dimanche , 21 janvier 2018
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Ameenah Gurib-Fakim

Ameenah Gurib-Fakim : «Nous devons construire des ponts durables entre les Mauriciens»

Ameenah Gurib-Fakim, la présidente de la République, multiplie les gestes de bonne volonté envers les déshérités du pays et met un point d’honneur à consolider l’unité nationale. Elle se livre à coeur ouvert à Star.

2017 a été une année mouvementée pour la présidence. Vous n’avez pas été épargnée par les critiques. Comment avez-vous vécu ces moments?
Une année mouvementée dites-vous ?  Mais pas du tout. Je dirais plutôt : une année «challenging». Nous avons connu de bons moments à tous les niveaux et beaucoup de choses positives ont été réalisées pour consolider l’unité nationale. Certes, il y a eu une petite secousse passagère, mais la vérité a triomphé du mensonge. Ceux qui me connaissent savent que je suis une personne intègre d’une grande franchise. J’ai assumé ma fonction de présidente de la République avec honneur et j’ai fait honneur à mon pays sur la scène internationale. Je suis sortie grandie de ces tristes événements qui avaient pour objectifs de me nuire et me salir. Ceux qui me côtoient et sont proches de moi savent quelles sont les valeurs que j’incarne et qui me sont très chères.

Avez-vous ressenti un manque de soutien des Mauriciens ?
– Non. À aucun moment je n’ai ressenti un manque de soutien. Beaucoup de gens m’ont téléphonée et m’ont envoyé des messages de soutien. À des fonctions où j’étais invitée, les gens se bousculaient pour me serrer la main et pour me dire « Madame la Présidente, nous sommes avec vous de tout cœur car nous croyons en vous et en vos compétences ». Je remercie les personnes anonymes pour leur soutien, sans oublier mes proches qui ont été à mes côtés durant cette épreuve. Je ne ressens aucune amertume envers mes détracteurs et le travail à la présidence continue.

On vous reproche votre silence sur des sujets d’intérêt national?
L’agenda de la présidence ne s’aligne pas sur celui des médias. Mon rôle principal, c’est d’assurer le bon fonctionnement des institutions. Quand je constate que l’unité nationale est menacée, je ne reste pas les bras croisés. J’agis en conséquence pour consolider l’harmonie sociale. À plusieurs reprises, j’ai invité des chefs religieux au Château de Réduit autour d’une table pour discuter et partager nos idées afin de préserver l’unité nationale. Je continue à œuvrer dans cette voie dans le respect des institutions.

Comment réagissez-vous quand vous sentez que des événements portent atteinte à l’unité nationale?
Notre pays abrite plusieurs groupes ethniques d’origines diverses et plusieurs religions. C’est cette diversité qui nous  a permis de faire de l’île Maurice un pays où il fait bon vivre. Nous devons continuer à cultiver cette diversité dans le but de créer et de consolider la nation mauricienne. Il ne faut pas que cette diversité nous divise. Il faut trouver un moment pour nous asseoir et parler. Pour s’asseoir  ensemble, il faut auparavant nous connaître. Dans les situations que nous avons connues dans le passé, c’est souvent l’ignorance qui parvient à nous diviser. Mon rôle depuis que je suis à la présidence c’est d’encourager le dialogue interreligieux et interculturel. Le bureau de la présidence avait organisé la fête de Divali chez nos amis sino-mauriciens, la fête Eid au couvent Gayasing en 2016 et au Tamil League en 2017. Cela démontre qu’il est possible de construire l’unité nationale et nous devons continuer à construire  des ponts durables entre les Mauriciens de toutes origines.

« À mon avis, il ne faut pas s’arrêter à la commission d’enquête sur la drogue. Il faut voir au-delà. »

Comment résumez-vous 2017 pour le pays?
Nous avons constaté que notre économie continue à se diversifier. Dans mon message de fin d’année, j’ai tiré la sonnette d’alarme  pour que n’importe quel gouvernement prenne en considération l’aspect réglementaire dans le domaine de l’emploi. Notre atout c’est notre jeunesse, notre atout c’est la matière grise de nos jeunes. Nous devons être capables de fédérer tous ces atouts autour des pôles économiques que nous allons développer. Notre rôle principal au niveau de l’État c’est d’assurer aux jeunes un emploi pour améliorer leur niveau de vie et aussi donner la sécurité à la famille.

