dimanche , 15 décembre 2019
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Analyse post-électorale

Les observateurs politiques, Jean-Claude de L’Estrace et Faizal Jeerooburkhan, nous livrent leur analyse post-électorale. Tous deux sont unanimes à dire que le bilan de Pravind Jugnauth a pesé lors de ces élections contrairement au leader du Parti Travailliste (PTr) qui a perdu toute crédibilité aux yeux de l’électorat.

Jean-Claude de L’Estrac : «Un rapprochement dans l’opposition entre le PTr et le MMM»

L’observateur politique, Jean-Claude de l’Estrac trouve qu’un rapprochement entre le Parti Travailliste (PTr) et le Mouvement militant mauricien (MMM) s’opérera au sein de l’opposition.

Quelle est votre analyse des résultats de ces élections ?
La personnalité de Pravind Jugnauth, les réalisations concrètes de son gouvernement, les mesures sociales en faveur des vieux, des plus pauvres, les nouvelles promesses électorales ciblées, ont convaincu un électorat plutôt indécis au départ, qu’il mérite sa chance. C’est un vote pour la continuité. Surtout que l’alternative Ramgoolam n’était pas de nature à enthousiasmer l’électorat qui vote soit MSM soit Travailliste. La bourde de Ramgoolam – la critique d’un rituel hindou lors d’un meeting à Plaine-Verte, exploitée – peut-être surexploitée – a fait d’énormes dégâts électoraux. Peut-être aussi, l’effervescence autour d’une remontée spectaculaire du MMM a provoqué dans ce même milieu un reflexe de vote utile pour barrer la route de l’hôtel du gouvernement à Paul Bérenger.

Est-ce que le MSM est un parti qui est appelé à gouverner pendant encore de nombreuses années ?
Il a en tout cas une majorité confortable pour gouverner sereinement au cours de ce nouveau mandat. Pour la suite, il est évidemment trop tôt pour prédire. Mais je vois un rapprochement s’opérer dans l’opposition entre le Parti travailliste et le MMM, et peut-être à l’horizon de 2024 une alliance entre les deux partis sans Ramgoolam et sans Paul Bérenger.

Quelle lecture faites-vous de la défaite du Parti Travailliste et de son leader, Navin Ramgoolam ?
Il paraît évident que Ramgoolam a perdu sa crédibilité en raison des frasques qui lui ont été reprochées. Je crois surtout qu’il s’est beaucoup fragilisé quand il a décidé d’abandonner Pamplemousses-Triolet, le fief historique du Parti travailliste, pour se réfugier au no 10. Il a du coup déstabilisé les deux circonscriptions, et envoyé un message défaitiste à ses partisans. Ils se sont dits que si Ramgoolam ne peut pas se faire élire à Triolet, c’est que les carottes sont cuites.

Vos commentaires sur le MMM qui n’a fait élire que 8 candidats.
C’est d’abord la conséquence d’un affaiblissement continu provoqué par les départs incessants de ses cadres depuis plusieurs années. J’ai regardé la conférence de presse du Premier ministre, hier ; c’est surréaliste et triste : ceux qui l’entouraient se nomment Ivan Collendavelloo, Alan Ganoo, Steve Obeegadoo. Qui sont-ils ? Ensuite, manifestement son électorat des années 80/90, qui se situait autour de 40-48% des suffrages, lui a tourné le dos. La remontée, dont on a tant parlé ces jours derniers, est due au retour d’un certain nombre de militants, réconfortés par le combat en solo de leur parti, mais cela n’a pas entraîné, un retour massif de ses électeurs.


Faizal Jeerooburkhan : «L’Alliance Nationale paye le prix d’un leadership peu crédible»

Pour Faizal Jeerooburkhan, c’est la présence de Navin Ramgoolam qui explique la mauvaise performance de l’Alliance Nationale au cours de ces élections.

Quelle est votre lecture des résultats de ces élections ?
Alors qu’on s’attendait à une lutte serrée dans une bataille à trois, les résultats de ces élections ont été une surprise pour nous. On constate une renaissance du MSM avec Pravind Jugnauth qui entre par la grande porte. Pour relativiser, il faut préciser que le MSM a obtenu 61% des sièges à l’Assemblée nationale avec seulement 36% des votes, « First past the post » oblige. Ces élections ont permis de jauger avec plus de précision la force des trois principaux blocs politiques. L’Alliance Nationale n’avait pas la force de frappe qu’il prétendait avoir de même que le MMM. L’Alliance Nationale a payé le prix d’un leadership peu crédible pour l’électorat hindou tandis que le MMM n’a pas réussi, malgré sa remontée, à présenter des candidats valables au goût des électeurs urbains et ruraux.

Pensez-vous que le MSM peut devenir le plus grand parti du pays et peut gouverner pendant de nombreuses années ?
Le MSM pourrait gouverner pendant encore de nombreuses années s’il améliore sa culture politique. Il devra être à l’écoute des citoyens pour se rendre compte de ses faiblesses et ne pas se dire « nou mem meyerr ». Il doit faire plus d’effort pour promouvoir la justice, l’équité, la démocratie, la méritocratie, la bonne gouvernance etc. Il doit relancer l’économie tout en remettant sur les rails l’agriculture, le tourisme, l’économie bleue, l’économie verte, les secteurs financiers, les PME, etc. dans le plus brefs délais.

Qu’est-ce qui explique la chute du PTr et de son leader, Navin Ramgoolam ?
Le Parti travailliste a subi un mauvais coup en 2014 après son alliance avec le MMM. Il avait déjà perdu sa crédibilité aux yeux de son électorat traditionnel au cours de ses 9 années de pouvoir entachées par des nombreux scandales, de mauvaise gouvernance et de dérives de toutes sortes. La mauvaise image qu’a projetée son leader n’a fait qu’aggraver la situation. Avec son style de vie, ses absences répétées du pays, ses coffres-forts et ses frasques, il est finalement devenu un fardeau pour son parti et pour le pays. Son leadership était, à un certain moment, contesté au sein même de son parti. Il paye aujourd’hui le prix de ses excès.

Et quid du MMM qui n’a fait élire que 8 candidats ?
Le MMM aussi a laissé des plumes en 2014 après son alliance avec le PTR malgré la réticence des militants « koltar ». Après sa performance catastrophique aux élections de 2014, sa situation s’est aggravée avec le départ de ses meilleurs éléments face à un leadership inflexible et arrogant. Le MSM en a profité pour un débauchage bien calculé pour l’affaiblir davantage. On avait l’impression qu’il avait fait une remontée spectaculaire après le rassemblement à Port-Louis. Mais Les résultats des élections ont confirmé ses faiblesses que l’on pourrait associer à des candidats de petit calibre.

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