samedi , 24 août 2019
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Anwar Husnoo, Ministre de la Santé : «Je suis contre la dépénalisation du cannabis à n’importe quelle fin»

Excédé par le nombre élevé de victimes par overdose et les ravages des drogues synthétiques chez les jeunes, le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, se prononce résolument en faveur de la peine de mort contre les gros trafiquants de drogue.

Les drogues synthétiques ont pris une ampleur alarmante dans le pays et plus particulièrement chez les jeunes. Êtes-vous inquiet par cette situation?
Je suis non seulement inquiet mais aussi consterné par l’ampleur de la situation. La drogue synthétique a commencé à pointer le bout du nez chez nous, il y a deux ans. La situation a empiré d’année en année et l’ampleur que cela a prise fait frissonner. Je ne me voilerai pas la face et je dirai crûment que la situation est alarmante parce que des nouvelles drogues pénètrent le marché régulièrement. Ces drogues sont puissantes et dans certains cas, leur consommation est fatale. Savez-vous que le Fentanyl est une molécule utilisée dans les hôpitaux pour anesthésier les patients pour les opérations ? Maintenant les laboratoires clandestins ont développé une autre molécule qui est 5 000 fois plus puissante que l’héroïne et 10 000 fois plus puissante que la morphine. La police procède à des arrestations et des saisies chaque jour. Mais la drogue synthétique entre facilement sur le marché. Les laboratoires changent les molécules régulièrement et ainsi elles deviennent indétectables.

Croyez-vous qu’il existe des laboratoires clandestins à Maurice?
À ma connaissance non. Dans beaucoup de pays asiatiques des laboratoires existent et ils utilisent toutes sortes de produits pour mélanger avec des feuilles qu’ils mettent en vente. Quand cette drogue arrive à Maurice, des apprentis laborantins mélangent les produits avec du solvant comme Acetone, Thinner, Benzyne, Baygon et autres produits nocifs. Je ne crois pas qu’il existe vraiment de laboratoire de drogues de synthèse à Maurice. Vous savez, les jeunes se ruent vers la drogue synthétique parce que c’est moins cher que le cannabis et l’héroïne ou n’importe quelle autre drogue. Le gouvernement est conscient que la drogue tue notre jeunesse. C’est pour cette raison que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, lui-même a présidé la réunion de la semaine dernière. Ne croyez pas que le Premier ministre dort sur ses deux oreilles. Au contraire, il est très inquiet par la gravité du problème.

Que fait votre ministère face à cette situation?
Il y a moins d’une semaine, a eu lieu une réunion placée sous la présidence du Premier ministre pour discuter du «National Drug Control Master Plan» 2018-2022, préparé par un expert du United Nations Office of Drugs and Crime (UNODC), le Dr Reshad Abdool.

Le Master Plan fait mention de trois mesures importantes : d’abord la réduction de l’offre par le biais d’un contrôle à la douane et par la police, ensuite, la réduction de la demande de drogues à travers le traitement et la réhabilitation et enfin la réduction des dommages liés à la drogue à travers un traitement à la méthadone et un programme d’échanges de seringues.

Nous travaillons sur la mise en place d’un mécanisme et aussi la législation et l’évaluation. Au ministère, nous avons eu une session de travail avec des médecins et des officiers. Cette semaine, j’aurai une rencontre avec le Dr Reshad Abdool et ensuite je contacterai les responsables des centres de désintoxication qui connaissent mieux que quiconque les implications ainsi que les Ongs.

«Je suis en faveur de la peine de mort pour les trafiquants et les importateurs de drogue»

La distribution de la méthadone devant les postes de police est un véritable bazar. Un trafic de méthadone s’est développé sans aucun contrôle. En êtes-vous conscient?
Oui, il existe un problème à différents niveaux. J’ai eu une réunion avec le «Head of nursing», le chef pharmacien et les officiers de police pour voir comment améliorer la situation. Des mesures seront prises et nous avons un plan qui entrera en vigueur bientôt et qui viendra réguler la distribution de la méthadone.