Partagez-vous l’opinion que la société mauricienne va mal?
Il s’agit de savoir si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. Nous sommes d’accord que nous avons un grand défi à relever. Nous constatons les ravages du  fléau de la drogue dans le pays. Je tiens à faire ressortir qu’en 2018, le bureau de la présidence mettra sur pied un programme pour orienter nos jeunes vers la prévention. Nous avons déjà commencé à nous pencher sur un plan de travail où, après les heures de classe, nous allons regrouper les jeunes autour des projets où ils pourront s’épanouir et réfléchir autrement. Nous avons déjà identifié des poches de pauvreté et des enfants délaissés. Mais en même temps, nous avons constaté des choses positives où les jeunes sont en train de développer une culture d’entrepreneur.

Vous seriez d’accord avec moi que le comportement des honorables membres à l’Assemblée nationale ne fait pas honneur à leur statut?
Je dirais que non seulement les élus du peuple, mais aussi les citoyens mauriciens doivent faire en sorte qu’ils deviennent des «role models» pour la société.

La drogue, vous dites, fait des ravages dans notre petite île. Que pensez-vous de la décision du Premier ministre précédent de mettre sur pied une commission d’enquête sur la drogue?
La semaine dernière quand j’ai obtenu et jeté un coup d’œil sur les statistiques, vraiment cela donne froid dans le dos. Le rapport fait ressortir que la quantité de drogue saisie était destinée au marché local. à mon avis, il ne faut pas s’arrêter à la commission d’enquête. Il faut voir au-delà. Un drogué doit être traité comme un malade. C’est un malade et nous devons savoir pourquoi il se drogue. Qu’est-ce qui l’attire vers la drogue ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans la cellule familiale ? Là où nous pouvons apporter un soutien nous devons le faire.

Que pensez-vous du 9-Year-Schooling?
Nous misons sur une économie de la connaissance et nous sommes en train d’en devenir une. Il est de notre devoir de donner à nos enfants tous les atouts. Nous devons leur donner le temps de réfléchir et le temps de devenir créatifs. Des pays comme la Corée du sud et la Finlande ont montré comment donner l’espace aux enfants. Ces pays ont fait une entrée très forte dans l’économie de la connaissance. Je suis d’avis que tout ce qui est connu comme un système d’éducation ouvert, que ce soit le 9-Year-Schooling ou un autre, a sa place dans le pays.

«En 2018, le bureau de la présidence mettra sur pied un programme pour orienter nos jeunes vers la prévention.»

Vous aviez dénoncé la mauvaise utilisation des réseaux sociaux par les jeunes. Pensez-vous qu’il faut réglementer?
J’ai tout le temps fait ressortir que les réseaux sociaux c’est un outil que vous pouvez utiliser à bon escient ou que vous pouvez utiliser pour détruire. Il faut s’assurer que nous l’utilisons convenablement. Il faut savoir ce que nous postons en ligne et ce que nous partageons sur la toile. Il faut voir s’il faut réglementer. L’Allemagne a déjà commencé à réglementer. Nous devons voir le modèle de l’Allemagne pour éviter la propagation de fausses nouvelles qui encore une fois est dangereuse pour le pays.

Sous quel signe placez-vous l’île Maurice en 2018?
Comme présidente, je voudrais voir se développer une île Maurice inclusive. Je continuerai dans cette voie pour promouvoir notre pays sur la scène internationale à travers plus d’ouvertures car notre pays mérite une présence plus prononcée sur la scène internationale. D’ailleurs, mon rôle comme présidente c’est de faire rayonner le pays partout dans le monde. Je continuerai à faire venir des conférenciers  pour discourir sur des thèmes très importants. Au mois de février 2018, un éminent professeur de Cambridge sera à Maurice. Je ne cesserai pas d’œuvrer à la consolidation du tissu social et l’avancement économique.

Quel est votre message à nos lecteurs?
Pour la population en général, je lui dirai de développer une culture de travail et être plus disciplinée. Nous devons montrer du respect aux autres. Quand je suis sur la route, je vois des automobilistes inconscients rouler à tombeau ouvert. Ils mettent la vie d’autrui en danger. C’est le signe d’un manque de respect envers autrui. Continuons à respecter nos voisins, continuons dans notre diversité, continuons la main dans la main  pour construire le pays et la société mauricienne.

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