par exemple, en cas d’achat sur Internet ou en cas de réutilisation d’un médicament (antibiotiques ou anti-inflammatoires) prescrit préalablement sans l’autorisation d’un médecin.

Selon vous, quel devrait être le rôle du pharmacien sachant qu’à l’étranger, les pharmaciens prodiguent des conseils (counselling) à leurs clients ?
Un pharmacien diplômé et chevronné doit consacrer une bonne partie de son temps au service de la clientèle ou du patient en permanence. En même temps, il doit être à leur écoute, eu égard à leurs problèmes et leur prodiguer des conseils.

Un mot sur les génériques… Sont-elles un substitut adéquat aux médicaments ?
Un médicament générique — ou générique — est un médicament identique ou équivalent à celui d’une marque, mais produit et vendu sous sa dénomination commune internationale ou sous un nouveau nom. La substance active en est soit identique, soit équivalente à celle du produit de marque. La posologie, les indications et contre-indications, les effets secondaires et les garanties d’innocuité en sont les mêmes. En revanche, un médicament générique est vendu à un prix moindre.

Comment voyez-vous l’avenir des pharmacies à Maurice ?
En tant que pharmacien, je pense que l’avenir des pharmacies à Maurice est prometteur. Mais, il y a beaucoup de travail à faire pour la revalorisation de la profession. La PAM a pour but d’apporter son soutien à tous les acteurs pour un développement harmonieux de notre profession. La tâche ne va pas être facile. On doit avoir le soutien de tout un chacun essentiellement celui du ministère de la Santé, du ministère du Commerce, des Boards concernés et sans oublier, le soutien de tous nos collègues pharmaciens.

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