Le trafic des psychotropes dans les pharmacies devient un fléau. Que compte faire votre ministère?
C’est vrai qu’il existait un trafic de psychotropes entre les pharmacies et les consommateurs de drogue. Il y avait même des médecins impliqués dans ce trafic. Au ministère de la Santé, 11 nouveaux pharmaciens sont venus renforcer l’équipe déjà en place pour les inspections des pharmacies. L’équipe des pharmaciens du ministère est autorisée à vérifier le livre de stock des pharmacies. À ce jour, 52 inspections ont été effectués et la licence d’environ 6 pharmacies a été enlevée. Le propriétaire de même que le pharmacien de ces pharmacies ont été suspendus et l’affaire a été référée à la police et le Pharmacy Board. Nous avons contacté le Pharmacy Council pour prendre des actions contre les pharmaciens véreux qui ne font pas honneur à leur profession. De même, le Medical Council va prendre des actions contre les médecins. Je ne suis pas d’accord que la drogue soit vendue dans les pharmacies et tue nos jeunes. Je prendrai des mesures et je serai sans pitié.

Êtes-vous pour la dépénalisation du cannabis?
Je suis contre la dépénalisation du cannabis à n’importe quelle fin. D’ailleurs, le rapport d’Afro Barometer d’Amédée Darga, publié cette semaine, montre que 66% des sondés sont contre la dépénalisation. I do not want to start something that we cannot stop. Imaginez-vous des étudiants avec un joint dans la cour de l’école ou votre fils qui invite ses amis pour partager un joint dans votre salon ? Jamais, jamais je n’accepterai la dépénalisation du cannabis. La drogue tue nos jeunes à petit feu. Je lance un appel aux parents pour contrôler la fréquentation de leurs enfants. Il faut les encadrer et leur faire comprendre qu’une seule bouffée de drogue synthétique pourrait être fatale.

Les parents qui permettent à leurs enfants de fréquenter les boîtes de nuit doivent être vigilants car la drogue circule librement dans ce milieu. Bizin faire bien attention. J’ai aussi appris que des bonbons bourrés de drogue sont distribués dans les écoles. Mais aucun cas n’a été signalé. Dire ou zenfant pas accepter aukaine bonbon.

Malgré les saisies, les arrestations par la police et les lourdes peines infligées par les tribunaux, les barons de la drogue persistent dans leur sale besogne. Croyez-vous que la peine de mort mettrait fin à ce trafic?
(Un long soupir…). Je n’engage ni le gouvernement ni le cabinet sur la question de la peine de mort pour trafic de drogue. D’un point de vue personnel et par conviction profonde, je suis en faveur de la peine de mort pour les trafiquants et les importateurs de drogue. Je suis conscient que ma réponse à votre question va soulever un tollé dans le milieu des défenseurs des droits de l’homme. Ils doivent respecter mon opinion et mon point de vue qui cadrent avec la situation sur le terrain. Prenez comme exemple un pays comme le Singapour qui est entouré par des pays qui produisent de la drogue et où des laboratoires clandestins sont à ciel ouvert dans des forêts. Et pourtant au Singapour, le contrôle de stupéfiants a porté ses fruits dépuis l’introduction de la peine de mort. Les gens ont peur d’être exécutés. De toutes les façons, la peine de mort est toujours en vigueur à Maurice. I strongly believe in death penalty.

Pour quelle raison ?
Quelle alternative avons-nous ? Faut-il se croiser les bras et laisser mourir nos jeunes par overdose tous les jours ? Savez-vous combien de jeunes meurent chaque semaine par overdose? Savez-vous combien de larmes versent les mamans, les épouses et les enfants chaque jour? Savez-vous que le nombre de crimes et de vols avec violence est lié à la drogue ? Les drogués sont obligés de voler pour acheter leur dose quotidienne de drogue. Ceux qui militent pour l’abolition de la peine capitale ne sont pas conscients du nombre de divorces et du nombre de maris condamnés pour délit de drogue. En prison, ils sont nourris et blanchis grâce aux contribuables tandis que leurs épouses sont obligées de mendier et cherchent du travail pour nourrir les gosses.

Une dernière question. Une épidémie de dengue menace la Réunion. Quelle est la situation à Maurice?
La dengue n’est pas endémique chez nous. Il existe des cas importés de l’étranger mais nous avons mis un mécanisme de surveillance à l’aéroport et dans le port. Dès qu’un passager arrive chez nous avec des signes de dengue, il est suivi durant 10 jours. S’il existe un symptôme, nous faisons des analyses de sang. Nous procédons à la fumigation à sa résidence de même que sur son lieu de travail et à l’hôpital où il est traité. Une équipe sanitaire est présente chez les voisins pour pulvériser une substance connue comme le «larvicide» pour contrôler les vecteurs de transmission du virus. La situation est sous contrôle.

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